Guinée : la violence meurtrière continue

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DORE_Ansoumane_3_01Comme ailleurs dans le monde, combien de fois n'a-t-on pas entendu « plus jamais ça ! Â» devant des ignominies commises sur des hommes et des femmes ? La personne humaine qui était couverte d'une sacralité religieuse dans toutes les composantes ethniques de la Guinée d'autrefois, n'est plus à l'abri d'aucune transgression. Certains diront que ce phénomène s'est généralisé dans le monde entier, c'est vrai, mais sa vitesse de propagation en Guinée a été foudroyante en une cinquantaine d'années.

La violence politique dans la Guinée indépendante a engendré une violence sociétale qui n'est plus seulement urbaine mais aussi rurale. C'est sous le régime stalinien sanguinaire du Parti démocratique de Guinée de Sékou Touré, 1958-1984, (on ne peut pas ne pas rappeler à chaque fois cette racine de ce mal guinéen) que tout a commencé. Le dirigeant qui avait été fêté, qui l'est encore par certains, comme libérateur des Guinéens du joug colonial, a aussitôt utilisé les citoyens « libérés Â» comme du fumier de l'histoire qu'il voulait construire. Ses pâles successeurs de 1984 à 2015, ont occulté ces racines du Mal guinéen pour ne se contenter que des délices du pouvoir politique auquel ils se sont accrochés à tout prix. Leur incroyable inconsistance à organiser rationnellement un pays pourtant reconnu, même avant l'indépendance (1958), comme potentiellement doté de réelles ressources humaines, économiques et géographiques, pour « une indépendance viable Â», est bien connue. Elle n'a pas seulement maintenu une aveugle violence politique pour éliminer toutes résistances à des inepties politicardes, mais a aussi mené à un appauvrissement et à une délinquance économique dans des villes et des campagnes où le respect de la vie humaine n'a plus aucun sens. Cette curée de pouvoirs médiocres se poursuit dans une perpétuelle invocation d'une opinion internationale qui semble se foutre royalement de comment des Noirs se gouvernent. Une bonne partie de l'élite de ceux-ci se contente du semblant de considération extérieure dont elle croit jouir.

Aussi beaucoup de Guinéens, dans les catégories dites intellectuelles, semi-intellectuelles, voire analphabètes, ont fini par croire que c'est dans « les métiers de la politique Â» qu'ils peuvent réussir leur vie en gagnant beaucoup d'argent. Cette perspective a poussé nombre de nos compatriotes à vouloir embrasser la carrière politique. Il n'est que de voir le nombre pléthorique des formations dites politiques sous des appellations ronflantes. Dans cette course qui ressemble, parfois, à des mondes de cirques, toutes les valeurs éthiques disparaissent malgré le halo de mystère religieux dont chacun veut se couvrir constamment. Cela n'empêche cependant pas de pactiser sans état d'âme avec le diable pour arriver à ses fins politiques. Un indice révélateur de ces comportements est visible à tout moment mais surtout pendant les veilles de remaniement ou de formation de gouvernement à Conakry. Des sacrifices rituels à base de sciences occultes (égorgement de bÅ“ufs, moutons, chèvres, préparations et offrandes de deug accompagné de noix de kola, aumônes à des pauvres, etc.), sont des pratiques auxquelles se livrent de préférence nuitamment des prétendants à des postes de ministres pour être retenus par le président de la République . Ce rappel que tout Guinéen connaît est fait ici pour dire que dans un tel contexte, de nombreux candidats politiques et leurs sbires sont prêts à tout, y compris le crime, pour arriver à leurs fins.

L'aboutissement d'une évolution de ce type a fait de la Guinée l’Etat de violence politique et de délinquance criminelle que nous voyons aujourd'hui. Certains Guinéens engagés dans la vie politique, professionnelle publique ou privée sont victimes ou acteurs de cette spirale de la violence. Le sempiternel optimisme de nos compatriotes laisse entendre, après chaque malheur que le crime ne restera pas impuni, pour tout oublier peu de temps après l'horrible crime impuni.

Le dernier en date de ces forfaits, celui qui est visible aujourd’hui, à côté de ceux qui ne passent pas la rampe des faits divers de la presse, concerne l'assassinat du journaliste Mohamed Koula Diallo qui n'était armé que de sa seule plume. Il faut donc souhaiter que la lumière soit faite rapidement sur ce crime.

Ce serait, comme toujours, trop dérisoire de ne dire et de ne se contenter de redire que « trop, c'est trop!». I l faut que l’Etat guinéen travaille sérieusement sur l'éducation, sur la formation citoyenne des Guinéens mais aussi sur la prévention de la criminalité. Des hommes ignorants sont parfois plus féroces envers d'autres hommes que des bêtes féroces. Sans investissements massifs sur des axes d’éducation, tout discours ne demeurera que littérature sans impact sur le devenir guinéen. Un Etat de violence ne peut ni engendrer une société d'hommes et de femmes libres, ni entraîner un développement économique et social cohérent. Dans une chronique passée, j'avais esquissé l'évolution de la République d'Haïti pour souligner que la permanence de la violence et de l'ignorance des masses de population avait maintenu cet Etat largement en retard du continent américain depuis 1804, date de son indépendance. J'interpellais dans cette chronique les dirigeants guinéens à éviter le type d'évolution à la haïtienne par la lutte contre la violence d'Etat et le goût immodéré pour le pouvoir politique, mais aussi contre la violence tout court dans la société . Cela n'est pas dit seulement ici pour accuser qui que ce soit du drame qui vient d'emporter la personne d'un journaliste dans l'exercice de ses fonctions. La justice doit se manifester vite et agir vite.

Face à l'assassinat de notre compatriote, je présente mes condoléances attristées à la famille de Mohamed Koula Diallo. Prions le Tout Puissant Allah pour le repos de l'âme du défunt . Amen !


Ansoumane Doré
Dijon, France


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Commentaires  

 
+2 #8 Amara Lamine Bangoura 17-02-2016 18:37

En Guinee,l'exercise des activites politique z toujours ete synonyme de recours a une violence indescriptible.Essentiellement batis a l'image du decoupage regional ,lui meme reflet de la configuration communautaire du pays,les partis politiques Guineens depuis l'epoque coloniale peinent a se soustraire de l'emprise de ce tribalisme retrograde.Les classes dirigeantes successives ont instaure une culture de repression constante.Ce code de violence a genere une peur endemique,d'ou le code de silence favorisant l'impunite source de recidive.Aussi longtemps qu'une nouvelle classe politique au dessus de tout supcon de crimes de sang n'emergera sur la scene politique Guineenne,la saga sanglante de la violence politique inouie sera un phenomene de societe.Mieux,sans l'avenement de patriotes determines a retablir vaille que vaille la verite historique authentique sur notre heritage sociopolitiques,tout espoir de devoir de memoire ne sera qu'un reve cauchemardesque.Bien a tous!ALB-AL-USA.
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+6 #7 MSB 14-02-2016 22:29

VIOLENCES en GUINEE !
Au fait , QUI A TUE Mme BOIRO ?
Peut-etre , trouvera-t-on , L'ASSASSIN de Mamadou Koula avant CELUI de Mme BOIRO !
Etrange , LA GUINEE !
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+2 #6 I. MB. Sow 14-02-2016 18:15

Il faut effectivement souhaiter que la lumière soit rapidement faite sur ce crime et dans la même foulée, que la justice guinéenne se grandisse enfin d'engager les mêmes enquêtes qu'appellent tous les autres assassinats commis depuis 2010, au moins. Paix à l'âme du disparu!
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+9 #5 Ansoumane Doré 13-02-2016 19:07

Un petit coucou à tous.
Je souscris aux remarques pertinentes de nos frères qui suivent.
@ Koto Saliou Diallo fait des observations qui remontent dans le temps. Je crois qu'il ne faut pas hésiter de remonter, suivant l'occasion, dans le temps pour de jeunes lecteurs.Naturellement cela est insupportable pour ceux qui se sont fossilisés sur un passé honni sur lequel leurs parents ou eux-même ont tiré profit.
@ Mon cher Pokpa Holomo Lamah, votre question, la seule comme vous dites est: pourquoi je n'ai pas parlé de l 'UFDG dans mon texte? Ma réponse est simple. C'est que dans cette affaire d'assassinat du journaliste Mohamed Diallo, tout le monde sait où , quand et dans quel cadre ce forfait a été accompli. Tout le monde sait que c'est dans un lieu où, il n'y avait que des membres actifs ou exclus du parti politique UFDG. Alors à quoi bon de répéter cette constatation ? Pensez-vous qu'il y avait là, matière qui allait ajouter en information? Le problème de la justice est justement de démasquer et d'arrêter le ou les auteurs du crime. J'ai, à plus d'une fois appelé dans mon texte une intervention rapide de la justice guinéenne dans cette affaire comme dans d'autres. Croyez-vous comme certains qu'en citant nommément la responsabilité de tel ou tel de l'UFDG, j'apporterais un éclairage particulier à la justice guinéenne? Mon objectif était encore une fois plus modeste. C'était d'apporter un éclairage au contexte de violence qui règne sur notre pays. Cela ne peut pas me mener à me comporter comme un membre d'un jury d'assise.
@ Notre frère Boubacar Doumba Diallo a eu, comme d'habitude, la très bonne idée de rappeler l'excellent ouvrage de Bernard Charles sur la période 1954-1958 : role-violence-pouvoir (en Guinée).
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+1 #4 Abdoul 13-02-2016 15:24

Citation en provenance du commentaire précédent de Pokpa Holomo Lamah:
Comme d'habitude, tres bonne analyse Doyen. Mais permettez-moi de vous poser une seule question. Pourquoi n'avez-vous pas parle de l'UFDG qui est moralement responsable de la mort du journaliste ? Autant l'Etat a le devoir d'eduquer les masses, autant les partis politiques ont le devoir d'eduquer leurs militants. Il en va egalement des peres et meres de famille. Ce qui n'est pas souvent le cas. A mon sens, il est temps que chacun de nous prenne conscience de cet etat de fait. La faute ce n'est pas toujours l'autre, c'est nous aussi.
Tous mes respects cher Doyen.

Pourquoi ne pas produire votre propre papier et exprimer votre point de vue, s'en prendre à qui vous voulez ? On constate ces derniers temps, comme une obsession, vous tenez forcement à ce que tout ramener contre l'UFDG, frisant même l'hors sujet.
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+12 #3 boubacar doumba diallo 13-02-2016 11:12

La violence est inhérente à l'histoire politique de la Guinée bien avant l'indépendance notamment à partir de 1954.Ouvrir et lire le lien suivant :
http://www.webguinee.net/bibliotheque/histoire/bernard-charles/role-violence-pouvoir-1954-58.html
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-5 #2 Pokpa Holomo Lamah 13-02-2016 10:47

Comme d'habitude, tres bonne analyse Doyen. Mais permettez-moi de vous poser une seule question. Pourquoi n'avez-vous pas parle de l'UFDG qui est moralement responsable de la mort du journaliste ? Autant l'Etat a le devoir d'eduquer les masses, autant les partis politiques ont le devoir d'eduquer leurs militants. Il en va egalement des peres et meres de famille. Ce qui n'est pas souvent le cas. A mon sens, il est temps que chacun de nous prenne conscience de cet etat de fait. La faute ce n'est pas toujours l'autre, c'est nous aussi.
Tous mes respects cher Doyen.
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+1 #1 Koto Saliou Diallo 13-02-2016 00:15

Doyen Ansoumane,
Effectivement,cette spirale de violence en Guinée n'est qu'une suite du système du Régime Sanguinaire Sékou Touré depuis 1984(par des dénonciations politiques pdg-rda,bpn,milices populaires,...arrestations sans procès,pendaisons,etc).Bref,tous les ingrédients de malheur réunis.
Alpha Condè a bien dit,qu'il reprend la Guinée là ou Sékou Touré l'a laissé en 84:l'impunité,l'injustice,les assassinats ciblés,l'humuliation et/ou l'isolement de toute personne qui n'adhère pas aux idéaux du système de Parti-Unique-État de AC sont devenus monnaies courantes.D'autant plus que,l'économie guinéenne est très très mal en point présentement,il faut occuper ce peuple par la diversion politique pour le faire oublier le principal.La fuite par en avant de AC des problèmes réels de la classe moyenne ou pauvre en Guinée risque de le rattraper tôt ou tard durant son 2ème mandat qui risque d'être pire que le 1er;car,on assiste à des soulèvements populaires et des revendications sociales partout et de façon sporadique.
Il(AC)a beau accusé l'Opposition comme étant des fauteurs de troubles,cela ne marchera pas à un moment donné.
Enfin,dans certains pays de la sous-région,il est impossible de vivre de pareille situation sans qu'il y ait un soulèvement populaire.
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