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République de Guinée : des mots/maux en politique
Moussa Bella Barry Mercredi, 30 Décembre 2015 00:50
J
’entame mon exposé en citant Vincent Delecroix : « Le seul vrai courage en politique consiste à être fidèle à ses engagements sur le long terme, en refusant la fragmentation de ses actions par l'instant ».
Revenons au titre de cet article : Un mot est généralement vu comme un ensemble de sons qui peut jouer une fonction grammaticale dans une phrase. Je me sers de cette intuition grammaticale pour préciser tout d’abord ma vision métaphorique des termes (mot/mots et mal/maux) et ensuite développer mes idées sur l’évolution du multipartisme et de la démocratie à la guinéenne.
Mot est vu ici comme une appellation d’une chose, tandis que Mal indique dégât, inconvénient, perte, mauvais...
Les mots/appellations multipartisme et démocratie en Guinée étaient censés nous donner une diversité d’idéologies dans l’intérêt suprême de la nation. Ce qui sous-entend qu’en démocratie le but de créer un parti politique n’est pas de satisfaire son égo, mais plutôt d’apporter un plus à la population pour laquelle on prétend tant se battre. Mais hélas en Guinée, le mot multipartisme a perverti la démocratie en mal/dégât, car l’objectif de la création d’un parti politique est devenu un moyen de s’enrichir sur le dos du peuple. C’est ainsi certains cadres une fois à un poste de responsabilité, et s’ils ne sont plus aux affaires (même quand ils ont commis des dégâts à la suite de leur gestion des affaires publiques), ils créent des partis politiques, car s’estimant être faits pour un destin national.
Comme bon nombres de ces partis politiques ne sont pas fidèles à leurs engagements sur le long terme, qu’ils n’ont pas d’idéologie (vision) fixe, (tantôt ils sont socialistes, souvent libéraux, socio-démocrates, centristes voire modérés...), ils sont incapables d’expliquer ces idéologies, ou de les faire partager avec leurs militants et sympathisants. C’est ce qui explique la fragmentation de leurs actions politiques en ânerie politique. Quelques exemples des mots de leurs discours d’âneries politiques exposés en public, « je rejoins la mouvance, je dirai ce qui va et ce qui ne va pas, je me mets à disposition du président, mon pied ton pied, je suis opposant mais si.... et patati patata ». De tels idéaux cherchent leurs semblables dans les annales du discours politique en démocratie. Est-ce cela leurs programmes de société? C’est cet héritage politique qu’ils veulent léguer à la nouvelle génération ? Les maux qu’engendre une telle conduite politicienne empêchent la rigueur à l’organisation et l’aptitude au sacrifice pour servir son peuple. Mais il fait plutôt la part belle à la loyauté envers un homme pour des intérêts égoïstes.
A entendre ces mots/maux désastreux exposés en public que certains semble se glorifier, on est amené à poser des questions simples à ces politiciens :
- quel est votre apport à l’installation de la démocratie dans notre pays ?
- quel pays, quelle nation, quelle patrie voulez-vous forger pour vos enfants et petits-enfants ?
- quel devenir préparez-vous pour vos descendants ?
Puisque nous n’avons pas compris le jeu démocratique, c’est ce qui explique sa mauvaise application dans le système de gouvernance de notre pays. Les paroles mielleuses, les billets de banque, l’argent des pagnes et T-shirts, les sacs de riz, le matériel de sono, les marmites des panneaux solaires, bref les achats de consciences se sont mus en programme de société des partis politiques. Malheureusement ces actes sont vus par beaucoup de Guinéens comme les mots/maux que le multipartisme et la démocratie ont apportés à la Guinée.
A la proclamation des résultats présidentiels d’octobre 2015, certains politiciens n’ont pas hésité un instant à manger leur chapeau. Ils sont été les premiers à retourner leur veste, pour s’agglutiner autour du président Condé pour solliciter ses bonnes grâces. Tout à coup, ils sont devenus les chantres de la défense du programme de société de celui qu’ils traitaient, il y a peu encore, d’incompétence, de tricheur, de Rmiste, de fossoyeur de la république, etc. Pis, ils veulent ravir aux fidèles partisans des heures difficiles du RPCé la moisson du pouvoir. Comme quoi la Guinée est devenue un pays où la conviction de la classe politique a foutu le camp pour laisser la place à l’esprit du gain facile et au partage du gâteau. De tel comportement politicien est le plus démotivant, désabusant, désorientant pour le citoyen.
Comme le président de la République dit qu’il connait à présent la mentalité des Guinéens, il doit joindre les actes à la parole, donner au nouveau premier des ministres toute latitude de gouverner en harmonie et en équilibre. Le président doit savoir que les préoccupations majeures de ses nouveaux partisans n’ont jamais été autre chose que leurs intérêts personnels. Ces kleptocrates sont toujours prêts à tout, même de s’allier au diable pourvu qu’ils y aient leur compte au bout. C’est ce manque de vision et de maturité politique qui font les maux du multipartisme et de la démocratie en Guinée. Déjà la presque totalité des hommes et femmes qui entourent le président aujourd’hui ont pratiquement tous travaillé ou collaboré avec les anciens régimes, d’autres ont même organisé l’arrestation et l’emprisonnement du président actuel. Il y a des hommes politiques qui ont poussé si loin l’outrecuidance, jusqu’à quitter derrière leur bannière du parti pour se fondre dans le RPG Arc-en-ciel. Ce qui est inadmissible en démocratie, car un chef de parti qui n’aspire pas à la magistrature suprême, et qui n’a aucune ambition politique ne mérite pas de diriger un parti politique. Mais en Guinée on crée un parti politique pour assurer ses lendemains et celui de ses progénitures.
La démocratique et le multipartisme guinéens ont besoin d’un engagement politique sur le long terme, de la conviction des acteurs politiques, et d’une opposition forte, capable de faire des propositions et présenter une alternative au pouvoir. Accepter la fragmentation des actions politiques c’est contribuer à l’affaiblissement de la démocratie et du multipartisme. Une opposition de façade n’a servi la démocratie nulle part au monde.
Le jeu démocratique offre la possibilité à l’opposition de critiquer, de contrôler et de proposer. En contrôlant la majorité, l’opposition défend et promeut ses droits, elle évite à la majorité de s’installer dans l’arbitraire. L’un des moyens approprié à l’action de contrôle est la critique de l’action et de la vision gouvernementales. L’opposition étant donné qu’elle aspire au pouvoir doit élaborer et diffuser ses propositions dans chacun des domaines de la vie nationale.
Moussa Bella Barry
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Commentaires
Sidya n'a rien trahi. Il n'a fait que ce que vous avez défendu comme normal en politique. Quand Cellou a fait un accord avec Daddis vous étiez monté sur vos ergots pour affirmer haut et fort que la morale et la politique ne font pas bon ménage. Vous le faites toujours d’ailleurs ! Alors, de grâce épargnez-nous de tout sermon.
Parfois vous montrez une grande lucidité au vu de vos réflexions sur les évènements (c'est assez remarquable), parfois vous vous permettez de faire des réflexions sans avoir lu ou compris le sens d'un texte, c'est affligeant. Ce commentaire s'inscrit malheureusement dans la deuxième catégorie.
L'UFDG et l'UFR ont passé une alliance électorale s'étant traduite par le soutien par l'UFDG à l'élection de 5 députés UFR en Septembre 2013. Aussi jeter par la fenêtre l'UFDG après en avoir profité constitue une trahison. Je n'évoque même pas 2010.
Entre l'UFDG et le FDDP de Dadis, l'alliance ne fut que verbale ou virtuelle. Et je n'ai soutenu cette alliance que sous l'angle juridique, pour montrer aux RPGistes qui montaient sur leur grand chevaux, que s'ils avaient voulu rendre cela impossible, il fallait inculper Dadis avant. On ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre.
Au niveau de la morale, bien entendu elle ne fait pas bon ménage avec la politique, mais si on ne peut faire confiance à personne malgré un "accord" qui se traduit non par des mots, mais des actes concrets, alors il y a lieu de la jouer perso dans tous les cas.
Ceci étant je n'ai pas fait de texte sur la trahison de Sidya, parce qu'elle était prévisible et donc il n'y a pas lieu de s'étonner.
Enfin je ne suis pas prêtre et ne fais donc aucun sermon, je ne fais qu'exprimer mes idées, qu'elles plaisent ou non.
Mais, ce sont les diaspos que nous sommes, qui devraient les premiers se rappeler à tout instant que même les notions de patriotisme et de nationalisme n'ont jamais revêtu les mêmes significations en Guinée, qu'ailleurs. Quant à celles de convictions ou d'idéaux politiques, l’on sait depuis le PDG d'AST, qu'elles ne servent qu'à endormir le peuple en lui fourrant de la poudre aux yeux jusqu’aux gens les plus lucides. C'est cette culture de médiocrité et de corruption d'Etat qui se poursuit actuellement avec cette fausse opération d'ouverture engagée par AC et ses parrains pour noyauter ce qui restera encore de l'opposition républicaine, suite à la mascarade du 11/10/2015. Mais contrairement à ce que tu as l'air d'insinuer en évoquant "l'outrecuidance de certains" de nos leaders politiques, la vocation de tous les partis ne peut pas être d'accéder inexorablement au pouvoir exécutif. Sinon, en France (par exemple), certains petits partis n'auraient pas perduré dans le paysage politique. Mais ils continuent pourtant à faire adhérer des militants matures et avertis à leurs idéaux et valeurs de combat politique. C'est d'ailleurs à ce titre que l'on parle de "parti de pouvoir" pour faire allusion aux 3 trois grands partis français (PS, RPR et UDF) qui se succèdent régulièrement pour fournir des chefs d'Etat à la France depuis le début de la 5ème République, au moins.
En Guinée, c'est jusqu'à l'élément central, l'Homme, qui a été durablement corrompu ou déresponsabilisé dans sa conscience individuelle et/ou collective, que des problèmes graves se posent.
Mon humble approche politique des choses est que le pouvoir d'AC, version 2015-2020, vise plus que jamais à tromper les Guinéens, à coups d'effets d'annonce sur des projets d'infrastructures conçus en toute opacité et dont les marchés de réalisation sont attribués de gré à gré, dans des conditions qui s'avèreront à tous points de vue ruineuses pour l'avenir effectif du pays.
Et pendant ce temps, le pays continuera à se vider de ses forces vives alors que la seule alternative politique potentielle - incarnée notamment par l'UFDG de CDD -, risque également d'imploser à court ou moyen terme, si les élites peules ne s'avisent pas de donner rapidement le ton, en sortant enfin massivement de leur bois, pour faire le difficile choix entre la peste et le choléra.
Mes meilleurs vœux pour l’année 2016 !
Les préjugés et stéréotypes ont la vie dure. Certains s'imaginaient que CDD, parce qu'il est peul, allait trahir Sidya. Ce n'est pas ce que l'histoire retiendra, preuve s'il en est, que seuls les actes comptent.
Les promesses politiques n’engagent que ceux qui y croient. En l’occurrence, Cellou Dalein. Sidya n'a rien trahi. Il n'a fait que ce que vous avez défendu comme normal en politique. Quand Cellou a fait un accord avec Daddis vous étiez monté sur vos ergots pour affirmer haut et fort que la morale et la politique ne font pas bon ménage. Vous le faites toujours d’ailleurs ! Alors, de grâce épargnez-nous de tout sermon.
K. Ba
Les préjugés et stéréotypes ont la vie dure. Certains s'imaginaient que CDD, parce qu'il est peul, allait trahir Sidya. Ce n'est pas ce que l'histoire retiendra, preuve s'il en est, que seuls les actes comptent.
Des médisances de ce genre ont toujours été colportées injustement sur le compte du Peul guinéen. En réalité, celui-ci a toujours été plutôt doué pour trahir, jalouser, nuire, voire détester et combattre les siens que les autres compatriotes. Ceci expliquant d'ailleurs cela quant au sort d'exclusion sociopolitique tacite qui est fait à l'ensemble de cette communauté en Guinée depuis 1960.








