Abdoulaye Aziz Bah Samedi, 14 Novembre 2015 01:17
« La politique ne peut plus promettre des lendemains qui chantent et repousser toujours la résolution des problèmes du quotidien » disait Jean-Pierre Raffarin.
Après un premier mandat tumultueux, accentué par des tensions sociopolitiques permanentes, les risques de voir sa réédition dans celui qui commence sont palpables. En d’autres termes, ce nouveau mandat commence déjà avec une spécificité inquiétante qui donne l’élan d’un environnement sociopolitique plus chaotique que le précédent. En effet, le refus par l’UFDG, seule véritable force de l’opposition, de reconnaitre la validité des résultats de l’élection présidentielle du 11 octobre 2015 devrait être pris au sérieux par le président de la République réélu. Ainsi, il faut vite agir pour aplanir les divergences entre les deux principaux concurrents de ce scrutin présidentiel. Le refuser serait une erreur politique fatale pour ce second quinquennat. Analysons un peu:
Isoler l’UFDG : un combat impossible à gagner dans la situation sociopolitique actuelle
Qu’on l’admette ou pas, l’UFDG est une force politique majeure et incontournable dans la vie politique guinéenne. C’est un baobab qui a bien implanté ses racines dans cette forêt qui s’appelle « guinée ». Essayer de l’abattre ou même de couper ses branches aurait des conséquences néfastes sur la forêt. En effet, et malgré une défaite de son candidat à l’élection présidentielle du 11 octobre 2015, avec plus de 30% de l’électorat du pays, 37 députés à l’Assemblée nationale, et surtout sa capacité de mobilisation (la récente campagne électorale le prouve), l’UFDG est en mesure de mettre l’exécutif en difficulté ; de façon légale et légitime. A l’heure où nous sommes, l’UFDG pourrait bloquer le passage de toute loi organique au niveau du Parlement ! Ceci resterait valable même en cas d’un ralliement officiel de l’UFR à la mouvance présidentielle.
Toute tentative d’isoler l’UFDG pourrait se retourner contre le camp adverse. Rappelons que durant tout le régime militaire du PUP, et à chaque élection, la somme des résultats obtenus par toute l’opposition réunie dépassait difficilement les 30% des suffrages valablement exprimés. Mais malgré tout, l’opposition avait survécu aux multiples tentatives de son isolement par ce pouvoir militaire. Finalement, le pouvoir avait été pris dans son propre piège au lendemain des évènements de janvier 2007 avec le retour en force de l’opposition dans les instances de l’exécutif ; à travers un gouvernement de consensus. Aujourd’hui, et malgré l’existence de plus d’une centaine de partis politiques, l’UFDG avec plus de 30% de l’électorat du pays, et ses 37 députés sur les 100 que compte le pouvoir législatif, ne peut être isolé aussi facilement qu’on ne le fasse croire. Par conséquent, et à défaut d’un gouvernement issu uniquement des partis de la mouvance présidentielle, l’UFDG reste le seul parti d’opposition crédible qui pourrait avoir un impact positif dans un gouvernement de large ouverture. En d’autres termes, si la Primature devrait revenir à l’opposition, la logique voudrait que ça soit à un représentant de l’UFDG ! On pourrait s’inspirer des cas du Kenya après l’élection contestée du 27 décembre 2007 et de l’Afghanistan après son élection du 14 Juin 2014. Ces deux pays avaient trouvé chacun un consensus politique qui mit fin aux tensions sociopolitiques de leur pays respectif. Ainsi, mon conseil au président de la République réélu, serait donc d’ouvrir un dialogue franc avec le chef de file de l’opposition pour décider ensemble de l’avenir sociopolitique du pays. La quiétude durant ce second mandat pourrait y dépendre.
En contrepartie, l’UFDG devrait accepter la main tendue du nouvel élu tout en reconnaissant sa légitimité à la tête de l’exécutif. Même si le président décidait de nommer un premier ministre issu de la mouvance présidentielle, l’UFDG ne devrait pas refuser son entrée dans le gouvernement. D’ailleurs, et en toute logique, le premier ministre doit être issu de la mouvance présidentielle. Dans ce cas, le président de l’UFDG pourrait assumer pleinement son rôle de chef de file de l’opposition, et choisir des cadres compétents de son parti qui feront partie du nouveau gouvernement. Par exemple, le vice-président en exil en France pourrait bien être un des représentants officiels du parti dans ce gouvernement d’ouverture. Un tel acte pourrait être considéré comme « une pierre deux coups » pour l’UFDG qui est confrontée aujourd’hui à une sorte de trahison de son ancien allié UFR, et surtout aux turbulences internes nées de sa défaite à la présidentielle du 11 octobre 2015.
J’insiste qu’ à défaut d’un premier ministre issu de la mouvance présidentielle, il serait fatal pour ce second mandat que le président de la République choisisse un premier ministre issu d’un parti d’opposition autre que l’UFDG. Il faut le méditer !
L’organisation d’élections législatives anticipées : une solution raccourcie qu’il faut éviter
L’organisation d’élections législatives anticipées est une solution qui semble résoudre le problème lié à la représentativité de l’opposition en général, et de l’UFDG en particulier au sein de l’Assemblée nationale. Par contre, malgré sa défaite lors de cette élection présidentielle du 11 octobre 2015, défaite qui semble affaiblir le parti vu les divergences internes qu’elle aurait suscitées au plus haut niveau des instances du parti, l’UFDG reste et demeure encore très solide à la base. Le président du parti serait devenu comme étant un symbole irremplaçable dans le court et moyen termes. Ainsi, rien ne peut garantir que la mouvance présidentielle pourrait avoir une majorité confortable supérieure au 2/3 requis pour faire passer les lois organiques. Cette éventualité serait d’autant vraie que même avec un ralliement de l’UFR à la mouvance présidentielle.
Je pense que la priorité des priorités durant ce second mandat serait de s’assurer d’une situation sociopolitique sereine. L’UFDG serait un plier sûr pour apporter cette accalmie sociopolitique. En politique, il faut savoir distinguer ceux qui ont à perdre de ceux qui chercheraient à profiter de ce second mandat. Déjà, le bilan macroéconomique du premier mandat est globalement très satisfaisant. Et Ebola serait sur le point d’être vaincu. J’en suis certain, avec une situation sociopolitique favorable, les retombées microéconomiques se sentiraient au sein des populations locales dans un élan du jamais vu en Afrique. Il faut en tenir compte.
L’organisation d’élections législatives anticipées pourrait déboucher à des crises sociopolitiques sans fin d’autant que l’institution chargée de cette mission est aujourd’hui décriée par l’ensemble de la classe politique. Le mieux serait de trouver d’abord une alternative crédible à cette CENI à travers des débats républicains au sein de l’Assemblée nationale. Les CENI politiques doivent disparaitre complètement du continent africain. L’émergence d’une vraie démocratie en dépend !
La déception des partis de la mouvance présidentielle : un scenario qu’il ne faut jamais risquer
Logiquement, une coalition qui remporte légalement et légitimement une élection n’a point besoin de faire appel à ses concurrents dans la formation d’un gouvernement. En d’autres termes, le camp victorieux est libre de former un gouvernement dont les membres seraient issus entièrement du même camp. Par conséquent, le camp vaincu se contente de mener son combat politique en dehors de l’exécutif en attendant une prochaine élection. Ceci est d’ailleurs une règle élémentaire de la notion de démocratie moderne. Par contre, dans l’apprentissage de cette démocratie, et pour atténuer les rivalités sociopolitiques, il n’est pas exclu de faire une main tendue à l’autre camp. La Guinée serait dans ce cas de figure. Et ce srait tant mieux si l’heureux élu du scrutin du 11 octobre 2015 appliquait cette règle en invitant l’opposition dans son gouvernement. Mais cette main tendue envers l’opposition doit être subordonnée à la satisfaction de la coalition des partis de la mouvance présidentielle. Et c’est seulement après, que l’opposition pourrait être sollicitée à travers son chef de file. Le chef de file de l’opposition doit être le seul interlocuteur dans les négociations concernant la participation de celle-ci au gouvernement.
Enfin, il faudrait éviter la formation d’un gouvernement pléthorique ! Une vingtaine de ministres compétents, qui correspondent au slogan « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut », pourraient bien mener les affaires courantes du pouvoir exécutif dans un pays comme la Guinée.
Voilà mes conseils clairs et modérés qui pourraient bien donner de l’espoir à notre jeune démocratie.
A bon entendeur salut !
D’ici là, merci de contribuer au débat.
A. Aziz Bah
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