Thierno Sadou Diallo Lundi, 09 Novembre 2015 20:04
Le 31 octobre 2015, la Cour constitutionnelle a donc validé la réélection au premier tour du président Alpha Condé avec 57,84% des suffrages sur un taux de participation estimé à 68,43%. Elle a rejeté l’ensemble des recours en annulation présentés par trois des adversaires du candidat sortant. Sur les quatre restants, deux ont décidé qu’il n’était pas nécessaire de déposer des recours tandis que les deux autres considérés comme les ténors de l’opposition ont décidé qu’ils ne reconnaitraient pas les résultats et par conséquent ils n’avaient déposé aucun recours à la Cour constitutionnelle.
Pour le grand bonheur des Guinéens, cette décision tant attendue n’a suscité aucune flambée de violences dans le pays. A peine quelques cris et récriminations ici et là. A l’actif des candidats malheureux, il n’y a eu aucun appel à manifester pour contester les résultats. Et le gouvernement a fait usage du bon sens en appelant à la retenue et en limitant les manifestations de joie à travers le pays. Malgré les vives tensions sociales, raison et modération ont prévalu. Et c’est bel et bien ce comportement que la grande majorité des Guinéens attendent de leur classe politique, n’en déplaise à certains !
Que dire ! Malgré leurs doutes sur la transparence du scrutin, certains candidats malheureux de cette élection sont allés jusqu’à féliciter le président sortant pour sa victoire. C’est bel et bien une attitude courageuse et républicaine qu’il faut saluer ! Il faut qu’on apprenne en Guinée à s’élever au-dessus des querelles partisanes et divisionnistes quand la survie et la continuité de nos institutions sont en jeu. La Côte d’Ivoire voisine vient encore de nous donner l’exemple où les adversaires les plus irréductibles du président Ouattara l’ont félicité aussitôt que les résultats furent publiés. Et pourtant lui a été réélu sur un score écrasant de 83,66%. Les Ivoiriens seraient-ils plus dupes que les Guinéens ? Que ceux qui rejettent aujourd’hui les résultats et refusent de féliciter le gagnant de cette élection présidentielle méditent un peu sur le futur. Et si demain, eux aussi arrivaient au pouvoir par le truchement des élections, apprécieront-ils que leurs adversaires rejettent les résultats et refusent de les féliciter ? Et c’est pourquoi, moi je dis que tout le monde doit se calmer pour qu’on puisse aller de l’avant ! Il serait bien souhaitable que tous les candidats qui ont participé à cette élection présidentielle 2015 puissent assister à l’investiture du président de la République le 21 décembre 2015. Ce serait une bien meilleure image pour la Guinée et l’avenir de ses institutions.
Oui, il s’agit d’aller de l’avant et de regarder devant soi. Au lieu de se morfondre sur ce qui a été fait ou n’a pas été fait, il serait mieux de réfléchir et préparer les prochaines échéances électorales : les communales d’abord en 2016, puis les législatives en 2017 et la présidentielle en 2020.
Mais d’ici là, les politiciens doivent « raccrocher les gants » et plier les tentes. Ils doivent surtout laisser le petit peuple souffler un peu ! Avec la proclamation des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle, la partie est terminée ! Mais que Diantre ! A quelques jours seulement de cette décision incontestable, on a vu les états-majors des grands partis vibrer au cours des assemblées générales comme si on était toujours en pleine campagne électorale. Mais que veulent-ils donc ces politiciens à ce pauvre peuple ? D’ailleurs je n’ai jamais compris l’utilité de tenir ces assemblées générales hebdomadaires en dehors des périodes électorales ! Que peut-on bien dire à ses militants, semaine après semaine si ce n’est pour haranguer, dénoncer et inciter ! Surtout quand on sait que ces assemblées générales mobilisent souvent tant de monde que cela crée des embouteillages interminables pour les automobilistes ! Tout se passe comme si les politiciens avaient pris le peuple en otage ! Or une fois les élections terminées, et le vainqueur déclaré, tout le monde devrait rentrer chez soi et reprendre son travail ou ses activités. Que les fonctionnaires retournent dans leurs bureaux, que les médecins retournent dans les hôpitaux et que les pharmaciens retournent dans leurs officines ! Et que les commerçants, pauvres commerçants retournent dans leurs boutiques ! Et que les députés retournent à l’Assemblée nationale ! Et qu’on reprenne le travail ! Bon sang !
Malheureusement en Guinée, la politique est devenue l’une des activités les plus lucratives. Alors on s’y donne sans retenue et sans limites dans l’espoir d’avoir accès à la soupe populaire. Regardez à quel point toute une nation est accrochée à la formation du nouveau gouvernement, au lieu de s’investir dans des activités productrices et génératrices de revenus. Mais tout le monde s’est découvert une âme de politicien, même quand on n’a pas reçu la moindre formation. Et les politiciens abusent en mettant le pays perpétuellement en campagne électorale. La politique domine tout et rien ne se fait sans elle ! C’est très grave pour un pays si pauvre où les gens ont besoin de travailler au lieu de s’adonner continuellement au jeu des politiciens. Mais que peut-on espérer lorsque les grands partis opèrent comme des partis staliniens où la mobilisation est permanente et le chef incontesté et inamovible même face aux échecs ?
Les Guinéens ont besoin de sortir de l’emprise des politiciens qui eux doivent chercher à s’occuper autrement au cours des périodes postélectorales. Que ceux qui cherchent à prouver leur valeur s’activent plutôt au niveau de l’Assemblée nationale ou auprès des autres institutions pour au moins essayer de les améliorer. Au lieu de haranguer semaine après semaine les foules dans des assemblées de type stalinien. La valeur d’un politicien doit désormais être mesurée par sa capacité à se faire élire ou à adopter les lois. Ce sera la seule manière de leur demander des comptes et d’éviter de leur consacrer tout notre temps, toute notre énergie et nos maigres ressources.
Au lendemain de l’investiture du président de la République, les Guinéens doivent se donner la main pour relever les nombreux défis du développement. Et parmi ceux-ci, la lutte contre le virus Ebola qui doit être intensifiée et menée jusqu’au bout, pour que notre pays aussi, à l’instar de la Sierra Leone cette semaine, soit complètement débarrassé de cette terrifiante maladie.
Il faudra donc dire aux politiciens : « On ne veut plus parler de politique jusqu’à la prochaine élection. Maintenant on ne veut parler que du développement de la Guinée. » A chacun d’affuter ses armes !
Washington le 8 novembre 2015
Thierno Sadou Diallo
MBA consultant expert économiste
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