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Lendemains d’élections

Sadou Diallo  Dimanche, 25 Octobre 2015 01:32

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DIALLO_Sadou_Washington_2_01Le 11 octobre dernier, 68% des Guinéens se sont prévalus de leur droit de vote. Partout sur le territoire national et même dans les consulats à l’étranger, les Guinéens ont voté dans le calme. Et la CENI a bien confirmé ceci par une déclaration disant que « la journée du 11 octobre a été fondamentalement caractérisée par la sérénité, le calme et un engouement exceptionnel Â». Ce qui est une bonne nouvelle, car on craignait le pire au regard des violences électorales survenues deux jours plus tôt !

Mais dès le lendemain de l’élection, les sept candidats qui s’étaient présentés contre le président sortant, M. Alpha Condé, demandent l’annulation du premier tour en pointant du doigt les multiples problèmes de logistique et d’organisation observés. Les deux principaux candidats de l’opposition se retirent du processus électoral et annoncent qu’ils ne reconnaitront pas les résultats. Tout ceci avant la proclamation des résultats provisoires par la CENI qui n’aura lieu que quelques jours plus tard. Et une fois que ces résultats furent connus, l’opposition dénonce des fraudes et annonce son intention de manifester. Comme toujours et malgré le climat apaisé dans lequel les électeurs ont voté, la Guinée semble encore exposée aux violences postélectorales dont elle a l’habitude.

Force est de reconnaitre que cela est bien troublant ! Comment peut-on participer à une élection, payer sa caution, faire campagne à travers tout le pays, demander à ses militants de voter en masse, pour ensuite annoncer dès le lendemain du scrutin qu’on ne reconnaitra pas les résultats ? Ou est le respect qu’on doit accorder aux votes de ces millions de Guinéens qui ont répondu à l’appel des candidats et qui ont bravé le soleil et les longues files d’attente pour exercer leur droit civique ? Comment peut-on demander aux jeunes de sortir pour manifester dans la rue quand on sait que les manifestations pacifiques en Guinée se sont toujours soldées par des morts ?

Tout ceci est bien déconcertant ! L’opposition invoque des fraudes massives et caractérise le premier tour de mascarade électorale ! Mais que je vous demande, à qui la faute ? Pourquoi l’opposition n’a pas pris ses dispositions pour éviter que ces tentatives de fraudes ne se matérialisent véritablement sur le terrain ? Ou était l’opposition lorsque le pouvoir organisait le recensement général de la population ? Ou était l’opposition lorsque la CENI menait la révision électorale 2015 ? Pourquoi n’avoir pas défendu le droit de vote de leurs partisans présents sur le territoire et ailleurs ? Qu’est-ce que cette opposition a fait au cours du dialogue dit du 20 aout ? Qu’est-ce qu’elle en a tiré comme concessions et avantages ? Et pourquoi avoir signé dans tous les cas ? Où est la logique dans tout ça, mes chers compatriotes ? Il ne sert à rien en tout cas de s’en prendre à la communauté internationale puisqu’ils ne sont pas les véritables acteurs de ce processus électoral.

Peut-on vraiment s’en prendre au président sortant Alpha Condé qui a mis toutes les chances de son côté pour remporter ce scrutin ? C’est ça aussi la politique ! C’est de bonne guerre ! Pourquoi l’opposition, elle, a manqué de poser une stratégie gagnante pour empêcher le président guinéen de poser les jalons de sa victoire ? Il ne sert à rien de pleurer car une victoire aux urnes se prépare de longue date et en amont ! Cela l’opposition a manqué de le faire, perdue dans ses contradictions et ses atermoiements.

A ce jour, il n’y a eu encore aucune violence postélectorale. Mais tout le monde attend la validation des résultats par la Cour constitutionnelle pour confirmer officiellement la réélection du président Condé pour un second mandat. L’opposition osera-t-elle mettre ses menaces à exécution en organisant des manifestations ? J’ose espérer qu’elle ne fera pas cette énième erreur car ce serait jouer avec la vie des jeunes gens qui vont sortir dans la rue, puisque de toutes les façons cela ne changera rien à la situation. Les leaders de l’opposition, je l’ai déjà dit, doivent réfléchir un peu plus sur le sens de la vie et de la mort, avant de lancer les jeunes dans la rue. Surtout quand on n’est pas prêt à défendre ses idées et ses positions jusqu’au bout !

Et puis, nous devons établir maintenant une jurisprudence ! Aucun Guinéen ne doit plus mourir parce qu’un leader politique a perdu une élection ! Lorsqu’un politicien veut s’engager dans une compétition électorale, c’est à lui et à son équipe de faire le travail, de mettre toutes les chances de son côté, de s’assurer que les règles du jeu sont claires, définies et respectées, et que toutes les parties sont engagées à respecter ses règles. C’est à lui d’exposer ses idées, son programme et définir une stratégie gagnante pour convaincre les électeurs. Mais de grâce, qu’on ne demande pas aux électeurs de faire ce travail ou de s’assurer que les règles du jeu soient respectées ou alors de pousser l’autre camp à faire franc-jeu ! Tout ce qu’on doit demander aux électeurs c’est de se mobiliser et venir déposer leur bulletin dans l’urne, le jour du scrutin. Et ensuite attendre la compilation des résultats et la validation par les institutions compétentes. Le fair-play exige que celui qui en sortira vainqueur soit félicité par les candidats malheureux. C’est désormais cela que nous voulons en Guinée, et c’est le comportement que nous attendons de tous ces leaders politiques au lendemain des élections en Guinée.


Washington le 23 octobre 2015

Diallo Thierno Sadou
Consultant expert économiste


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