Amadu Diallo Mercredi, 21 Octobre 2015 15:06
Le coup Kao de M. Alpha Condé n’est pour moi qu’un braquage électoral. Car la victoire du RPG n’est pas consécutive à l’échec des opposants guinéens sur le terrain. Elle fait suite à un montage et au forcing d’un régime autoritaire qui tenait à cette victoire même en cas de son cuisant échec.
Malheureusement, certains commencent déjà à déformer cette réalité pour justifier une victoire qui n’est pas justifiable. Une victoire qui n’est pas sortie des urnes. Une victoire fabriquée de toutes pièces par une CENI inféodée et qui sera certainement bientôt validée par des institutions à la solde du régime. Mais tout cela n’empêche pas certains a faire croire que cette « fausse victoire » est due à la faiblesse des leaders. Certains d’entre eux parlent de manque de stratégie. D’autres n’hésitent pas d’ailleurs à imputer l’échec de tout un peuple à la seule faiblesse de l’UFDG. Mais je dirai sans hésiter que l’UFDG est loin d’être le responsable de ce qui vient de se passer en guinée. Cette formation n’a même pas enregistré la moitié du dommage subi par l’UFR de M. Sidya et le PEDN de M. Lansana Kouyaté. En matière de forcing électoral, c’est une catastrophe pour ces deux formations même dans leurs propres fiefs.
En Guinée Forestière aussi, il ne faut pas oublier que depuis longtemps les populations et les formations politiques de cette zone sont terrorisées pour la même cause. Pratiquement, durent les 5 années de mandature d’Alpha, cette région n’a pas connu de répit, surtout à l’approche de cette dernière élection. La machine à fraudes du régime a presque fait disparaître totalement de l’arène politique guinéenne les partis politiques de cette région.
Alors ne nous laissons pas distraire par de simples supputations. Comme tout autre Guinéen, les responsables politiques ont vu venir cette fraude, mais personne ne pouvait faire quoi que ce soit pour la contrer. N’accusons donc que le régime et ses complices.
Ce n’est pas parce qu’un leader est inopérant ou en manque de stratégie que cette mascarade ait eu lieu. C’est tout simplement parce que l’adversaire était bien outillé, « trop » engagé, « trop » bien armé pour atteindre son objectif cyniquement baptisé « coup KO ». Un farfelu pseudo que moi j’appelle « coup d’Etat électoral » contre un peuple en excès de docilité.
Nous savons tous que le régime n’a même pas remis son mandat de 2010 en jeu, comme le recommande la constitution. Il a continué à exercer comme d’habitude, en ne lésinant pas sur les moyens à sa disposition. Ce régime qui avait à sa disposition l’armée, les armes, les munitions, les commandants des zones militaires, les gouverneurs des régions, les préfets, les sous-préfets, tous les responsables locaux, les cadres de l’administration, tous les « faux opposants » qui l’ont rejoint à la dernière minute pour se remplir les poches, etc., ne pouvait donc se laisser vaincre, même en cas de victoire certaine de son adversaire.
Que personne ne me dise alors que c’est un manque de tactique d’une formation politique ou que c’est la faiblesse d’un quelconque leader. Disons tout simplement que les Guinéens viennent de se faire brigander de nouveau.
A part l’UFDG, aucune des autres formations en course n’a pu conserver même sa position initiale sur l’ensemble du territoire. D’ailleurs certains leaders ont perdu même les villes d’où ils sont originaires. Comment expliquer par exemple qu’un Sidya Touré n’ait pu gagner dans aucune des préfectures de la Basse Côte et que Lansana Kouyaté perde ses potentiels électeurs, dans un intervalle de 4 ans seulement, dans toute la Haute Guinée ? Il n’y a pas de doute, cette victoire du RPG était déjà programmée dans les machines de Bakary Fofana avant même le début du processus électoral. Donc retenons ou non ce qui suit : comme en 2010, tous les commis de l’Etat ont été mis à contribution pour une seconde intronisation d’Alpha Condé.
Je dirai enfin, mettons n’importe qui à la tête de n’importe quelle formation en Guinée, si les processus électoraux restent les mêmes et que des têtes comme celle d’un Bakary Fofana à la CENI continuent de piloter des institutions, nous n’aurons que des présidents éternels. C’est-à-dire des présidents qui ne quitteront leur fauteuil que pour la direction du cimetière de Cameroun ou celui de leur village natal. Car nous n’avons ni armée républicaine pour nous débarrasser des dictatures, ni des institutions républicaines crédibles pour les contrer, encore moins des populations courageuses pour les défier. C’est pourquoi nous risquons d’occuper pour de longues années encore le dernier wagon du train africain pour ne pas dire celui du monde entier.
Amadu Diallo
Connu sous le pseudo Amadudialamba
Commentateur & Médiateur sur GuineeActu
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