Naby Laye Camara Dimanche, 27 Septembre 2015 22:12
J
e ne hais pas le président Alpha Condé, je le désapprouve parce qu’il est menteur et faux. Un homme faux, vous le savez autant que moi, n’est pas ce qu’il veut paraître. Il trompe délibérément. Il dissimule.
En 2010, Alpha Condé déclarait : « quand je suis arrivé au pouvoir, j’ai trouvé un pays, pas un Etat ». Une déclaration qui m’avait beaucoup marqué, positivement. Parce que le leader du RPG, avec cette expression, venait de diagnostiquer le véritable problème guinéen.
La Guinée a effectivement un problème de gestion de politique structurelle au niveau des institutions de l’Etat. Toute notre difficulté de décollage économique est liée à un manque de structuration et de consolidation démocratiques de ces institutions.
On aura beau construire des hôtels, on aura beau bitumer les routes, on aura beau électrifier le pays, on aura beau distribuer des billets de banque dans les rues, si la politique de gestion structurelle n’est pas instituée, et ne se trouve pas dans nos habitudes, tout le travail sera comme un château de cartes. Ce serait une politique de réalisation de façade. De l’apparence.
De Sékou Touré à Lansana Conté, il y a eu ce problème de structuration des institutions de l’Etat. C’est-à-dire que tous les appareils de l’Etat sont utilisés pour d’autres objectifs qui ne leur sont pas appropriés.
Dans la première République, toutes les institutions de l’Etat avaient un seul objectif : assurer la pérennité du régime de Sékou Touré. Dans la deuxième République, les mêmes habitudes pour assurer la continuité de Lansana Conté. Nous sommes en 2015 avec Alpha Condé, le même constat.
Cependant, le cas du président Alpha Condé est plus que choquant. Il nous dit qu’il est intellectuel. Qu’il est professeur sorti d’une prestigieuse université française. Qu’il a passé plus de trente ans dans l’opposition combattant les régimes autoritaires en Guinée. Autrement dit, notre professeur-président sait absolument ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas pour le pays dans la résolution des problèmes. Il le sait d’autant plus qu’il est capable de faire le meilleur diagnostic de la situation.
Mais le diagnostic d’un problème ne signifie pas qu’il est résolu. Cela signifie tout simplement qu’on en sait un plus sur ses origines, sa nature, et son évolution. Il y a la phase de traitement. Comment traiter ou résoudre le problème dépisté ? Comment procéder pour que les appareils de l’Etat fonctionnent démocratiquement et dans la sincérité ? Comment procéder pour que la loi soit la seule valeur de référence dans la gestion politique de tous les jours ?
Je suis presque convaincu que le président Alpha Condé a très peu fréquenté les bibliothèques : il lit moins. Cependant, quand je vois le type de traitement qu’il a choisi pour restaurer l’Etat guinéen, je me dis : « ah quand même, il a lu l’ouvrage La démocratie du philosophe et politicien français Etienne Vacherot (1809-1897) ».
Etienne Vacherot disait : « vivre libre est une noble et belle chose, mais il faut vivre d’abord ». Autrement dit, et comme notre président l’utilise dans ses discours, en proverbe : « le ventre affamé n’a point d’oreilles ». « Les manifestants, déclare le président Alpha Condé, ce n’est pas un problème. Ils descendent dans la rue parce qu’ils ont faim. Je vais les satisfaire, et vous ne les verrez plus manifester. »
Cela explique tout. Toute la gestion politique d’Alpha Condé est faite sur mesure. Il ne prendra jamais des mesures pour garantir l’Etat guinéen. Il fera des réalisations à court terme pour la satisfaction d’un besoin immédiat et égoïste : son seul désir d’être au pouvoir.
L’homme a 75 ans ‒ en manque total du patriotisme ‒, pourquoi se jetterait-il dans des mesures de structuration et de consolidation des institutions de la République, qui sont des réalisations à court et à long terme pour la satisfaction de l’objectif commun des Guinéens, et pour les futures générations ?
Les mesures à court terme ! Conséquence : le président étant considéré comme le demi-dieu, ou le super-homme, son décès ou tout autre empêchement définitif (75 ans, il faut être raisonnable) plongerait le pays dans un chaos politique et social. Il se serait bien moqué de nous.
Naby Laye Camara
Bruxelles
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