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Guinée : les nouveaux mariés du palais ou le baiser de Judas

Lamarana-Petty Diallo  Dimanche, 30 Août 2015 15:52

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DIALLO_Lamarana__Petty_8_01Pour étayer ce titre qui pourrait être un épisode d’une des enquêtes de Columbo ou rappeler un passage de l’Evangile, je dirais que je ne crois pas à la franchise d’un mari qui prête son lit à l’amant de sa femme. Pourtant, c’est bien cela qui semble s’être produit lors du mariage à trois scellé le 20 août 2015 entre le RPG Arc-en-ciel, le gouvernement guinéen et son opposition.

Je dis d’ores et déjà que non seulement ce mariage ne m’inspire pas beaucoup confiance mais je crains fort qu’il n’y ait interlope dans ce « je t’aime moi non plus ». Jusqu’à preuve du contraire, je ne crois ni aux fiançailles de la veille ni au mariage du jour encore moins aux noces du lendemain. Des noces qui ne risquent pas d’être de toute gaieté si toutefois se reproduisaient les tentations du passé ou si l’une des parties ne respectait pas les termes des accords.

Il est difficile de penser autrement quand on sait que le parrain qui est aussi le témoin ne s’est pas donné les moyens pour inspirer confiance aux Guinéens. Représenté par une foultitude de représentants, envoyés spéciaux de l’ONU, de l’OIF et autres corps diplomatiques, si ce n’est la CEDEAO, notre parrain, en l’occurrence la communauté internationale, a toujours laissé notre pays là où ils l’a trouvé. Dans le cambouis !

La quasi-totalité des accords signés sous ses auspices ont toujours été bienveillants à l’égard des pouvoirs en place (en Guinée ou ailleurs). D’où la question jusque-là non élucidée de savoir pour quelles raisons l’opposition guinéenne s’est empressé de signer ces accords qui concèdent presque tout au pouvoir. Excès de confiance ? Assurance des lendemains ou bien aseptisation de cette opposition dont certains membres semblent jouer à l’eau trouble ? La question reste posée. Pour le moment, comme pour ironiser, c’est la mouvance qui se plaint d’avoir été flouée face au revirement inattendu de l’adversaire.


Pourquoi des accords maintenant et pas avant ?

A en croire les termes du protocole accepté par les différents protagonistes, le nouvel épisode de la vie politique guinéenne devrait mettre fin à plusieurs années de déficit de confiance, de manifestations de rue, d’assises infructueuses et de crises de tout ordre ayant conduit à plusieurs dizaines de pertes de vie humaines entre 2010 et maintenant. Néanmoins, on pourrait se demander s’il s’agit d’une réelle volonté politique, d’une nouvelle mise en scène, de rêve en voie de se réaliser pour les uns, de s’envoler pour d’autres, d’intrigue bien ficelée, de jeu de cache-cache ou tout simplement d’un coup de maître ? L’avenir nous éclairera !

Remonter aux négociations qui ont conduit au « gouvernement de consensus » de 2007 à 2008, au « Protocole d’accord de Ouaga du 15 janvier 2010 » instaurant la transition pour arriver aux derniers accords en date, permettrait de porter un regard lucide sur ce qui se joue actuellement. Cela permettrait d’appréhender ces « accords » avec parcimonie et cerner avec réalisme ce qui pourrait en résulté s’ils n’étaient pas respectés. Cette approche n’est pas une remise en cause systématique des efforts des femmes et des hommes politiques guinéens d’œuvrer pour des élections transparentes. Elle est juste une manière d’attirer l’attention des aux uns et des autres en leur disant : « ne criez pas victoire ». Et pour cause ?


Ces accords posent un certain nombre de problèmes

Avec la plus grande volonté politique, il ne sera pas facile d’assainir le fichier électoral, de parvenir à la recomposition partielle de la CENI en y mettant d’autres hommes ou femmes plus intègres que ceux qui y sont. A moins que les nouveaux ne tombent du ciel ou ne soient purifiés par l’âme des défunts qu’ils sont appelés à remplacer.

Procéder à un nouveau partage des collectivités territoriales au prorata des législatives dont on connait la victoire mitigée des uns et des autres à moins de 55 jours des échéances présidentielles relève presque de l’illusion. Ignore-t-on les tracas et les guerres de tranchée que cela peut entraîner au sein des partis politiques et des différentes alliances parfois aussi fluctuantes qu’une sauce gombo ?

Sait-on quel sera l’influence des présidents des CRD, des préfets, sous-préfets, gouverneurs sur les nouveaux maires et autres subalternes ? Oublie-t-on que les nouveaux élus (ou désignés) risquent de manquer du temps nécessaire pour une éventuelle passation de service ?

En outre, quel sera le comportement d’un maire face à un sous-préfet par exemple ? Jusqu’où poussera-t-il l’audace pour empêcher une supposée fraude, imposer un décompte des voix en cas de litige ? L’autorité étatique respectera-t-elle les textes quand on sait que le zèle et la fourberie sont un moyen d’ascension politique dans notre pays.

Voyons encore ! De combien de préfets, sous-préfets, gouverneurs, l’opposition en dispose-t-elle ? De ministres n’en parlons pas !

Quel sera l’impact de ces accords pour des élections dites transparentes quand, au même moment, l’opposition guinéenne distille sur les réseaux sociaux des exemples de citoyens qui se sont recensés jusqu’à 40, voire 60 fois ?

Espérons que les présents accords ne seront pas des avortons de ceux du 3 juillet 2015 ou de ceux d’un 25 juillet 2010. Si tel était les cas, il risque d’y avoir une double noce sur l’autel de la crédulité béate !


Que voulais-je dire en dépit de tout ?

Je loue les efforts des uns et des autres pour une sortie de crise par des élections transparentes. Qui ne le ferait ? Cependant, je ne peux m’empêcher de leur poser un certain nombre de questions qui me tailladent depuis le 20 août et bien avant :

Une question fondamentale reste et concerne le principal parti d’opposition, l’UFDG et par ricochet ses alliés. Analystes, militants, adversaires et sympathisants se la posent et égratignent le président du parti ou louent sa position.


Les accords sont signés, que doivent faire l’UFDG et ce qui restera de l’opposition ? 

Le choix n’était certainement pas très aisé pour certains partis politiques, principalement l’UFDG face une communauté internationale avec ses harcèlements au dialogue, ses gémissements de peur d’instabilité politique, de retour des militaires, de guerre interethnique, de lendemains d’élections souvent truquées et bla-bla-bla… ! Que faire face à des négociateurs que certains qualifient de négociants dont le langage, les prises de position varient au gré des rencontres et tête-à-tête selon qu’ils sont avec les uns ou les autres ?

On imagine bien que le dilemme « signer ou ne pas signer » ne pouvait durer. Nous avons vu l’option choisie. Sera-t-elle payante ?

Les avis sont partagés entre ceux qui estiment que l’UFDG aurait tout simplement refusé de se rendre au palais du peuple en signifiant son refus d’adhésion au protocole et aux accords. Pour eux, les arguments ne manquent pas pour justifier une telle position.

Ceux qui soutiennent le point de vue contraire mettent en avant le risque de marginalisation du parti qui ouvrirait la voie à une nouvelle stratégie de tous contre un. Une stratégie qui aura du mal à mobiliser cette fois-ci si l’on observe ce qui se passe du côté de la Guinée Forestière modèrent-ils. Ceux-là disent que le parti n’a pas tort de parapher les accords.

A mon avis, quelle que soit la position adoptée, l’UFDG et son président sont les plus exposés aux conséquences des accords du 20 août. Ils peuvent en être les bénéficiaires tout comme les victimes. Si les termes de ce protocole ne sont pas respectés à la lettre, le sursaut sera très difficile à moins de 50 jours de l’échéance présidentielle. Cela est d’autant plus vrai que tout se passe chez certains « alliés » comme s’il fallait coûte que coûte une signature. A quelle fin ?

L’intransigeance doit être la règle d’or dans le respect de l’application des accords. Ce sera tout ou rien ! Cette ligne de conduite doit être non négociable et inflexible. Au cas contraire, un cataclysme post-électoral est à craindre.

C’est en optant pour une telle ligne de conduite que l’UFDG devrait gagner tête haute. Au pire, perdre dans l’honneur. Les alliances qui continuent de jouer entre ombre et lumière tant elles sont poreuses et changeantes au gré des offres ne devraient pas être une préoccupation outre mesure.

Le RPG actuellement au pouvoir ne s’est-il pas forgé des décennies durant dans la politique de la table rase? A quelques exceptions près, il n’a accordé aucune concession aux différents régimes politiques guinéens. Cela prouve bien que le pouvoir se conquiert dans la constance, l’obstination, le courage et l’intime conviction de vouloir y accéder.

Indépendamment de ce qui précède ‒ ou en lien ‒ les accords du 20 août sont perçus par certains comme un signal, voire une certitude adressée à l’opposition par le pouvoir et sa mouvance. Pour ceux-là :


La messe serait tout simplement dite

Les défenseurs de cette idée arguent qu’aucun pouvoir, en quête de second mandat de surcroît, ne peut tant concéder à son opposition à la veille d’un scrutin présidentiel s’il n’était sûr que la messe fût déjà dite. Du moins pour les partis-satellites ou ceux qui se réclamant encore de l’opposition. La preuve, la plupart cherchent à se faire coopter en élisant domicile chez tel ou tel membre influent du RPG ou proche du président.

Au-delà de tout, je dis que « si les accords du 20 août sont respectés, la Guinée aura effacé tous ses ratages et errements depuis l’indépendance. En revanche, s’il s’agit d’un coup de maître du président guinéen, une mise en scène orchestrée pour plus de gain de temps comme le soupçonnent certains, l’opposition n’aura que ses yeux pour pleurer ! »

Dans ce cas de figure, l’Arc-en-ciel deviendra l’Arche de Noé vers laquelle accourront tous les naufragés de la vie politique guinéenne. Les partis-baluchons, portés en bandoulière par leur unique militant, en l’occurrence le président autoproclamé et les « leaders » desdits partis-mallettes y afflueront comme des vautours affamés.

Enfin, si l’hypothèse du coup-fourré (ce n’est pas moi qui le dit) se confirmait, « Tonton Flingueur » ‒ politiquement parlant ‒ aura donné à ses opposants le baiser de Judas dont on connait et la symbolique et le résultat. On pourrait même parler dans ce cas de Noces de Ponce Pilate tant et si bien qu’il aura prouvé qu’en politique, la fin justifie les moyens.

A l’opposition guinéenne de savoir ce qu’elle doit faire et comment pour sauver non pas la mise mais pour gagner les élections du 11 octobre prochain ! A bon entendeur… !

 
Lamarana-Petty Diallo


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