Zobada Guilavogui Vendredi, 14 Août 2015 09:47
Mes interventions publiques sont rarissimes, ce, pour préserver un devoir de réserve imposé par des obligations qu’il ne serait pas opportun de discuter ici. Les dérives récentes de l’appareil judiciaire au pays, par contre, exigent ne serait-ce qu’un bout de phrase en soutien aux cibles des exactions de ceux qui dirigent le pays.
Faire du tort aux citoyens pour préserver les intérêts du pouvoir est en quelque sorte la marque déposée des régimes qui se sont succédé en Guinée. L’appareil judiciaire actuel se distingue de plus en plus par sa capacité à exceller dans cette pratique. La récente privation de liberté du député OGD n’est que l’une ces multiples virées répressives du pouvoir de la transition post-CNDD.
Avec le régime actuel, on a beaucoup plus l’impression d’avoir affaire à un chef de guerre et sa bande de commandants de zones qui tentent d’imposer tant bien que mal leur joug en territoire occupé en pillant ses ressources et incapacitant toute opposition qu’ à un président démocratiquement élu qui tolère et défend le pluralisme et la différence d’opinion. N’étant pas présent sur les lieux lors des discussions entre le député et le marchand, je ne pourrais émettre de jugement de valeurs sur les faits. Ce qui par contre montre à quel point le régime est répressif, c’est le fait d’être si prompt à retenir le député contre son gré pour une affaire dont les contours restent encore flous.
La privation de liberté du député est directement liée à ses prises de position au sein de l’opposition, le contraire ne pourrait être admis que par ceux qui croient en la préséance des « vérités » du régime. Ousmane est l’une de ces personnes dont les prises de positions tranchent nettement avec le suivisme qui affecte une grande partie de la jeunesse du pays. L’interpeller à cause d’une altercation de salon pour dit-on rendre justice; c’est prouver que le pouvoir avait déjà l’intention de le priver de sa liberté sous n’importe quel allégation. Ce qui entame gravement l’indépendance d’une justice que l’on clame haut et fort vouloir reformer.
L’obstination à opprimer Gaoual engendrera à coup sûr l’effet contraire à celui escompté par le régime. Non seulement, cette épreuve renforcera son image d’opposant mais en plus, le pouvoir aura affaire à un plus grand nombre de Gaoual car cet entêtement à le museler prouve qu’il n’est pas poursuivi pour un crime mais pour des causes qu’il défend, ce qui emmènera au minimum des milliers de personnes à défendre les mêmes valeurs que lui.
User de prétextes retors pour empêcher OGD d’aller et venir, c’est en réalité faire contorsion à l’indépendance de la justice et violer le caractère sacré des libertés individuelles reconnues et protégées par la constitution et les lois de la République. C’est enfreindre les exigences des traités dont le pays est partie et qui obligent ses dirigeants à assurer l’égalité de tous devant la loi. C’est manquer à sa mission de construire une nation, réformer un Etat et à sa responsabilité de garantir un procès en bonne et due forme pour tout citoyen. C’est enfin, renforcer la hideuse image d’une dictature qui n’hésite pas à bâillonner les voix qui s’opposent à ses dérives.
Des milliers de jeunes Guinéens partagent les peines de Gaoual et ceux qui le retiennent contre son gré ne pourront que renforcer son aura. Je vais paraphraser Pascal Mourot pour dire que la transition post-CNDD n’aura pas de geôle assez énorme pour retenir ce qu’incarne OGD.
L’obligation de respecter et garantir les droits des citoyens, de les protéger contre des privations indues, de l’oppression, et des discriminations incombe aux dirigeants du pays. Ils cessent d’être des dirigeants et deviennent de vulgaires tyrans dès lors qu’ils se muent en ceux qui commettent ces exactions et lorsqu’ils subordonnent le respect des droits humains à l’assouvissement de leurs intérêts personnels. Haut les cœurs ! La marche pour une Guinée inclusive et tolérante doit être irréversible ! #WeStandUnitedWithGaoual.
Zobada Guilavogui
« Un individu conscient et debout est plus dangereux pour le pouvoir que dix mille individus endormis et soumis. » Le Mahatma
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