Lamarana Petty Diallo Lundi, 13 Juillet 2015 15:11
Ce n’est pas un simple coup de boutoir que Cellou Dalein vient d’asséner au RPG Arc-en-Ciel et à son chef. C’est un coup de grisou qui risque de faire exploser toute la prétendue réserve électorale de la mouvance présidentielle.
Dans ce conglomérat de partis politiques, ils sont nombreux à se dire qu’heureusement Dalein n’en fait pas souvent. Sinon, nous serions déjà KO. Leurs réactions, les unes aussi décousues que les autres, et dénuées d’arguments solides, sont l’expression du tournis qui les a saisis à l’annonce surprise de la rencontre Cellou-Dadis et du projet d’alliance entre l’UFDG et les Forces patriotiques pour la démocratie et le développement (FPDD).
Depuis que n’avons-nous entendu ? « C’est une alliance contre nature, la politique n’exclut pas la morale, c’est un non-évènement, Dalein m’a déçu, on ne pactise pas avec le diable, etc. ».
Surprise pour surprise, le RPG vient d’en avoir une et semble toujours ne pas s’en remettre. Les solutions qu’il envisage relèvent plus du désarroi, de la panique et de la stupéfaction. Il n’en revient pas d’être pris de court par un Cellou Dalein qualifié à tout bout de champ, de « nain politique ». Une insulte qu’il partage avec les autres leaders de l’opposition. Le fait de vouloir réduire l’influence de Dadis à un « sous-groupe ethnique », les Guerzés, est sûrement la preuve la plus flagrante de la panique qui s’est emparée du parti au pouvoir.
En tout état de cause, se précipiter pour inculper Moussa Dadis Camara est une gageure politique. Un acte hasardeux dont la méthode relève d’un amateurisme ahurissant.
Inculper Dadis ne pose problème qu’à la majorité présidentielle qui se retrouve à faire de la politique spectacle. L’intéressé ne demandait que cela. C’est une opportunité de libérer la parole qui s’offre à lui. Ne le réclame-t-il pas à cor et à cri depuis près de 6 ans ?
Il a suffi d’une annonce, celle de l’alliance entre son parti politique et l’UFDG pour que la Guinée ait une justice prompte à agir. Durant des années, le gouvernement s’est montré sourd et indifférent aux appels des victimes du 28 septembre 2009, aux organisations des droits de l’homme et au principal suspect qu’était Dadis.
Cette inculpation qui ressemble à un réveil subit apparait comme une punition. Elle laisse présager que Dadis était utile au pouvoir actuel tant qu’il se contentait de se recroqueviller dans son coin en observant un mutisme total. Tout semble prouver que sa neutralité, du moins son attentisme face à ce qui se passait en Guinée, arrangeait le pouvoir. En ce moment, les appels des victimes ne dérangeaient point. Quel paradoxe !
Pour quelles raisons l’occasion donnée à Moussa Dadis de s’exprimer agiterait tant le parti au pouvoir ? Un parti qui s’éveille à la prière dans des zones qu’il a martyrisées des années durant. Un pouvoir qui parle et tente d’activer le processus de réconciliation nationale qu’il a volontairement enterré. Sinon, pourquoi ne pas avoir reconduit le ministère qui s’en chargeait sous la transition ?
L’échec des différentes tentatives de soudoyer « le petit capitaine », la déroute des multiples émissaires au Burkina explique plus que toute volonté de justice l’inculpation spectaculaire de Dadis. A première vue une autre erreur, un autre faux-pas, une stratégie mal ficelée qui risque de se révéler non pas comme une solution mais un piège.
En effet, soixante-douze heures ont suffi pour inculper Moussa Dadis Camara. A croire qu’entre septembre 2009 et juillet 20015, le Burkina-Faso qui serait à des années lumières, se serait miraculeusement rapproché de la Guinée. Qu’auparavant, il fallait une fusée pour se rendre à Ouaga et, depuis le rapprochement UFDG-FPDD, qu’une simple jeep suffirait à relier cette distance jusque-là inabordable.
De ces observations découlent plusieurs questions. Au-delà de l’instrumentalisation des évènements macabres du 28 septembre 2009 par une inculpation plus que douteuse, le pouvoir guinéen voudra-t-il réellement que Dadis parle ? Que justice soit rendue aux victimes et à leurs familles ?
A mon avis, beaucoup de choses ont été dites sur l’inculpation de l’ancien putschiste. Là-dessus, les articles et parmi des meilleurs circulent sur le web. Dorénavant, les regards devraient porter sur d’autres aspects.
Le risque n’est pas négligeable que l’affaire Dadis ne serve à autre chose qu’à faire la justice sur ce qui s’est passé au Stade du 28 septembre.
Les observateurs politiques et les médias devraient analyser les conséquences de la décision des magistrats guinéens avec des loupes plus avisées. Qui peut croire que l’inculpation en chaîne, à quelque mois d’élections annoncées, de dizaines de hauts gradés de l’armée, de la police, de la gendarmerie, ne servirait pas à d’autres fins qu’à rétablir la vérité ? Des journaux étrangers, des responsables d’institutions internationales, commencent déjà à agiter l’épouvantail de « moments incertains, de risques accrus en ces moments sensibles… » de la candidature de Dadis et de son inculpation.
Qui connaît la méthode du RPG devrait être très attentif et méfiant. Un autre complot ne risque-t-il pas de surgir de l’imagination de certaines têtes pensantes du parti au pouvoir pour stopper l’élan de la future alliance ?
L’épouvantail du retour de Dadis, même pour être jugé en Guinée, ne servirait- il pas d’alibi pour repousser l’élection présidentielle aux calendes grecques ? Histoire de se repositionner en Guinée Forestière et de taire une fois pour toutes la question des élections communales.
Il ne serait pas surprenant que cette inculpation serve de tremplin pour présenter l’UFDG et son président comme des partisans de l’impunité. Les faire apparaître aux yeux de l’opinion internationale comme des obstructeurs de la justice pour reprendre du poil de la bête n’est pas à exclure.
Autant dire que l’UFDG ne devrait pas se satisfaire de l’alliance annoncée avec le FDPP. Le parti doit rester sur ses gardes même s’il est difficilement concevable que la Guinée Forestière se départisse de « son héros ». Il n’est pas non plus inutile que la discrétion soit de mise pour la suite comme l’a déjà suggéré un de ses responsables.
Pour ce faire, la bonne communication devrait prévaloir sur certaines prises de paroles qu’on voit par-ci par-là. Autant dire qu’il faudrait éviter de vouloir défendre Dadis qui peut le faire lui-même et prendre garde à certaines questions pièges. Faire la part du politique à celle du communiquant devrait continuer d’être une ligne directrice.
Le président et les instances du parti, les seuls acteurs de cette initiative d’alliance faire, devraient également être les sources d’informations.
En continuant de la sorte, l’Arc-en-ciel risque comme il est de la loi de la nature de sombrer dans les nuages et disparaître de la Forêt.
Dès lors, Moussa Dadis Camara, que nous avons combattu quand il a dévié de sa ligne politique, aura droit à une justice juste et non à une justice de spectacle. L’occasion lui sera alors donnée d’avoir à côté ou en face ses partisans et ses bourreaux.
N’est-ce pas la meilleure manière de rendre justice ?
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