Thierno Sadou Diallo Samedi, 04 Juillet 2015 18:32
L’émission Afrique Presse
Comme notre compatriote Gandhi Barry, qui a écrit un excellent article en 3 parties sur l’alliance Dadis-Dalein, je n’avais aucune intention de participer à ce débat et voulais me tenir loin de ces discussions passionnées où chacun s’érige en donneur de leçons de morale et de politique. Au point même qu’on a l’impression d’assister à un véritable procès avant la lettre. J’étais déterminé à garder mon silence puisque l’article de Gandhi, si exhaustif et si équilibré avait exprimé réellement le fond de ma pensée. Que pouvais-je rajouter d’autre à ce qu’il a si bien expliqué ?
Mais c’est seulement après avoir suivi l’émission Afrique Presse animée par Assane Diop que j’ai décidé de reprendre ma plume. Tant j’étais outré et dépassé par les propos et commentaires émis par les participants. Bien que la discussion soit de bas niveau, en écoutant ses soi-disant spécialistes de l’Afrique, je me suis rendu compte que le président guinéen Alpha Condé, avait décidé de sortir l’artillerie lourde pour fustiger la nouvelle alliance UFDG-FPDD, qu’ils qualifient d’alliance entre Cellou Dalein Diallo et Dadis Camara. Conscients d’avoir réussi un coup médiatique, les propagandistes du régime guinéen ont fait circuler la vidéo de cette émission sur tous les réseaux sociaux et à travers le monde dans le but évident de discréditer le leader de l’opposition guinéenne, et à travers lui son parti et bien évidemment son nouvel allié.
Mais à y regarder de près, on se rend compte que s’il y a manque de crédibilité quelque part, c’est bien au niveau des journalistes qui étaient réunis autour de cette table et qui ont fait semblant de mener un débat. Comment peut-on réunir des journalistes ayant la même opinion sur une question aussi controversée et prétendre avoir un débat, ou au moins une discussion objective et équilibrée. Comme je le disais récemment à un ami, ceci n’est plus un débat, mais de l’intox !
Comment peut-on prendre au sérieux l’animateur de cette émission, M. Assane Diop, journaliste à RFI et ami de longue date de M. Alpha Condé durant son long séjour en France ? Ou encore M. Pierre Benoit qui fait partie du même réseau et cercle d’amis1 entretenus par M. Alpha Condé en France. Et que dire de Marie-Roger Biloa qui est toujours présente dans l’entourage du chef de l’Etat guinéen, même pendant ses voyages officiels. Sur ce plateau, celui que je connais le moins est le journaliste béninois Valentin Hodonou des Enjeux africains, certainement à cause de sa relative jeunesse. Mais il semble avoir été, lui aussi, coopté par Assane Diop pour intégrer le « syndicat » des amis du président guinéen.
Quand une personne se présente comme spécialiste, renseignez-vous sur elle pour savoir si elle est réellement à la hauteur des compétences mentionnées. Prenez le cas de Pierre Benoit ! Voici quelqu’un contre qui les membres de la Société des journalistes (SDJ) de TV5 avaient voté une motion de défiance pour manque de dialogue2. Cette motion de défiance visait « le directeur de l’information, André Crettenaud et le directeur adjoint, Pierre Benoit, et elle avait été approuvée par 38 des 58 journalistes qui ont pris part, 14 ayant voté contre, 6 s’étant abstenus. Les reproches faits à ces deux responsables de TV5 étaient le manque de dialogue, une absence de réflexion sur le long terme et au quotidien, suivisme, remplissage, navigation à vue, un problème éditorial mais aussi d’organisation ».
Comment Pierre Benoit a-t-il pu survivre à cette motion de défiance et rester à TV5 m’échappe. Aux Etats-Unis, il « aurait démissionné » depuis longtemps. Mais comme TV5 est une chaine francophone appartenant à la France, la Belgique, la Suisse et le Canada, donc à des gouvernements, peut-être que cela se comprend. Tout ce que je veux dire c’est qu’il n’a pas autant de crédibilité et d’intellect pour se présenter en tant que spécialiste de l’Afrique et encore moins de la question guinéenne.
Le penchant de M. Assane Diop pour les thèses d’Alpha Condé est bien connu. Pour se faire une idée, je renvoie les lecteurs au brillant article de M. Mamadou Billo Sy Savané de Rouen qui, en 2013, répondait au journaliste de RFI qui voulait servir de porte-voix à Alpha Condé. Sans trop de commentaire, je laisse au lecteur le soin de lire l’article intitulé « Admonestation de M. Assane Diop à l’encontre de l’opposition guinéenne : réponse de Mamadou Billo Sy Savané ». Juste pour comprendre que ce monsieur ne peut en aucun cas mener une discussion objective et impartiale sur la situation guinéenne.
Je lis Marie Roger Biloa depuis la fin des années 70 et au temps où elle travaillait à Jeune Afrique et où elle s’occupait du courrier des lecteurs. Et depuis, j’ai suivi son parcours. Je me rappelle même qu’à Jeune Afrique où elle a eu quelques démêlés, elle avait gardé une certaine rancœur contre les dirigeants de cette boite qu’elle accusait de tous les maux de la terre. Dirigeants parmi lesquels figurait notre regretté Siradiou Diallo. Marie Roger était dans l’avion qui ramenait Alpha Condé en Guinée, la première fois ! Au cours des longues années qui ont suivi, je l’ai toujours aperçue dans l’entourage du leader du RPG. Et maintenant que ce dernier est devenu président de la République de Guinée, ses fréquentations sont devenues de plus en plus assidues. Elle est présente dans l’entourage du président guinéen, même pendant ses voyages officiels. Comment peut-on faire appel à une journaliste comme elle pour faire une analyse objective et dépassionnée sur une question aussi sérieuse que l’élection présidentielle en Guinée, alors qu’elle a déjà un parti-pris ?
Mais ce qui m’a le plus fâché, c’est le ton et les commentaires des participants à cette émission. Prenez le jeune journaliste Valentin Hodonou qui accuse le leader de l’UFDG de souffrir peut-être du syndrome de Stockholm, comme s’il s’agissait d’une simple affaire de criminalité ou de droit commun. Pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler, il définit le syndrome de Stockholm comme étant la situation où la victime se rallie aux thèses du bourreau. Or il oublie que le syndrome de Stockholm a été surtout observé dans des cas de prise d’otages ou la victime épouse les comportements, les habitudes, et la philosophie des ravisseurs du fait d’avoir longtemps vécu avec eux. Et le plus souvent observé dans des cas de faits divers et de criminalité courante. Pas dans un crime d’Etat, considéré comme crime contre l’humanité où des militaires ont tiré sur une foule enfermée dans un stade, et violé des femmes à ciel ouvert et plein midi. Comment peut-on élever des situations de faits divers à un crime de cette nature ? Quelle approximation simpliste et quelle pauvreté de langage ! Hodonou, le spécialiste peut-il maintenant nous dire si le pape Jean Paul II était atteint du syndrome de Stockholm lorsqu’il avait visité l’assassin qui avait voulu mettre fin à sa vie, Mehmet Ali Agca, en prison ? Pour prier avec lui et lui donner sa bénédiction ? Quelle légèreté dans le ton et quelle faiblesse de l’analyse !
Le même Hodonou dans sa boulimie verbale, en parlant des militants de l’UFDG, dit et je le cite « Il y a beaucoup de Peuls qui ne sont pas contents » ! Pouah ! Encore une fois quelle pauvreté de langage. Même si les Peuls adhèrent en grand nombre à l’UFDG, il y a des membres d’autres ethnies à l’UFDG. C’est une insulte à ces derniers, à l’UFDG, et à ses responsables d’insinuer qu’il n’y a que des Peuls à l’UFDG.
Mais sur ce point, Valentin Hodonou n’a fait qu’emprunter cette expression à Assane Diop qui, si j’ai bien suivi la séquence des interventions, a été le premier à utiliser l’expression « Peul » et « Forestier ». Il va même jusqu’à se livrer à un calcul arithmétique ethnique sur un plateau de télévision française en disant que les « Forestiers » ne constituent que 10% de la population guinéenne, et sur ce pourcentage, seulement 5% (c'est-à-dire les Guerzés) seraient partisans de Dadis. Quelle honte de voir un soi-disant spécialiste de l’Afrique se livrer à de tels calculs en déchiffrant le pourcentage des ethnies dans telle ou telle région du pays ! Comment un intellectuel africain peut-il traiter un ancien premier ministre, leader d’un parti national, leader reconnu de l’opposition républicaine et ayant obtenu plus de 47% de voix dans une élection présidentielle, de leader « peul » et sur un plateau de télévision française ? Quelle arrogance, quelle légèreté de ton et quel mépris pour les Guinéens ? Aurait-il osé appeler un ancien premier ministre du Sénégal ainsi en le qualifiant de leader sérère, ou wolof, toucouleur ou peul ? M. Assane Diop doit comprendre que, malgré les enseignements qu’il a reçus, nous en Guinée, nous n’avons que des citoyens, des citoyens guinéens ! Entre nous guinéens, oui, nous sommes soussous, peuls, malinkés, guerzés, tomas, kissis, etc. mais devant l’étranger, nous sommes des Guinéens, des citoyens guinéens et cela est valable pour vous car vis-à-vis de nous, vous êtes un étranger, malgré votre africanité, une africanité qui, je le vois, est douteuse. Quand est-ce que les intellectuels africains comme vous, vont se débarrasser de ce langage néo-colonialiste en désignant nos populations, et nos dirigeants. Quand est-ce que vous allez vous débarrasser de ces complexes développés auprès de ceux qui pensent que les noirs ne sont pas capables d’édifier des nations et de se comporter en citoyens ? Seriez-vous à l’aise si je vous appelais Assane Diop, le Wolof de la radio RFI ?
Voilà Marie Roger Biloa qui vous emboite le pas ! Avec un air de dégout, elle affirme pince-sans-rire que l’UFDG est un parti peul, un parti fortement ethnique et que Moussa Dadis Camara ne représente absolument rien en Forêt ! Après elle se lance dans une diatribe, accusant Cellou Dalein d’avoir été incapable d’élargir sa base électorale, et d’avoir longtemps collaboré avec les régimes militaires. Parlant de Dadis, elle dit : « Il est qui ? Il représente quoi ? » Jamais à un seul moment, au cours de cette diatribe, elle n’a relevé une seule faute avec la gouvernance d’Alpha Condé. Tous les grands partis politiques en Guinée ont une base régionale à partir de laquelle ils essaient de recruter de nouveaux adhérents et former des alliances. Quoi de plus normal ? Où est le problème ? Vous croyez que les grands partis aux Etats-Unis n’ont pas une assise régionale ? Tout le monde sait que le parti démocrate ici est fort surtout dans les grandes villes et les états du Nord et le parti républicain, principalement dans les états du Sud. Mais qui parle d’ethnie ici ? Pourquoi êtes-vous obnubilé par cette idée d’ethnie ? Si en Guinée, nos régions naturelles correspondent aux zones de peuplement de nos groupes ethniques, par le fait du hasard et du fait colonial, à qui la faute ? Et pourquoi voulez-vous qu’on se prenne la tête avec ça ? Nous avançons avec les réalités qui sont les nôtres. Mais si je suis la logique de Marie Roger Biloa, que dire alors du RPG, qui a enregistré des scores « soviétiques » dans ses fiefs électoraux, à Siguiri, Mandiana, Kankan, Kérouané ? Un parti qui, à chaque élection, fait tout pour que les autres citoyens de la Guinée ne votent pas dans ses fiefs ! En 1992, ils ont étalé une natte sur la place publique pour forcer les électeurs à voter publiquement devant tout le monde. En 2010, on a organisé un véritable pogrom contre les membres d’une communauté pour empêcher ces derniers d’exercer leur devoir civique. Si de telles actions ne caractérisent pas un parti fortement ethnique, qu’on me le dise ! Pourquoi Marie Roger Biloa ne s’acharne-t-elle que sur l’UFDG ? Et quand elle parle de Peul et de Forestier, pourquoi ne mentionne-t-elle jamais son ethnie dans l’exercice de ses fonctions ? Partout où elle passe, elle se présente comme une Camerounaise. Qui peut me dire l’ethnie à laquelle appartient Marie Roger Biloa ? Est-elle bulu, maka ou bamileke ? Pourquoi les Guinéens acceptent-ils que les autres les rabaissent à leur plus petite expression ? Et sans les remettre à leur place !!!
De toutes les façons, si Assane Diop, Pierre Benoit, Marie Roger Biloa et Valentin Hodonou voulaient se livrer à un lynchage médiatique, alors moi je leur dis qu’ils ont lamentablement échoué. Ils n’ont exhibé aucun sens de l’éthique et de la déontologie.
Et je voudrais dire à mon ami, Rachid N’Diaye, conseiller en communication du président Alpha Condé, que cette opération de communication a été un échec et qu’il se doit de rectifier le tir !
A suivre…
Diallo Thierno Sadou
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1M. François Soudan, directeur de Jeune Afrique est lui aussi membre de ce cercle d’amis du président Alpha Condé
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