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La crise politique guinéenne, c’est autre chose que ce que l’on croit

Naby Laye Camara  Jeudi, 02 Juillet 2015 20:24

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CAMARA_Naby_Laye_5_01Un conflit politique est difficilement résolu lorsque sa cause principale n’est pas clairement définie dans l’ordre du jour des négociations. Ce fait a des conséquences lamentables, car les acteurs politiques pourront négocier une centaine de fois et pendant des années, en vain.

Aujourd’hui en Guinée, il y a deux crises. La crise la plus connue et commentée, s’articule autour de la problématique du processus politique. L’autre moins connue, plus effective et ayant des impacts très négatifs sur la résolution de la première, s’articule autour de l’état d’âme des personnes impliquées dans le dialogue politique.

La problématique du processus politique est bien largement discutable sur la table des négociations. La question est d’ordre administratif, ou constitutionnel, qui doit être débattue constitutionnellement. Simples questions d’interprétations de nos textes de lois par des juges, et les jeux sont faits pour que les protagonistes réduisent leurs points de divergences. Pourtant, le débat constitutionnel a lieu, les acteurs politiques se retrouvent de temps en temps autour de la table, mais comment se fait-il alors que les négociations frappent le mur et elles sont dans un cul-de-sac ?

C’est parce que la crise politique guinéenne, c’est autre chose que ce que l’on croit. Cette crise qui s’articule autour de l’état d’âme des acteurs politiques impliqués dans le processus du dialogue, est un drame qu’il faut résoudre. Cela devrait être un préalable à toute autre négociation politique.

Le sentiment de rancœur du président Alpha Condé est un drame qui empoissonne actuellement toute la vie politique guinéenne. Il dit toujours qu’il faut pardonner le passé politique guinéen. Qu’en tant que premier responsable guinéen, il assume tous les crimes et barbaries du passé. Il dit toujours qu’il a été condamné à mort par Sékou Touré. Qu’il lui a pardonné. Qu’il a été condamné par Lansana Conté. Qu’il lui a pardonné. Parlant même du massacre du 28 septembre, de l’affaire Diarra Traoré en 1985, et les tortures du camp Boiro pendant la première république, Alpha Condé affirme qu’il assume tout.

Cependant, le chef de l’Etat guinéen, depuis son accession au pouvoir en 2010, dans tous ses discours, et partout où il est allé, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, il n’a cessé de dire que « tout le mal de la Guinée vient des anciens premiers ministres ». Cette accusation, en elle-même, n’est rien dans un pays démocratique. Le problème, Alpha Condé la diabolise et l’entretient. Il l’a utilisée comme de la drogue dans son parti, endoctrinant ainsi tous les partisans du RPG Arc-en-ciel. Cette accusation sur les anciens premiers ministres passerait inaperçue, si elle n’était pas nourrie du ressentiment d’un passé politique ressent.

Un président hypocrite qui a cultivé l’hypocrisie dans son propre parti : il veut assumer tout, mais en même temps, il ne veut pas assumer tout. La rancune du président Alpha Condé, résultante de ses mois d’emprisonnement pendant le régime de Lansana Conté, conjuguée avec son hypocrisie chronique, sont à la base du blocus actuel du dialogue politique guinéen. C’est une autre crise, non moins importante.

La crise politique autour du processus électoral serait résolue, si les acteurs politiques de la mouvance accepteraient de vivre la politique du présent, en se débarrassant de leurs problèmes psychologiques : la rancune et l’hypocrisie.


Naby Laye Camara
Bruxelles


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