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Ces lâches qui tirent sur nos enfants (2e partie)

Thierno Sadou Diallo  Jeudi, 14 Mai 2015 14:40

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DIALLO_Sadou_Washington_2_01Les propos de l’ambassadeur Alexander Laskaris

D’emblée, je tiens à souligner que les critiques que je vais formuler dans cette deuxième partie n’engagent nullement l’opposition, encore moins la direction nationale de l’UFDG. Ici, je parle strictement en mon nom personnel et en tant que citoyen libre, soucieux du devenir de mon pays natal.

Si je tiens à revenir sur cette affaire, c’est parce qu’en Guinée, les gens ne disent pas la vérité et sont toujours prompts à justifier les errements des plus puissants. Plus qu’un complexe d’infériorité, ceci est dû à une absence de morale, de principes et de valeurs. Ce qui ouvre la voie à toutes sortes d’opportunisme.

Je dis ceci parce qu’il y a eu une telle levée de boucliers contre le député Ousmane Gaoual Diallo, après sa réplique aux propos de l’ambassadeur des Etats-Unis, M. Alexander Laskaris, que je me suis demandé si le ciel n’était pas tombé sur nos têtes. Pour la simple et bonne raison que l’ambassadeur Laskaris était dans l’erreur. Et que le député Ousmane Gaoual Diallo a eu raison de le rappeler à l’ordre. Mais certains ont vite crié au scandale car pour eux, M. Laskaris est le représentant du pays le plus puissant au monde et qui de ce fait n’a aucune leçon à recevoir d’un jeune député venant d’un pays de démocratie naissante et balbutiante. Mais ils oublient que l’un est un élu du peuple, membre d’une institution souveraine et supposée indépendante, alors que l’autre ne l’est pas. Ce qui est déjà une différence majeure, si tant soi peu la souveraineté du petit pays qui est la Guinée a un sens !

Et d’autant plus que les faits donnent raison au député ! Bien qu’étant à des milliers de kilomètres, j’eus la même réaction que lui en prenant connaissance des propos de M. Laskaris qui, pour toute personne ayant une oreille fine, confortaient la position du gouvernement. Sinon comment un diplomate qui est tenu à un devoir de réserve peut-il déclarer en pleine crise nationale, et je le cite : « Toutes les décisions prises par le gouvernement ou la CENI doivent être négociables… Le dialogue c’est entre les leaders politiques, les représentants du Peuple mais pas dans la rue avec les lance-pierres, ça c’est une catastrophe pour la Guinée… De manifestations en manifestations, les pays pauvres deviennent de plus en plus pauvres » ? Qui peut nier que ces propos sont en droite ligne avec la position du gouvernement ?

Alors moi, je réponds à M. Laskaris que personne n’est opposé au dialogue en Guinée si ce n’est le président Alpha Condé lui-même, malgré les discours trompeurs et l’image qu’il veut donner de lui-même. Mais pourquoi, M. Laskaris n’a-t-il jamais réagit lorsque l’opposition demandait à cors et à cris, un dialogue direct avec le gouvernement ? Combien de fois n’ai-je pas entendu le porte-parole de l’opposition demander l’ouverture d’un dialogue ? Combien de fois, l’opposition a-t-elle écrit dans ce sens au gouvernement ? Pourquoi n’avez-vous jamais réagi, M. Laskaris ?

Vous savez, la catastrophe pour la Guinée, ce n’est pas ces enfants dans la rue avec des lance-pierres mais plutôt ces forces de l’ordre qui tirent à bout portant sur eux, qui les maltraitent en détention, qui les torturent et les humilient en leur demandant de se mettre nus comme des vers. La catastrophe, M. Laskaris, ce sont ces forces de l’ordre qui envahissent les quartiers de l’opposition, qui renversent les marmites, urinent dans les puits avant d’y jeter des ordures. La catastrophe pour la Guinée, M. Laskaris est que les responsables de ces actes ne sont jamais jugés, ni inquiétés ! Pourquoi n’avez-vous jamais réagi à ces violations des droits humains ? Ou bien en Guinée, les immeubles et les véhicules sont –ils plus importants que la vie humaine ?

J’ose croire que vous n’êtes pas en train de dire que ce sont les manifestations qui ont appauvri la Guinée ! Ce qui a appauvri la Guinée, M. Laskaris, c’est la mal gouvernance pratiquée par tous ces régimes impopulaires. Ce sont les arrestations arbitraires et la liquidation physique de tous nos cadres valeureux et compétents. Ce qui a appauvri la Guinée, c’est la corruption endémique qui sévit dans ce pays et le détournement des deniers publics. C’est l’exclusion et la discrimination que ce régime a érigé en système de gouvernement. C’est son incapacité à créer des emplois pour ces jeunes qui ne savent plus ou donner de la tête. Et ce qui va rendre la Guinée encore plus pauvre, c’est l’acharnement que ce gouvernement met à éliminer un par un, les représentants de cette jeunesse.

Les manifestations ne servent qu’à réclamer un droit ! Si on assiste à des violences, c’est parce que le gouvernement est déterminé à interdire et réprimer dans le sang, ces manifestations pacifiques qui pourtant sont reconnues par la constitution. Si les forces de l’ordre n’étaient pas hostiles, ces manifestations se seraient passées dans le plus grand calme. Mais M. Alpha Condé et ses amis ne veulent pas que le monde voie à quel point le président « démocratiquement élu » est devenu si rapidement impopulaire.

J’ai été surpris aussi par votre réponse aux critiques du député Ousmane Gaoual. Vous vous défendez en disant : « J’ai entendu un membre du Parlement dire que moi je suis partisan d’un parti politique en Guinée. C’est une insulte à mon égard, parce que je n’ai aucune préférence politique chez moi aux USA. Je suis indépendant chez moi, pour quelle raison je vais choisir un parti politique en Guinée… ». Cette déclaration m’a laissé pantois ! Si vous n’appartenez ni au parti démocrate de Barack Obama, ni au parti républicain, il y a lieu de s’interroger sur votre ascension rapide au sommet de la diplomatie américaine. Quelle serait alors cette main invisible qui vous aurait propulsé au devant de la scène ? Je sais qu’on peut faire carrière dans la diplomatie américaine jusqu’à décrocher un poste d’ambassadeur, mais votre militantisme trop voyant en Guinée suscite de nombreuses interrogations.

A ceux qui sont toujours prêts à faire du zèle pour voler au secours des puissants, je rappelle que, moi, je ne suis pas diplomate et n’appartiens à aucune institution républicaine. Je ne suis pas tenu d’observer un langage diplomatique, ni d’obéir à une quelconque règle. J’userai de mon droit de réponse comme bon me semble.

Je leur dis aussi que M. Alexander Laskaris doit se rappeler qu’il est diplomate, fût-ce du plus puissant pays au monde, et qu’il doit opérer strictement dans la sphère diplomatique, même dans un pays aussi désarticulé que la Guinée où on n’obéit a aucune norme internationale. Mais s’il déborde sur le terrain politique, le politicien que je suis a le plein droit de le critiquer.

Surtout quand nos enfants sont en train de tomber sous les balles, victimes de la répression policière. Leur vie et leur avenir sont assez importants pour qu’on laisse quiconque les dévaloriser !


Diallo Thierno Sadou
Washington DC
USA


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