Imprimer

Ces lâches qui tirent sur nos enfants (1ère partie)

Thierno Sadou Diallo  Samedi, 09 Mai 2015 23:59

Facebook

 

DIALLO_Sadou_Washington_2_01On a toujours dit que la Guinée est un pays exceptionnel du fait de ce qui s’y passe et qu’on ne voit nulle part ailleurs ! Et même quand des évènements d’une gravité extrême s’y produisent, la réaction de l’opinion publique nationale et internationale est surtout faite d’indifférence puis suivie d’une amnésie collective. Ce qui fait que depuis plus de cinquante ans, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on assiste à une répétition de l’histoire, sans que pays ne puisse trouver la voie du salut. On peut dire sans se tromper que la Guinée est un pays exceptionnel et oublié de tous, et peut-être même de Dieu ! Ce qui pousse certains à parler de la malédiction guinéenne.

Il suffit simplement d’observer ce qui se passe actuellement dans ce pays avec la sanglante répression policière des manifestations de l’opposition républicaine. Sur le simple prétexte que les marches et les regroupements n’ont pas été autorisées, les forces de sécurité envahissent les quartiers de l’opposition et tirent à balles réelles sur des gamins de 15, 16 et 17 ans. Ils en blessent plusieurs, en tuent quelques-uns en leur tirant dessus à bout portant, et embastillent les autres qui vont être soumis à des humiliations et tortures les plus pénibles. Tout ceci se passe au vu et au su de tout le monde et de nombreuses vidéos circulent sur les réseaux sociaux montrant ces faits que personne ne peut nier. Mais personne, en dehors des cercles de l’opposition, ne semble s’en indigner outre mesure ! Ni en Guinée, ni à l’extérieur ! On tire et on tue des enfants en Guinée dans la plus grande indifférence.

C’est seulement en Guinée que cela est possible ! Il est à parier que si de tels évènements se produisaient ailleurs, il y aurait eu une telle levée de boucliers pour condamner cette barbarie, ses commanditaires et ses exécutants. On aurait évoqué des sanctions et on aurait même fait appel à la justice internationale. Mais en Guinée, rien de tout cela !

Et pourtant on a vu des cas similaires ! En juin 1976, lorsque la jeunesse de Soweto a organisé une manifestation pacifique contre l’introduction de l’afrikaans dans le cursus scolaire, la police avait tiré à balles réelles sur les jeunes manifestants. La photo d’un jeune portant un enfant grièvement blessé avait fait le tour du monde et l’indignation avait été telle que cela a déclenché une mobilisation générale contre le système de l’apartheid. Cet évènement avait radicalement changé la situation sociopolitique du pays.

En 1979, lorsque Jean Bedel Bokassa qui s’était autoproclamé empereur, réprima dans le sang des manifestations de lycéens qui protestaient contre le coût trop élevé des uniformes scolaires, et lorsque ceux-ci furent torturés dans les prisons, la clameur était telle que la France lança l’opération Barracuda pour destituer le dictateur et le faire remplacer par David Dacko. Et ça, il y a au moins 40 ans.

Aujourd’hui, en Guinée, de pires exactions ont lieu contre nos enfants, qui pour la plupart sont des élèves. Sans la moindre condamnation, sans la moindre indignation ou encore moins le début d’une enquête. On a plutôt assisté à une énième dérobade de tous ces acteurs qui sont censés prévenir ce genre de conflits et mettre les coupables devant leurs responsabilités. C’est pourquoi je tiens à revenir sur ce qui a été dit ici et là dans cette crise qui est toujours en cours.


La déclaration de la coordination Haaly-Pular

Cette déclaration montre à suffisance, et pour ceux qui en doutent encore, qu’au-delà de la crise politique, il y a un problème ethnique très grave en Guinée. Mais les uns et les autres (y compris les membres de la communauté internationale), l’occultent. Personne ne veut en parler ! Et pourtant les faits sont réels et indéniables.

Comme la déclaration le mentionne, chaque fois qu’il y a une manifestation en Guinée, les forces de l’ordre n’envahissent que les quartiers à prédominance peule où elles se livrent à toute sorte d’exactions. Les agents de la sécurité souvent appuyés par des contre-manifestants pénètrent dans ces quartiers où ils tirent à balles réelles et à bout portant sur des enfants dont les plus aguerris ne font que lancer des pierres. Ils rentrent dans les concessions, renversent les marmites, brutalisent femmes, enfants et vieux. Même ceux qui sont assis tranquillement dans leurs maisons sont parfois embarqués dans des camions et conduits à des lieux de détention où ils subissent toute sorte de tortures et d’humiliations. Tous ces agissements des agents du régime sont filmés et enregistrés et les vidéos circulent sur les réseaux sociaux. C’est totalement inimaginable que de tels actes se produisent en plein 21e siècle, tant on a l’impression que ce sont des images sorties de l’Egypte pharaonique où les soldats du pharaon rentraient dans les maisons pour arracher les enfants du sein de leur mère avant de brutaliser toute la famille. Inimaginable et inacceptable !

Ce que la déclaration de la coordination Haaly-Pular a su mettre en relief, c’est que de tels actes ne se produisent que dans les quartiers majoritairement peuls. Il y a eu des manifestations dans les autres quartiers, où vivent majoritairement les autres communautés, mais personne n’a jamais vu un agent des forces de l’ordre envahir le domicile d’une famille soussou, malinké ou même forestière pour se livrer à de telles violences. Jamais cela n’est arrivé malgré les nombreuses manifestations qui ont eu lieu à Kaloum, Matam, Matoto et Dixinn. Et pourtant ces manifestants qui sortent ne sont pas seulement issus de l’ethnie peule ! Ils sont aussi soussous, forestiers, et voire même malinkés parfois ! Tous les militants de l’UFDG ne sont pas que des Peuls, et tous les Peuls ne sont pas des militants de l’UFDG ! Alors pourquoi cette haine et cette violence indiscriminée contre les membres de cette ethnie ?

On ne peut y relever que de la lâcheté et de la couardise lorsque des hommes en uniforme, munis d’armes de guerre, tirent sur des enfants aux mains nues, agressent les femmes et les vieilles personnes. Alors qu’ils prendraient rapidement la poudre d’escampette devant des hommes munis des mêmes armes de guerre. On ne fait pas du maintien d’ordre avec des armes de guerre.

A travers cette déclaration, la coordination Haaly-Pular a signifié aussi qu’elle n’accepterait plus les violations répétées des droits humains des membres de la communauté peule. Mais tout le monde se demande si ceci n’est pas un simple effet d’annonce car il y a eu d’autres déclarations du genre dans le passé.

Ce qui est sur en tout cas, c’est que tout le monde est fatigué de cet état de choses. Et il faut bien qu’on trouve une solution à l’exclusion et à la discrimination auxquelles les Peuls font face sous le régime d’Alpha Condé. Et c’est à lui de prendre les devants et résoudre, une bonne fois pour toutes, ce problème puisque c’est lui qui l’a créé ! Sans quoi je crains fort pour le futur immédiat de la Guinée.

Je le dis parce que je ne connais aucune communauté, aucun groupe ethnique à travers le temps, qui a accepté de se laisser brutaliser et malmener de la sorte, jusqu’à lui renier ses droits fondamentaux sans qu’il n’y ait des représailles. Ni les juifs, ni les kurdes, ni les palestiniens, et ni même les arméniens ont accepté de telles brimades.

Le cas des Peuls de Guinée ne cesse de m’intriguer ! Ni les Peuls du Nigéria, ni les Peuls du Cameroun, ni les Peuls du Niger ou du Sénégal ou même de la Sierra Leone n’accepteraient un tel traitement. Jusqu’à quand les Peuls de Guinée vont-ils se soumettre à cette violence ?

Il est donc clair que ce problème ethnique doit être adressé et réglé, en marge de la crise politique qui prévaut dans le pays, sinon la Guinée restera longtemps dans la zone de turbulences.

Et pour cela, Alpha Condé doit être en première ligne !

A suivre….


Diallo Thierno Sadou


AAA_logo_guineeactu_article
  

Facebook