53 ans de pouvoir «négrier»!

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Dans son discours à la nation du 2 octobre 2011, Alpha Condé renoue avec la rengaine chère aux dirigeants guinéens sur le scandale géologique, agricole et pastoral que serait le pays. Dans la tradition de ce dogme qui a été servi à des générations par des régimes incapables de les nourrir, il suffira d’investissements directs pour l’avènement du paradis guinéen. Comme quoi, croire au paradis c’est aussi croire à l’enfer, le corollaire de cette croyance cultivée comme une seconde religion en Guinée, est que le temps du salut est retardé par des citoyens, inspirés par Satan, qu’il faut démasquer et abattre. Autrefois ils s’appelaient apatrides, vendus et agents de l’impérialisme et de la « cinquième colonne Â», voire Sheytane. Aujourd’hui ce sont des saboteurs, des ethnos aigris, des diaspos, etc.

Même si l’on accordait à Alpha Condé le bénéfice du doute, force serait d’admettre que ‒ les mêmes choses produisant les mêmes effets ‒ le président, pour s’être enfermé dans cette logique de fuite en avant vers un futur détaché du passé dont on fait mention de façon laconique, s’est condamné à l'échec. A cela plusieurs vraies raisons, les unes personnelles et les autres historiques.

Il y a deux sortes de politiciens. Ceux qui savent être cruels pour avoir le pouvoir et ceux qui savent être cruels pour le garder. Alpha appartient aux deux catégories. En 10 mois, Alpha Condé a montré une prédilection pour la politique de la crasse. Ce président mal élu n’aura pas su changer son essai contesté en un score de grandeur. L’homme, pour n’avoir pas engagé la bataille essentielle de la confiance, s’est condamné pour les 4 ou 9 ans à venir, à gérer les dégâts hérités et par lui créés. A la place du dialogue, il y aura le complot épisodique. A la place de la diplomatie il y aura la confrontation verbale avec des fulminations de caudillos de villages et les batailles de coqs où les plumés seront encore les citoyens guinéens. Pour le dialogue social, il fait planer l’épée de Damoclès des rumeurs, allant de la surveillance des conversations téléphoniques à la psychose de la délation et de l’autocensure. La concertation avec la classe politique consiste à les infiltrer et à publier, sans commentaires et toute honte bue, des extraits choisis de leurs réunions. Les manifestants sont tués et ceux qui survivent sont arrêtés et jugés dans des procès kafkaïens. La réconciliation est une opportunité de manÅ“uvres pour brouiller les alliances; une occasion pour créer des tensions entre les habitants d’une même région qui ont cohabité des siècles. Des manden-foulah sont encouragés par le régime à revendiquer des terres « ancestrales Â» au Foutah. Les schismes existants ne sont pas suffisants pour maintenir un pouvoir déjà moribond. Il faut en plus encourager des dissensions religieuses : entre «tidianiyas», «wahabiya» et autres dénominations confessionnelles. Tout semble avoir prématurément vieilli dans ce régime. Dans les senteurs nauséabondes de has-been, minuit a sonné le glas d’une grâce plus tôt qu’à l’accoutumée. La rapidité avec laquelle Alpha Condé a jeté le masque pour faire du « changement Â» un voyage vers un passé abhorré et aberrant soulève des questions troublantes sur l’homme.

La seconde raison de l’échec programmé de ce président tient à un entrelacs de faits plus complexes. Un pays ce n'est pas seulement la bauxite, les collines bucoliques, les mangroves, les rivières, les chutes d’eau, etc. Ce ne sont pas non plus les routes, les barrages électriques, les buildings et l’eau courante. Ces infrastructures ne sont que la traduction en réel d’une superstructure complexe (pour parler à la manière des marxisants d’autrefois). Un pays ce sont d’abord des pactes sociaux, des protocoles de tolérances mutuelles, des appartenances multiples, hiérarchisées et librement acceptées etc. le tout dans le cadre des lois et des traditions qui elles mêmes s’inspirent des légitimités consacrés. Dans la Guinée des postindépendances, ces ingrédients essentiels qu'on peut appeler facteurs invisibles et abstraits de la cohésion sociale et du progrès collectif font cruellement défaut au niveau de l’état. Tout se passe comme si le pays avait été sous occupation par des prédateurs étrangers. Même les colons européens avaient su utiliser à leur profit ces facteurs invisibles sans lesquels leur domination aurait été impossible à asseoir. Le mépris des codes de bienséance par les « colons noirs Â» qui leur ont succédé dans notre pays, n’en est que plus étonnant. Leurs comportements ne peuvent même pas être rapprochés de ceux des colons français dont certains se sentaient mus par un sens de grandeur de leur patrie « civilisatrice Â». Il faut remonter peut-être aux négriers pour trouver des comportements similaires aux leurs de par la prédilection pour l’immédiat et la cruauté gratuite. D’où ils puisent leur aveuglement suicidaire est un mystère qu’il faudra éclaircir. Pour le moment nous en sommes à nous caresser le menton et à nous poser des questions : s’agit-il de méconnaissance de nos cultures et de celle des européens ? D’un simple mépris de soi ? Où ont-ils relégué les valeurs prudentielles du passé ? Les vertus de la conciliation ? Les potentialités de l’union des citoyens ? Le respect des femmes, des religions et des croyances ? Pourquoi tuent-ils l’espoir ? Pour combien de temps encore vont durer leurs cultes macabres sur la cendre de leurs ruines, les décombres de leur développement mimétique, leurs complexes d’hommes qui se vantent de leur inculture, de bourreaux des causes nobles, de tortionnaires de l’avenir, d’assassins de la décence ? Notre avenir est-il dans le reflet que projette cette accablante réalité où chantent les tueurs, où ricanent les conspirateurs de l'ethnocentrisme et où scintille l’arrogance des prédateurs, des flics des règlements de compte et des saboteurs des solidarités humaines ?

M. Condé peut invoquer à souhait les richesses naturelles de la Guinée ; il peut réviser les codes miniers et les contrats à la lettre ; rien de bon ne se fera dans le marécage de l’impunité où il a décidé de patauger sans honte et sans gêne et pour des raisons de lui seul connues.

Des pays sans ressources naturelles ont montré comment les facteurs invisibles peuvent soutenir des changements positifs radicaux. Singapour qui fut indépendant bien après la Guinée est peut-être trop loin pour nous inspirer sur l’effet multiplicateur de l’application rigoureuse de la loi dans l’impulsion d’un essor économique. Des sceptiques ont même avancé que Singapour est une nation peuplée d’industrieux chinois et que son exemple ne peut pas être répliqué en Guinée. Disons rapidement qu’une telle opinion procède d’une intériorisation de racisme et d’une maladive négation de soi. Pour ces afro-pessimistes et ces défaitistes dans l’âme de chez nous, citons l’exemple d’un petit pays, à l’autre bout du continent africain, dont on peut se servir : le Rwanda. Il y a 17 ans, ce pays connut une des plus grandes tragédies de l’Afrique moderne. Aujourd’hui, grâce au culte de la compétence et de la loi, le pays qui faillit disparaitre sous le boutoir d’un tribalisme sanguinaire est devenu l’exemple de la croissance et de la construction d’une nation. Kagamé a dit que si le Rwanda peut s’en sortir, aucune nation n’a d’excuse. Une sobre note d’espérance en ce jour de triste anniversaire...


Ourouro Bah


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Commentaires  

 
0 #7 mickmack camara 06-10-2011 12:55

Citation en provenance du commentaire précédent de mamadou saliou bah:
Mr Kourouma !
Vous me faites penser a ces vieux de chez nous qui demandaient "quand est ce que finissait l'independance " .
Pauvre Kourouma !
Faites quelque chose pour changer ce que se passe chez nous au lieu de vous lamentez sur un sort qui n'est pas une fatalite .

Bravo! mon cher ami M S Bah.
On ne peut rien changer au fait que l'on est Guinéen, et que nous avons été indépendants le 2 octobre 1958 et il n'y aucune honte à celà. On doit se battre pour changer les choses et personne ne doit et ne peut nous empecher d'aimer notre pays et d'en etre fier. Ce n'est pas parce que nous avons connu des présidents pas à la hauteur de leur mission que l'on aimerait moins notre pays. Le 2 octobre restera une date historique quelque soit la personne qui présidera les destinés du peuple guinéen.
La lutte continue, la lutte pour l'atteinte du bien etre, du développement ...
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+1 #6 mamadou saliou bah 05-10-2011 01:06

Mr Kourouma !
Vous me faites penser a ces vieux de chez nous qui demandaient "quand est ce que finissait l'independance " .
Pauvre Kourouma !
Faites quelque chose pour changer ce que se passe chez nous au lieu de vous lamentez sur un sort qui n'est pas une fatalite .
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-1 #5 kourouma 04-10-2011 12:26

Fête nationale de la honte! L'indépendance acquise le 2 octobre 1958 nous a apporté seulement trois choses: La dictature la plus féroce de l'Afrique avec Sékou Touré, la mal gouvernance la plus criarde de l'Afrique avec le soldat Lansana Conté, la politique ethnocentriste la plus exacerbée de l'Afrique avec le grimpeur Alpha Condé.
Pauvre Guinée! Comme j'aurais aimé ne connaitre que l'époque coloniale!
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+1 #4 Traoré 03-10-2011 19:31

Le régime en place;c'est le Pr Alpha Condé et l'ancien clan du régime défunt pup.La Majorité du peuple demander la publication du rapport crédible des audits publics.NB:L'entourage de notre président démocratiquement élu.Fall,Fodé Soumah,Fodé Bangoura,Mamadou Sylla,Madikaba Camara,Souaré,Kassory Kass Fofana,Alias Keira etc,c'est à dire l'ancien clan du régime défunt de tyran feu conté.
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+2 #3 balawora 03-10-2011 17:36

alpha doit passer devant une commission d'enquette avec des experts comme le scotlandiad ,la police francaise et le FBI pour repondre sur des questions de son role dans l'opposition depuis l'independance qu'il nous disent la verite le complot permanant de sekou contre les guineens depuis 1960,la rebellion,le coup de Dadis, le 28 sep. comment il se retrouve en dehors du pays avec kouyate alors il est l'organisateur ,l'attentat contre Dadis ,comment sekouba lui a remplacer,le temps de sekouba l'organisation des elections du 1er tour et le 2eme tour comment les document ont ete brule au camp samory,le role de louceny camara,le role de toumany sangare, qui l'avait menacer de mort car lui meme il a dit qu'on lui a menacer de mort, l'eau empoisonnee ,la chasse aux peulhs de la haute guinee,ces discours dans la campagne a faranah,macenta, apres l'election a dixin,kindia,la fusillades dans sa residence qui resemble beaucoup au complot de sekou contre Diallo Telly,le riz envoyer aux rebelles en Sierra leone ou le president et l'encien president leonais savent quelque chose qui est entrein de se preparer contre une partie de la population guineenne car le riz n'etait pas destiner aux leonais,les donzos qui sont abitue aux chassent des animaux sauvage maintenant ils chassent les etre humains,le 27 sep.2011 quels sont ces mercenaires qui sont ils, les tueries de cette date du 27 sep., voila des questions dont seule alpha peut en repondre et dire de ce qui c'est passer.
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-3 #2 mickmack camara 03-10-2011 16:55

"Les promesses politiques n'engagent que ceux qui y croient" F. Mittérand.
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+1 #1 Mohamed SOW 03-10-2011 14:13

La Guinée n’a pas de chance. Elle a engendré des individus les plus tyranniques que le globe ait donnés à l’humanité et les a hissés au pouvoir. Actuellement, nous sommes en présence du plus farouche de ces tyrans. Alpha Condé est plus que dangereux des prédateurs politiques du Continent. Il a engagé des tueurs pour semer la terreur et croyant ainsi confisquer les libertés en Guinée. Notre pays a été trompé. Nous avons fait de notre malheur le bonheur d’un système fasciste. Alpha Condé se dit ‘’Mandela ou Obama’’. Quel déshonneur pour ses grands hommes de la politique mondiale. Comment un farouche prédateur politique le féroce et sournois du continent peut-il se comparer à ces deux illustres personnages de l’histoire de l’humanité. Dans un meeting Alpha Condé s’exhibait en disant je cite :
http://www.guineeactu.com/debats-discussions/points-de-vue/549-53-ans-de-pouvoir-lnegrierr-.html
Regardez les actions et la déclaration d’un président. Il s’agit là d’un leader politique qui se disait opposant historique. Lui qui était soit disant en exile au temps de Sékou Touré. C’est lui qui se dit maintenant que tous ces leaders politiques vont fuir la Guinée avant les élections législatives. Ce qui démontre que tout ce qu’il cherche, c’est de se faire gagner le législatives à fin de pouvoir légitimer les fraudes organisée du scrutin présidentiel des deux tours. La Guinée ne verra jamais le bonheur si Alpha Condé est maintenu au pouvoir.
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