La force de la loi

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DIALLO_Sadou_Washington_01Une manifestation de l’opposition républicaine a encore dégénéré dans des affrontements sanglants à Conakry. Les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles sur les manifestants aux mains nues, faisant du coup un mort et plusieurs blessés graves. Un mort de trop qui vient s’ajouter aux nombreuses victimes (plus d’une soixantaine) déjà tombées sous les balles de ceux qui sont censés les protéger mais qui hélas, agissent avec une violence inouïe et disproportionnée car confiants du fait qu’ils opèrent dans la plus grande impunité.

Tous ces morts et ces blessés graves pour le simple fait de réclamer un droit élémentaire prescrit par la constitution guinéenne : celui d’avoir des élections justes, transparentes et équitables. Est-il donc nécessaire de rappeler que le but de toutes ces manifestations est de pousser le gouvernement à respecter la loi et de mettre fin aux tripatouillages qui accompagnent toutes les consultations électorales en Guinée ?

Mais à chaque fois que l’opposition républicaine tente d’organiser des manifestations à caractère pacifique, ce qui est du reste consacré par la constitution, le pouvoir a répondu par l’usage de la force, à travers des menaces, des intimidations, des assassinats ciblés et une répression féroce et aveugle. Ceci est devenu maintenant l’ordre normal des choses en Guinée ! En tout cas aussi longtemps que les Guinéens épris de paix et de justice laissent le pouvoir agir !

Regardez un peu ce qu’une simple déclaration entre trois des principaux leaders de l’opposition a produit ! La déclaration de Paris entre Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté a mis le pouvoir dans un affolement tel qu’on a assisté à des sorties musclées de tous les défenseurs du régime qui ont accusé l’opposition de vouloir déstabiliser les institutions du pays, de faire un clin d’œil à l’armée pour qu’elle prenne le pouvoir ou de chercher à provoquer une insurrection populaire. Tout cela suivi de menaces les plus insensées qui vous laissent un froid au dos. Ils ont dit à qui veut l’entendre dans des termes à peine voilés qu’ils n’hésiteront pas à recourir à des violences physiques, à des arrestations de leaders politiques et qu’ils se préparaient à toute éventualité même au pire cas ou la Guinée brulerait ! Qui donc n’a pas entendu de telles déclarations de la part des défenseurs zélés de ce régime tant décrié ?

Or la déclaration de Paris n’a fait que dresser le bilan de la gestion catastrophique de la Guinée en rappelant toutes les violations de la constitution par le professeur Alpha Condé depuis son arrivée au pouvoir. A travers cette déclaration, l’opposition entend désormais mettre le président de la république devant ses responsabilités en le poussant à respecter la loi et à se soumettre devant la force de la loi. Personne dans l’opposition n’est plus disposé à accepter les violations répétées de la loi par le président de la République. Les trois leaders de l’opposition ont indiqué dans cette déclaration tout mettre en œuvre, en recourant aux moyens légaux, y compris les manifestations, pour contraindre le gouvernement à respecter le chronogramme des élections, déjà préétabli et sanctionné par les accords du 3 juillet. Ils ont également promis d’œuvrer pour la mise en place d’un programme commun de gouvernement. C’est donc une déclaration claire, nette et sans ambigüité.

Mais on a vu que le pouvoir a vu cela comme une déclaration de guerre. Et on a vu que l’opposition, en déclinant son programme d’actions pour protester contre le changement inopportun dans l’ordre des élections, a voulu user de la modération en commençant par une ville morte. Et on a vu après le succès de cette ville morte, que le porte-parole de l’opposition, M. Aboubacar Sylla, a été victime d’une tentative d’agression et de liquidation physique.

Devant une telle situation, à quoi faut-il s’attendre sinon à un durcissement des positions ? L’opposition n’ayant plus d’autre choix que de se rallier à la ligne de ses militants les plus déterminés qui réclament à cor et à cri des manifestations pour faire fléchir le pouvoir. Ainsi en-est on arrivé au lundi noir du 13 avril avec le bilan sanglant qui en a résulté.

Mais à chaque fois qu’il y a eu des pertes en vies humaines au cours d’une manifestation, le pouvoir et ses affidés se livrent à une campagne d’intoxication visant à faire endosser à l’opposition la responsabilité du drame. Cette fois-ci encore, on a assisté au même scénario puisque les différents responsables de la mouvance rivalisaient d’ardeur pour déclarer que la manifestation était illégale puisqu’aucune demande d’autorisation n’a été soumise aux autorités compétentes. Ils soutiennent aussi que les opposants, à travers la déclaration de Paris qui à leurs yeux est une provocation, refusent le dialogue et adoptent une ligne dangereuse pour la stabilité du pays en mettant les jeunes dans la rue.

Il est seulement curieux de constater à quel point les autorités guinéennes manipulent et font usage de la loi comme bon leur semble. Un double traitement de la loi en somme ! Un gouvernement qui viole les dispositions de la loi en laissant en place des délégations spéciales pour un temps indéterminé ne peut en retour invoquer cette même loi pour demander aux opposants d’écrire au gouverneur ou aux maires pour obtenir une autorisation de manifester sur la place publique. Il faut que les responsables guinéens comprennent que la loi, ce n’est pas seulement pour eux ! Elle doit s’appliquer à tout le monde. Ne violez pas la loi et vous attendre à ce que les autres la respectent !

Il est clair aussi que nous n’avons pas la même lecture de la déclaration de Paris. Ce que les responsables de la mouvance présidentielle estiment être une provocation et là où ils voient une tentative de déstabilisation des institutions du pays, du côté des forces démocratiques, nous voyons plutôt un rejet de la gestion paternaliste de la Guinée par le président Alpha Condé. Quand vont-ils comprendre que le président de la République n’est pas au-dessus de la loi ? Il a fini de soumettre toutes les institutions du pays à sa guise, que ce soit l’Assemblée nationale, la Cour suprême, la CENI, la Cour constitutionnelle, la Haute autorité de la communication, et même l’armée à qui il dicte sa volonté. Tout se passe en Guinée au gré de ses humeurs. Il change la loi comme il l’entend. La violation de la constitution par le président de la République est patente et pertinente. Cela on ne peut plus l’accepter ! Le président de la République doit se soumettre à la force de la loi et non chercher à imposer aux Guinéens la loi de la force. C’est dans cet esprit que s’inscrit la déclaration de Paris et c’est ce que la mouvance doit comprendre. Fini avec la gestion paternaliste du pouvoir, fini avec les injonctions du genre « Alpha Condé, le père de la Nation Â». Il faut qu’ils comprennent que le président Alpha Condé n’est le père de personne en Guinée, si ce n’est de son fils Mohamed. Il faut qu’ils arrêtent de traiter les citoyens Guinéens comme des enfants à qui on doit dicter ce qu’ils doivent faire ! Avec la déclaration de Paris, nous allons désormais brandir la loi devant lui.


Le chronogramme des élections

La violation de la loi par le président s’est manifestée récemment par la décision de la CENI d’inverser l’ordre des élections. Tout le monde sait que la CENI a reçu des ordres directement de la présidence de la République pour organiser la présidentielle en premier lieu. On sait aussi que dès après les législatives, la CENI s’est attelée aux préparatifs des élections communales et communautaires. Tout allait bon train et le travail était presque terminé lorsque la présidence est intervenue pour changer le chronogramme des élections. Il est clair qu’avec ce changement si brusque, le pouvoir veut s’assurer du soutien et de la complicité des délégations spéciales dans la fraude électorale. Un soutien sans lequel, la mouvance ne peut en aucun cas gagner une élection.

En inversant l’ordre des élections, le pouvoir cherche aussi à mettre toutes les chances de son côté. Ce faisant, les dirigeants de Conakry ont voulu suivre l’exemple du Nigéria où le président Goodluck Jonathan avait inversé l’ordre des élections en organisant la présidentielle avant les élections prévues pour les gouverneurs et les assemblées locales. Comme il était sûr de gagner, Goodluck Jonathan voulait ramer sur cette victoire et avoir un effet d’entrainement sur les élections prévues pour les gouverneurs et les assemblées locales. Mal lui en prit puisqu’il sera battu par son challenger Muhammad Buhari à l’issue de la présidentielle.

On sait maintenant que les dictateurs africains aiment s’inspirer les uns des autres. Dès qu’une méthode de fraude électorale est initiée quelque part, elle est aussitôt mise en pratique ailleurs. Surtout si elle se révèle être un gage de succès. On le voit maintenant, Alpha Condé s’est inspiré de Goodluck Jonathan ! Il s’est dit qu’avec l’appui des maires et des délégations spéciales, la fraude électorale va lui permettre d’être élu et renouveler son mandat. Une fois ceci fait, il n’aura même pas besoin de tricher aux élections locales car les électeurs auront en ce moment tous envie de se rapprocher du gagnant de l’élection présidentielle. Il aura ainsi gagné haut la main et se servira de ceci pour redorer son blason de « bon démocrate Â» terni durant la présidentielle. Tel était le scénario prévu par le président guinéen qui décidément a plus d’une corde à son arc.

Malheureusement pour M. « Badluck Â» Alpha Condé, Goodluck Jonathan a perdu dans les urnes et félicité son rival pour sa victoire. Nous sommes donc face à toutes les interrogations, surtout que l’opposition a décidé de tout mettre en Å“uvre pour empêcher le changement du calendrier électoral. Voilà pourquoi les manifestations ont repris et la tension est vive à Conakry.

L’enjeu est donc de taille ! Si le président Alpha Condé réussit son coup en faisant passer la présidentielle avant les élections communales, dans le contexte actuel, il aura toutes les chances de l’emporter et l’opposition n’aura aucun intérêt à participer aux élections locales, car la mouvance va tout rafler.

C’est pourquoi tous les démocrates épris de paix et de justice doivent se lever pour s’opposer avec vigueur et par tous les moyens au changement du calendrier électoral et dire au président de la République qu’il est temps de respecter la loi.


Diallo Thierno Sadou


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Commentaires  

 
+3 #5 Cisko 20-04-2015 15:58

Citation en provenance du commentaire précédent de Sylla Democrate:
Alpha a dit sur VOA presidentielle avant les communales. Alors, dites a l'opposition de se preparer pour les presidentielles.

Mr Sylla : Alpha Condé a cité la Céni, en disant que "la Ceni a techniquement démontré qu'il n'est pas possible d'organiser les communales avant 2016" et de poursuivre " si la Céni fait un autre chronogramme, je signerai le décret"
C'était juste une précision.
Dans le fonds lors du débat Télévisé (RTG) d'hier entre le député Saikou Yaya de l'UFR, Bereté du RPG et le Ministre Bouréma Condé, moi j'ai cru comprendre que l'ordre de la Céni s'imposera aux uns et aux autres. Bereté a rappelé que le nombre des conseillers municipaux de chaque commune dépendra de la population et que techniquement, en y rajoutant d'autres arguments, les communales ne peuvent se tenir maintenant. A la question du journaliste de savoir, ce qu'il faudrait comme solution, l'honorable député de l'opposition a dit qu'à défaut de tenir les communales avant la présidentielle, le pouvoir doit accepter une recomposition paritaire des conseils communaux là où le gouvernement a mis en place les délégations spéciales. Peut être que les uns et les autres vont bientôt revenir à la table de négociation pour trouver une solution. Ce n'est pas pour rien que l'opposition n'a pas retiré ses commissaires de la Céni.
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+3 #4 Koto Saliou 20-04-2015 01:18

NIET: Il faut les élections Communales avant. Les Présidentielles après. Alpha raconte des Ragots ou du N'importe quoi. C'est un Ballon d'essai avec la CÉNI de Bakari F.Si Non, qu'il gouverne seul le pays avec RPC comme Parti Unique. Personne n'ira à l'abattoir pour se faire égorger.2015=Alpha Out=Dégage.
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-7 #3 Sylla Democrate 19-04-2015 17:15

Alpha a dit sur VOA presidentielle avant les communales. Alors, dites a l'opposition de se preparer pour les presidentielles.
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+4 #2 Koto Saliou 19-04-2015 01:44

On ne cherche pas Midi à 14 hres. Les Élections Communales avant.Et les Présidentielles après.Un décalage de ce processus de 3 à 5 est possible comme au Nigéria et autres...Ce n'est pas une question de Budget, parce que Bakari F. de la CÉNI commence à nuancer ses propos en disant que c'est possible. En attendant, le Boulanger du Palais sékoutouré ya continu de cuir son Pain, et rouler l'Opposition dans la Farine.
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-12 #1 se 18-04-2015 15:46

Les Jeunes Guineens?? HONTE!! Meme Alpha Conde l'a dit : "Ne vous laissez pas manipuler..."
Il est TRES VERIDIQUE parfois, cet Alpha!
Pourquoi? La mentalite = l'intelligence = insuffisante...cest tout!!
Mon experience m'enseigne que les variations d'intelligence sont a la source de toutes les inegalites entres groupes, ethnies, races ou individus. L'intelligence ensuite determine les qualites (nobles ou non) de l'homme.
NB: des exeptions a la regle existent biensure mais cest EXEPTIONEL!
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