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La Francophonie internationale : organisation plus politique que culturelle
Ousmane Diallo Dimanche, 29 Mars 2015 17:31
Qu’il s’agisse de la francophonie avec «f» majuscule (association des États francophones) ou minuscule (ensemble constitué par tous les individus qui parlent la langue française), la Francophonie a, depuis sa naissance et pendant plusieurs décennies, été perçue comme étant une organisation essentiellement culturelle dont le but principal est la diffusion, voire la défense de la langue française dans le monde. Cependant, plusieurs observateurs soutiennent la thèse selon laquelle la francophonie se voudrait non seulement culturelle, mais aussi et surtout politique. Conscient de cette réalité, j’ai voulu m'intéresser à l’analyse de la Francophonie en tant qu’association politique. D’abord, je vais rappeler que la Francophonie est un projet essentiellement culturel au départ, ensuite, je montrerai en quoi la Francophonie s’est voulue et est devenue un projet plus politique.
La Francophonie: un projet essentiellement culturel au départ
La Francophonie, bien qu’elle mène aujourd’hui une action politique de promotion de la démocratie et des droits humains dans le cadre de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) visait à ses débuts en tant qu’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) les thèmes de la culture et de l’éducation. Les premières définitions de la Francophonie laissaient place à toutes sortes d’interprétations de ce qu’était la Francophonie. Par exemple, en 1880, le géographe Onésime Reclus fut le premier à définir la francophonie comme étant tous ceux qui souhaitent ou qui sont participants de la langue française. Avec la naissance de l’Académie française en 1635, la langue française progressa en association avec la littérature.
Entre temps, la France colonisa plusieurs pays en y apportant la langue française. Au retrait de la colonie française de ces pays, le français se solidifia, contre l’attente générale, mais à partir de ce moment l’évolution de la langue française se précisa selon les particularités culturelles régionales de chaque peuple de l’ancienne colonie française. Que ce soit le créole et la culture du Sud et des Îles dans les Antilles, ou du chiac en Acadie, la langue française a évolué avec bien des divergences culturelles et même linguistiques. C’est avec cette vision de peuples aux traditions différentes, mais parlant tous le français, que le Sénégalais Léopold Sédar Senghor développa le concept d’une agence qui unirait les pays ayant en commun la langue française. Cette initiative est entreprise avec l’aide d’Habib Bourguiba de Tunisie, Hamani Diori du Niger et du Prince Norodom Sihanouk du Cambodge, afin d’en venir à la création de l’Agence culturelle et technique. Les pères fondateurs de la Francophonie souhaitaient donc, avant tout, ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire en matière de solidarité entre les peuples francophones.
La Francophonie : un projet culturel, mais qui se veut plus politique
Malgré son union originale basée sur le partage des cultures diverses de la Francophonie, les pays, États et observateurs membres de la Francophonie développent progressivement l’angle politique du projet ACCT (Agence de coopération culturelle et technique). En 1995, l’organisation de l’ACCT devient l’Agence de la Francophonie et assemblés à Cotonou, les chefs d’États présents décident de créer le poste de secrétaire général, qui serait dorénavant la clé de voûte de la Francophonie. On élit en 1997 Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des nations unies au poste de secrétaire général de la Francophonie. De l’ONU à l’OIF !
En 1998, lors d’une assemblée ministérielle à Bucarest, l’Agence de la Francophonie adopte un titre plus illustratif d’une réalité intergouvernementale, soit l’Organisation internationale de la Francophonie. Avec cette nouvelle visée politique, l’OIF se regroupe à Bamako en novembre 2000 pour préciser les thèmes qui lui sont d’intérêt, soit la promotion de la démocratie, d’un État de droit et du droit humain dans la communauté internationale. La Francophonie se politise également par la force et l’évolution de la mondialisation, qui ouvre la voie à une puissance autre que la traditionnelle puissance militaire, soit la puissance culturelle. Actif dans le cadre de la construction politique de la Francophonie internationale, le président français Nicholas Sarkozy n’hésite pas à postuler que : « La Francophonie, ce n'est pas simplement la défense du français. Je voudrais qu'on y mette un contenu politique au vrai sens du terme. Est-ce qu'on ne pourrait pas mettre les États francophones à la tête du combat universel pour préserver les équilibres environnementaux de la planète ? »
Avec la mondialisation, le concept de puissance a connu un glissement ou plutôt un élargissement de sens. La puissance ne se mesure plus strictement par la capacité militaire, mais aussi et surtout par la capacité économique, financière et cultuelle. C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, nombreux sont les États et les groupes ou organisations internationaux qui utilisent la carte cultuelle, qu’il s’agisse de la langue, de la religion, etc., pour aboutir à des fins diverses et diversifiées. L’islamisme et la Francophonie en sont des exemples illustratifs. C’est ici l’occasion de rappeler que l’utilisation de la langue (des éléments de la culture en général) comme instrument à des fins politique et de puissance n’est pas dépourvue de dangers. Selon Bertrand Badie, on a le danger lié à l’ethnicisation des États, celui lié à la ghettoïsation fondée sur des critères linguistiques, religieux, etc. dans «la mondialisation, les flux et la francophonie international», revue de l’université de Moncton, 2001, pp.9-20.
Bref, si à sa naissance, la Francophonie était strictement culturelle, depuis quelques décennies, elle se veut davantage politique. Nulle surprise donc que, dans le cadre de sa récente visite en Guinée, Michäelle Jean ait plus parlé politique que culture.
Ousmane Diallo
Maitrise en politique comparée
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Commentaires
Lorsque des peuls prendront le pouvoir pour 100 ans, c'est encore ce que vous direz probablement ?
Mr Ghandi please, sortons un peu des problematiques ethniques. Si le peulh reste 100 ans et si cela est profitable a toute la nation, franchement cela ne me derangerai pas.
La democratie est un precessus qui se parfait sur de long terme. Nous sommes en apprentissage et donc il faut un peux de patience.
Lorsque des peuls prendront le pouvoir pour 100 ans, c'est encore ce que vous direz probablement ?
On ne peut pas dire que le volet politique de l'OIF, à savoir la promotion de la démocratie, d’un État de droit et des droits humains, soit une réussite (Cameroun, Togo, Congo, Gabon, Burkina...).
La democratie est un precessus qui se parfait sur de long terme. Nous sommes en apprentissage et donc il faut un peux de patience.








