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Manœuvres électorales à Conakry

Thierno Sadou Diallo  Dimanche, 15 Mars 2015 18:32

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DIALLO_Sadou_Washington_2_01Avec la publication du chronogramme des élections, plusieurs réalités s’imposent à nous :

  1. La CENI est dysfonctionnelle. Cela nous l’avons déjà constaté depuis longtemps mais cela ne veut point dire que tous les membres de cette institution sont complices de ce qui s’y passe. Le problème c’est qu’il n’y a plus de parité. Les représentants de l’administration et ceux de la société civile, au lieu d’être indépendants, votent machinalement avec les représentants du pouvoir. L’opposition ne peut compter que sur 8 représentants, tous les autres étant acquis aux desiderata du pouvoir. Quand il y a un vote, c’est toujours le pouvoir qui arrive à imposer ses points de vue à cause du déséquilibre créé au sein de cette institution. La CENI est littéralement aux ordres du président de la République qui en fait ce qu’il veut. Plutôt que de se focaliser sur des individus, il faut se battre pour restaurer la parité sinon il ne faut rien espérer de cette CENI ou des futures CENI. On peut changer les hommes autant de fois mais cela ne résoudra pas le problème. Les représentants de l’administration ou de la société civile ont-ils leur place dans une CENI vu leur manque de neutralité ?
     
  2. Le pouvoir a peur ! Et cette tentative de changer l’ordre des élections contre toute attente, traduit son affolement. Le chef de l’Etat est conscient de son impopularité et il sait que sa réélection est douteuse. Il faut donc garder en place ces délégations spéciales et ces maires dont le mandat a expiré depuis belle lurette pour qu’ils participent à cette campagne de fraude qui va se mettre en place. Quand j’entends certains responsables guinéens dire pince-sans-rire, que les maires n’ont aucun rôle à jouer dans une élection, je ne puis retenir mon sarcasme : on a vu des ministres dans les bureaux de vote en train de s’emparer des bulletins de vote ou de dicter à des populations largement analphabètes comment et pour qui voter. Le président guinéen est conscient d’une chose : si l’opposition remporte les communales ou réussit le même score qu’elle a réalisé aux législatives, sa réélection est impossible.
     
  3. Malgré le fait que le président de la République est en place depuis bientôt cinq ans, la Guinée est toujours dans une interminable transition. Cela il faut le dire et le répéter sans cesse. A part la HAC, toutes les institutions qui devaient être mises en place, ce par l’accord d’Ouagadougou, ne l’ont pas été à ce jour. Le pays est en vol suspendu ! Les dernières élections communales ont eu lieu du temps du régime de Lansana Conté et ces maires dont on parle tant sont issus de cette époque. A son arrivée, le président guinéen, au lieu de tout mettre en œuvre pour organiser les élections locales, décide de mettre en place des délégations spéciales qui lui sont totalement acquises. Ce, depuis bientôt cinq ans ! Alors quand j’entends le chef de file de la mouvance présidentielle, le député Damaro Camara, soutenir qu’il « vaut mieux avoir des maires à mandat expiré qu’un président de la République à mandat expiré », je me dis qu’il sous-estime beaucoup son audience ! M. Damaro doit savoir que les gens ont le sens du discernement. Comment quelqu’un peut-il soutenir que des maires qui ont été élus durant le régime du général Lansana Conté doivent encore attendre une deuxième élection présidentielle avant que les électeurs ne renouvellent leur mandat ? Pourquoi la transition doit-elle attendre au seul bénéfice d’un homme ? On est en train de construire la Guinée ou bien on est en train de conforter un homme dans son siège ? Quand le président de la République va-t-il se décider à mettre un terme à cette transition ? Dans quel pays et dans quelle démocratie a-t-on vu cela ?
     
  4. Même s’il est admis que le temps est court pour organiser la présidentielle et les élections locales cette année, pourquoi ne peut-on pas les coupler et faire tout le même jour ? Pourquoi le pouvoir refuse-t-il ce compromis ? Et pourtant cela a marché dans plusieurs pays et il n’y a eu aucun problème. Et pourtant des pays encore plus démunis que la Guinée. Pourquoi le pouvoir fait-il preuve de mauvaise foi ? Et pourtant les techniciens guinéens ont démontré que la Guinée était en mesure d’organiser ces élections le même jour. Pourquoi alors s’entêter à organiser coute que coute la présidentielle avant les communales ?

Il est clair que l’opposition ne peut accepter ce genre de manœuvres ! Elle doit rester ferme sur ses revendications. En 2015, la Guinée doit avoir ses deux élections. Soit on organise les communales avant la présidentielle, soit on les organise le même jour. Il s’agit avant tout du renouvellement des mandats des membres de l’exécutif. Et le président de la République et les maires relèvent tous de l’exécutif. Alors où est le problème ?

L’opposition doit rester vigilante et faire en sorte que ni le président de la République, ni les maires ne passent cette année 2015 sans que leurs mandats ne soient renouvelés.

Pas d’élections en 2016 ! Tel doit être notre slogan !


Diallo Thierno Sadou


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