Moussa Bella Barry Mercredi, 11 Février 2015 21:53
De toutes parts, les incertitudes ont fait place à l’angoisse et à l’amertume. Contre le rationnel, des querelles ethniques imbéciles, des assassinats ciblés voulus et entretenus par les entrepreneurs de l’ethnocentrisme et de l’impunité, sont venues s’additionner à la crise multidimensionnelle d’avant les élections de 2010. Une cohorte de criminels blindés par l’impunité est promue là où la justice est légitimement attendue. Le manquement au sommet de l’Etat aggrave la situation déjà trop trouble. La corruption et la délinquance sont sans bornes. L’absence d’Etat dans bien des domaines et l’insécurité ont atteint le seuil de l’intolérable dans nos villes et campagnes, où on tue et assassine avec mépris. Tellement l’insécurité est-elle présente, que personne n’est sûr de sortir de chez soi le matin et de rentrer indemne le soir, ou d’avoir un sommeil tranquille.
De par la déchéance au quotidien, l’honneur et la dignité sont devenus des mots insignifiants. Les conditions sont telles qu’aujourd’hui, le père de famille quitte le matin les siens sur la pointe des pieds, et rentre le soir, avant de s’assurer que les enfants se sont bien endormis. Quant à la mère de famille, elle ne sait plus à quel saint se vouer pour être en mesure de pouvoir mettre quelque chose dans son panier troué. Le changement promis est galvaudé et dévoyé par le clientélisme et la transhumance politique primitifs.
La norme sur laquelle reposait jadis l’harmonie entre les communautés nationales n’a jamais été aussi violentée qu’aujourd’hui. Pour un patriotisme de clan bête, des opportunistes pickpockets nous vendent des illusions et ferment toutes les opportunités d’émergence de leaderships. A cause d’une justice partiale, de l’impunité et d’une mentalité partisane mal-à-propos, l’entreprenariat ethnique et les disputes ont supplanté l’entente au sein de la collectivité nationale, l’unité nationale est sacrifiée pour des intérêts égoïstes. Pourtant le mal-vivre est la denrée la mieux partagée entre toutes les communautés.
C’est avilissant de constater qu’au sommet de la pyramide, ils font tout pour ne pas comprendre la gravité de situation calamiteuse du pays. Ou, ils font semblant de n’avoir ni vu, ni entendu. Le meilleur des détours pour berner le guinéen, pour une soi-disant recherche attentive et suivie d’auteurs des multiples assassinats est d’ouvrir, toutes les fois, une enquête qui ne se referme jamais.
Quoique des problèmes fondamentaux pour la bonne gouvernance s’accumulent les uns sur les autres, au lieu de porter plainte auprès des tribunaux et de jouer son rôle d’opposants au sens fort du terme, l’opposition passe son temps à pleurnicher sur les brimades qu’elle subit du pouvoir dans les perspectives d’accès à la mangeoire. Cependant pour la question de crédibilité des opposants aux yeux de la population, et, comme les démos qu’ils font pour avoir une élection transparente, l’opposition doit sortir aussi pour dénoncer les assassinats ciblés, en particulier, l’insécurité de tous les assassinats en général, etc.
Quant au premier magistrat du pays, il préfère la commodité des voyages incessants, inopportuns, voire inutiles et le luxe des hôtels hauts de gamme, plutôt que de s’occuper à solutionner les difficultés du changement réel pour l’amélioration du bienêtre du Guinéen, et de la bonne gouvernance démocratique qu’on nous chante à longueur de mamaya.
Le pays traverse actuellement une situation inédite. A la crise sécuritaire et collective est venue se rajouter la guerre de confession entre le Wahhabisme et le Tidjanianisme sous l’œil impuissant de l’autorité de l’Etat. Nous devons méditer sur ce qui est arrivé à nos frères maliens et nigérians.
Rien, absolument rien ne peut justifier l’incapacité du guinéen de prendre son destin en main.
Moussa Bella Barry
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