Abdoulaye Aziz Bah Mercredi, 11 Février 2015 00:30
Le célèbre comédien américain Groucho Marx, parlant de la politique, disait à juste titre que « Politics is the art of looking for trouble, finding it everywhere, diagnosing it incorrectly and applying the wrong remedies ».
Même si je ne partage pas cette citation de Groucho, je la trouve tout de même comme une parfaite illustration de la classe politique guinéenne dans sa forme actuelle. De toute façon, pas question pour moi ici de rappeler les multiples échecs de nos politiques depuis les évènements de février 2007, et plus particulièrement, depuis la mort du général Lansana Conté en décembre 2008. En effet, les multiples violations de la constitution guinéenne au profit d’accords politiques globalement dominés par des questions électorales, me poussent à me demander si ceci serait le résultat d’un manque d’expérience ou de l’accomplissement d’intérêts égoïstes cachés de nos politiques. D’ailleurs, même la communauté internationale avait soulevé ces violations répétées des lois de la république pendant la période transitoire. Dans son rapport titré « République de Guinée - Rapport général de l’élection présidentielle 2010 », la communauté internationale mentionnait, à la page 12 dudit rapport, que « dans le cadre des arrangements de sortie de crise, un nombre important de décisions, ont été arrêtées. Certains de ces arrangements ne sont prévus par aucune Loi. D’autres, considérés comme consensuels ou de compromis ont soit remplacé la Loi, soit été adoptés en marge de celle-ci » ; et de poursuivre un peu plus loin (pour être dans le cadre de la diplomatie ?) que « ces solutions pragmatiques, bien qu’à la frontière de la légalité, ne peuvent être blâmées, tant elles n’ont pas pour objet de créer des privilèges non fondés ou de s’inscrire durablement dans l’exception ».
Même si l’on peut comprendre les réalités qui ont forgé les multiples violations des lois durant cette période transitoire, il est tout de même paradoxal de vouloir répéter la même chose ou plutôt poser des conditions qui favoriseraient des actes qui peuvent découler en une violation des lois de la république. Certes, les nouvelles exigences de l’opposition sont bien fondées quant à l’organisation d’élections transparentes en 2015. Par contre, je me demande si cette opposition ne serait pas entrain de faire « le docteur après la mort » ; dans la mesure où le temps ne serait plus à son avantage pour l’accomplissement, dans le délai légal, de toutes ses exigences dont entre autres : La restructuration de la CENI, l’assainissement du fichier électoral, l’organisation des élections locales avant la présidentielle prévue en ce 2015. En tout cas, le code électoral est clair en ce qui concerne les délais sur le dépôt des candidatures, l’affichage du fichier électoral, la campagne électorale et la convocation des électeurs aux urnes. Ainsi, pourquoi l’opposition a attendu maintenant, pour faire pression alors que l’adversaire et les arbitres, déjà bien préparés, se disent être décidés d’aller au match dans le temps imparti ? Ce qui me pousse à poser cette autre question qui taraude les esprits : l’opposition serait-elle au rendez-vous du match en acceptant un minimum de compromis avec l’adversaire ou préfèrerait-elle de signer un forfait en 2015, tout en espérant une qualification en 2020 ?
Qu’on se dise la vérité, même en cas de dialogue, la question de la restructuration de la CENI soulevée par l’opposition pourrait être le point d’achoppement qui mettrait l’opposition en difficulté ; puisqu’il est impensable que la mouvance présidentielle accepte un compromis quelconque sur ce point. D’ailleurs, l’opposition n’aurait pas d’arguments légaux pour soutenir le bien fondé d’une nouvelle CENI. Ainsi, en voulant exiger un nouveau dialogue politique, et en même temps chanter haut et fort qu’elle n’irait pas aux élections avec la CENI actuelle, l’opposition montre, encore une fois, son immaturité politique amplifiée par l’émotion. La logique voudrait qu’on pose ses exigences tout en misant sur un maximum de compromis à la sortie d’un dialogue quelconque. Dans le cas contraire, ce ne serait plus un dialogue si les deux camps restent figés sur leur position. Autrement, l’opposition devrait poser ses exigences tout en laissant une porte de sortie. Mais dire qu’on n’accepterait pas ceci ou cela avant même un dialogue pourrait affecter la crédibilité de l’opposition. Imaginons un instant, qu’après tout ce qu’elle est en train de dire aujourd’hui, demain à la conclusion d’un dialogue, qu’on nous dise que l’opposition a finalement accepté l’organisation des élections avec la CENI actuelle. Quelles que soient les garanties et les avantages liés à une telle décision, les militants de l’opposition se sentiraient encore trahis ; d’où, un manque de confiance qui pourrait influencer l’engouement des militants à se hâter vers les urnes le jour des élections. Par contre, je suis aussi surpris que les leaders de l’opposition s’attaquent ouvertement aux hommes qu’ils avaient eux-mêmes mandatés au sein de la CENI. Cette attitude de l’opposition serait ridicule et démontrerait une certaine immaturité politique. En effet, il fallait s’attaquer à la conduite de la CENI en tant qu’institution électorale, mais pas à ses propres hommes qui la composent. Quand une institution échoue dans l’accomplissement de sa mission, la logique voudrait qu’on s’attaque à son leadership. Par exemple, les grandes entreprises à travers le monde n’avaient pas failli à la règle lors de la récession en 2008. Toutes celles qui étaient en difficulté avaient renvoyé leur CEO. Tout récemment, le Sénégal a renvoyé l’entraineur de son équipe nationale après la défaite de celle-ci à la CAN 2015.
Sans prétendre être un juriste, il me semble qu’il serait difficile de satisfaire toutes les exigences de l’opposition et en même temps être dans les délais prévus par les articles 178, 179, 182, et 183 du code électoral guinéen. En plus, le manque de dialogue et la radicalisation des deux camps politiques ne pourraient que retarder le processus électoral. Si l’on tient compte de l’article 179 du code électoral, qui stipule que «le scrutin pour l’élection du président de la République doit avoir lieu 90 jours au plus et 60 jours au moins avant la date de l’expiration du mandat du président de la République en fonction », le deuxième tour l’élection présidentielle devrait donc se tenir au plus tard le 21 octobre 2015. Ainsi, le premier tour de cette même élection devrait nécessairement avoir lieu avant fin septembre pour être dans les délais consacrés par les articles 182 et 183 du code électoral, qui donnent 11 jours à la CENI et à la Cour constitutionnelle (pas encore établie) pour proclamer les résultats définitifs du scrutin. Mais avant tout, l’article 178 du code électoral consacre une période bien définie pour la campagne électorale. Ce qui veut dire que, dans le pire des scenarios, la campagne électorale pour la présidentielle devrait commencer au plus tard au mois d’août 2015. Par contre, avant de participer à l’élection présidentielle, les candidats officiels doivent êtres connus 40 jours avant et la liste définitive du fichier électoral publiée. Par conséquent, en cumulant les différents délais mentionnés dans les articles cités, on constate facilement que l’opposition n’aurait pratiquement que les mois de février et mars 2015 pour forcer l’application de ses exigences posées. Pour être dans les délais constitutionnels évoqués dans ses articles du code électoral, la liste définitive des électeurs devrait être connue avant fin avril 2015.
A moins qu’on ne contourne les lois comme on l’avait fait durant la transition, je vois difficilement comment il serait possible de rectifier le fichier électoral avec une nouvelle CENI, différer les élections locales et la présidentielle et espérer avoir un chronogramme sérieux ; surtout avec le manque de dialogue et les positions radicalisées des deux camps adverses. Ceci m’amène à poser trois questions contradictoires à savoir :
Il n’est un secret pour personne que 2015 serait une année électorale mouvementée en Guinée. L’opposition ne serait plus en faveur de la CENI ; une CENI qu’ils avaient pourtant applaudie dès le lendemain du renouvellement du mandat des commissaires qui la composent. Aujourd’hui, étouffée par la communauté internationale, trahie par la CENI, négligée par le camp adverse, incomprise par les militants et divisée entre elle ; quel avenir pour notre opposition à quelques mois d’une élection aussi importante ? Une grande question qui, j’ose espérer, aura une réponse dans un futur très proche.
A bon entendeur salut !
D’ici là, merci de contribuer au débat.
A. Aziz Bah
Consultant et chef d’entreprise
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