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Les défis de la présidentielle de 2015 : comment l'opposition montre qu'elle va encore se faire avoir

Mamadou Barry  Jeudi, 15 Janvier 2015 19:08

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BARRY_Mamadou_01Les mêmes causes entraînent toujours les mêmes effets et malgré toutes les mises en garde des uns et toutes les déclarations contradictoires et confuses des autres, on fonce tête baissée dans le mur avec la même force, la même détermination et surtout, le même excès démesuré de confiance en soi.

Chers lecteurs, voyons en dix (10) points, les faiblesses qui doivent être corrigées avant la fin de ce premier trimestre 2015, faute de quoi, nous n’aurons, encore une fois, que nos yeux pour pleurer. Ce sera, encore une nouvelle fois, par notre seule et unique faute :


1- Les leçons non effectivement tirées des expériences passées et les conséquences

Depuis le début de la compétition qui a mis en jeu Alpha Condé dans la course à la présidentielle de 2010 en général et surtout depuis son humiliation du premier tour, l’opposition n’a fait que suivre, à la lettre, le chemin que lui trace le candidat, puis le président Alpha. Toujours avoir un coup d’avance reste le principal mode de fonctionnement du locataire de Sékoutouréya. Lorsqu’il fait une gaffe délibérément, l’opposition tombe dans le piège et passe des semaines à attirer l’attention de l’opinion. Pendant ce temps, Alpha est déjà sur son prochain coup. Cela a été le cas entre les deux tours de la présidentielle de 2010. On est passé de la disparition des ordinateurs de la CENI à l’affaire d’eau « empoisonnée » en passant par l’incendie de l’entrepôt de la CENI au Camp Samory. Plus de quatre (4) mois entre les deux tours. Six (6) mois après la présidentielle, il était question d’organiser les législatives, selon les accords de Ouaga. On les a eues trois (3) ans après avec quasiment les mêmes méthodes malsaines qu’à la présidentielle sous les yeux de l’opposition qui ne comprend toujours pas ce qui se passe. Pendant ces trois ans, le combat était sur le président et la composition de la CENI, l’opérateur technique et l’attribution du marché, le fichier électoral et le processus de révision et d’affichage, le cas des élus locaux et la liberté de manifester. Pour la perspective de 2015, l’opposition se retrouve, comme par hasard, à la case départ avec les mêmes revendications qui n’ont pas pu être réglées durant les quatre dernières années et sans stratégie nouvelle pour pousser Alpha Condé à respecter la loi.


2- Le manque de stratégies pour d’abord corriger ces faiblesses

S’il y a un pêché que l’on reconnaît effectivement à cette opposition est bien celui qui est de ne jamais avoir de stratégie claire dans son combat. Sa plate-forme revendicative est toujours composée de points aussi divergents qu’irréalisables dans un délai normal et dans un contexte précis. La stratégie si elle est mise en place, permettrait de prioriser les revendications et surtout de la catégoriser, afin de mettre en place les moyens de lutte pour la satisfaction totale de ces revendication. Par exemple, lorsqu’on demande l’indemnisation et le dédommagement des victimes de pillages, en général et des opérateurs économiques en particulier, il faudrait y associer une implication des opérateurs dans l’arrêt des importations de marchandise jusqu’à la satisfaction totale ou partielle de cette revendication. Lorsqu’on parle de trouver les responsables des exactions sur les militants, pour une traduction devant les tribunaux, il faut y associer une implication des populations à une désobéissance civile et ne plus payer les factures d’eau et d’électricité jusqu’à la satisfaction totale ou partielle de cette revendication.

 

3- Le manque de vision pour le futur 

Depuis les accords du 3 juillet 2013, une vision claire de l’opposition devrait être mise en place pour les législatives de 2013, les communales de 2014 et la présidentielle de 2015. Cette vision devrait définir les grandes lignes de cette grande stratégie avec un plan d’action et un budget conséquent pour l’atteinte des objectifs de ces trois grandes échéances. En l’absence d’une telle vision, l’opposition est forcément appelée à procéder à des actions ponctuelles qui, prises dans leur globalités n’ont aucun point commun les unes par rapport aux autres. Par contre, Alpha pose des actes anodins et de manière isolée pour faire croire à l’amateurisme, alors qu’il déploie tout simplement une stratégie mûrement réfléchie comme un jeu d’échec ou un puzzle. C’est seulement au de la pose de la dernière pièce ou du dernier coup, que l’opposition se rend compte qu’elle a un gros coup de retard. Ces actes anodins et isolés n’ont en eux seuls aucun sens et n’attirent évidemment pas l’attention de nos opposants ou les occupent sans qu’ils ne soient en mesure de contrecarrer la machine qui avance. Cette vision, si elle est mise en place exigera forcément la mise sur la table du débat, les tenants et les aboutissants de tous les actes et de l’opposition et de Alpha Condé, afin de permettre à cette opposition d’être la plus efficace que possible dans son combat.


4- Les forces qui se dispersent et donc qui perdent de l’efficacité :

La seule chose qu’Alpha Condé réussit admirablement, c’est la division des forces vives de la nation en général et celles de l’opposition en particulier. Sur le plan général et cela devra faire partie d’un tout autre sujet, Alpha a divisé la société civile puis aujourd’hui le syndicat. Sur le plan politique, on se rend compte, à nouveau et ce, depuis les dernières législatives, que les députés sont en opposition et pouvoir avec des non inscrits comme des centristes à une certaine époque. Les députés de l’opposition n’ont pas une même vision ni une même lecture des évènements et des enjeux. On l’a vu dernièrement lors du vote du budget 2015. L’opposition extra parlementaire est tout aussi confuse depuis qu’elle a rencontre le démon de Sékoutouréya. Qui peut imaginer une opposition qui tient les cinq (5) communes de la capitale en matière de députés uninominaux et qui n’arrive pas à bloquer Conakry ou du moins à avoir une stratégie commune pour faire face à ces délégations spéciales qui ne sont plus légitimes de puis plusieurs années ? Que font ces leaders et ces députés à l’étranger alors qu’ils ont décidé ensemble de manifester en cette année électorale pour pousser Alpha dehors ?


5- Un potentiel énorme qui reste à jamais inexploité 

Possédant 2 groupes parlementaires sur 3 à l’Assemblée nationale ;

Possédant 5 députés uninominaux de Conakry sur 5 à l’Assemblée nationale ;

Possédant au moins 70% de l’électorat guinéen ;

Possédant la plus grande partie de la jeunesse et des femmes de Guinée pour l’alternance ;

L’opposition a aujourd’hui incontestablement le potentiel pour changer la donne dans le pays. Mais on se demande si ce potentiel ne s’assimile pas à ce mythe de « Guinée château d’eau de l’Afrique de l’ouest » ou encore de « Guinée, scandale géologique » que l’on entend depuis des décennies. Oui le potentiel est là et il est énorme, mais il reste un potentiel. S’il est exploité, le peuple de Guinée en tirera tous les bénéfices, mais s’il reste à l’état de potentiel, on dormira sur ce potentiel jusqu’à la fin des temps.


6- Des revendications certes légitimes, mais irréalistes comme celles du syndicat

Dans toute revendication, même légitime, les auteurs ou initiateurs doivent s’interroger sur le caractère réaliste et surtout opportun de cette revendication dans un environnement donné, eu égard aux expériences passées récentes. Un second tour de la présidentielle qui devrait avoir lieu 2 semaines après la proclamation des résultats définitifs par la Cour suprême n’est intervenu que plus de 4 mois après. Des élections législatives qui auraient dû avoir lieu 6 mois après la présidentielle ne sont intervenues que 3 ans après. Des accords ont été signés en 2013 avec un certain nombre de points dont l’organisation des élections communales à la fin du premier trimestre de 2014. Une présidentielle qui se profile en 2015. Aucune de ces revendications n’a été satisfaite et d’autres viennent encore augmenter cette liste. L’opposition crie à l’organisation des communales avant la présidentielle en 2015. Il y a fort à parier que si elle ne prend garde, elle va se retrouver dans la même situation que nos amis syndicalistes qui ont vu plus gros que leur ventre et qui ont fini par se faire tout simplement avoir comme des enfants.


7- Les rivalités internes et la confusion dans les rangs

Comme on le sait depuis toujours, les membres de l’opposition s’entendent très bien dans le combat des revendications jusqu’à ce que les élections pointent le bout du nez. Puisqu’aucune vision n’est établie dès le départ entre les acteurs sur une base d’entente électorale, les rivalités et ambitions personnelles surgissent à chaque veille d’échéances électorales. Cette situation est forcément une aubaine pour Alpha Condé. Ces rivalités et ces confusions viennent simplement du fait qu’il y a encore de la résistance à reconnaître le chef de file de l’opposition qui ne doit son titre qu’à la volonté de tous les Guinéens. C’est dans cette perspective qu’il doit pleinement et suffisamment affirmer son leadership et son rôle de chef de famille pour faire en sorte d’assurer l’harmonie du « foyer » de l’opposition. Au-delà des ambitions des uns et des autres, Alhassane Ouattara a su prendre les choses en main au sein de l’alliance des houphouetistes en Côte d’Ivoire hier et aujourd’hui. Il a obtenu la candidature unique au sein de cette alliance pour un second mandat. Sans aucune ambiguïté, les choses doivent être très claires dans les meilleurs délais pour éviter des coups de couteau des uns dans le dos des autres.


8- Les occasions manquées de l’opposition

Comme on le dit souvent, Koro Alpha est le directeur de campagne de l’opposition tellement il offre des opportunités à ses adversaires pour finir avec lui. Que ce soit sur le plan de l’économie, du social ou du politique, les opportunités ne manquent pas pour démontrer à l’opinion que ce président de la République n’est pas à la hauteur des attentes des populations. La loi n’est jamais respectée avec Alpha et les exemples sont légions. La politique de division des filles et fils du pays est totale et sans équivoque. L’abandon d’une partie de la population au profit de l’autre reste la plus belle réussite du bilan des 5 dernières années. Les violences politiques sur l’axe du changement ou en Forêt, sans oublier la gestion de cette crise hémorragique à virus Ebola, ainsi que toutes les conséquences de cette mauvaise gestion. Alpha avait promis, entre autre, que 2013 allait être l’année de la justice en Guinée. Maintenant on connaît la notion de promesse du président de la République. Galapay, Zogota et Womey sont là comme preuves de la mauvaise gouvernance du régime actuel sous l’autorité de Koro Alpha.


9- Les militants qui se posent des questions 

Oui, il y a des questions que l’on se pose dans cette situation inquiétante de gestion de la vie publique de notre pays. Eu égard à tout ce qui précède, il est important, encore une fois de faire en sorte que des dispositions soient effectivement prises dans les délais, afin que nos dirigeant soient en phase avec la détermination, le courage et l’engagement des militants, tous bords confondus. Le ras-le-bol est total dans le pays et les militants n’attendent qu’une seule voie et non deux, celle qui leur montre le chemin de l’alternance tout simplement en cette année de 2015. Beaucoup d’occasions manquées entraînent des interrogations sur la capacité réelle et effective de cette opposition à prendre le taureau par les cornes et à montrer le chemin de l’alternance. Depuis l’arrivée d’Alpha Condé aux affaires, les militants ont l’impression que c’est le perpétuel recommencement. L’opposition projette une marche ou un meeting, il y a dans la répression, des morts, des blessés, des dégâts et des arrestations. Les jours et semaines qui suivent, on soigne les blessés, on cherche à sortir les jeunes arrêtés et on projette l’enterrement des martyrs. Deux mois après on appelle à refaire exactement les mêmes efforts sans aucun objectif précis. A ce rythme, le doute s’installe rapidement parce qu’on n’a pas de visibilité sur les résultats au bout de l’effort. Ce jeudi, il y a le procès des jeunes qui ont été arrêtés à l’occasion du dernier meeting de l’opposition. Il a été dit que les députés allaient se retrouver pour se livrer au cas où ces jeunes seraient condamnés à la prison. Qu’en est-il réellement ?


10- Le pouvoir qui s’installe 

Comme au second tour de la présidentielle de 2010, Alpha Condé met sa machine en place pour gagner en 2015. A cet effet, il a besoin de cette CENI actuelle, acquise à sa cause, de ce fichier que Waymark a tripatouillé, de ces délégations spéciales illégitimes et de ces chefs de quartier à sa dévotion, de cette administration territoriale sous son contrôle et de cette manne financière avec laquelle il installera sa machine. Pour encore occuper l’opposition, il lance cette idée de chef de file de l’opposition pour faire du leader de l’opposition, une marionnette à sa dévotion tout en faisant des jaloux pour déstabiliser l’opposition.


Au-delà des points énumérés ci-dessus, voyons objectivement le calendrier de 2015 qui nous attend :

En plus de ces énormes défis dans le contexte que nous connaissons, Alpha Condé se saisit d’Ebola comme d’une « opportunité », le mois de janvier qui est en train de finir, un mois d’avril qui vient à grand pas avec une nouvelle session des lois pour une période de 90 jours (3 mois) durant lesquels il va falloir compter sur Alpha pour donner du travail à nos amis députés. On sait qu’actuellement, presque la totalité des députés de l’opposition sont les hommes et les femmes qui occupent tous les postes de responsabilité des différents partis de l’opposition.

Au bout de ces mois de session des lois ou pendant, il va falloir compter sur un mois de carême qui va paralyser toute activité politique sérieuse. Juste après, nous serons dans la période de la saison des pluies durant laquelle, on va nous dire qu’il est difficile de faire des choses concernant le processus électoral pour des raisons de disponibilités des citoyens surtout en zones rurales.

Nous voilà donc en train de rentrer dans septembre - octobre qui coïncide avec la session budgétaire de l’Assemblée nationale pour une autre période minimale de trois mois.

Pendant ce temps, l’opposition dit qu’à cette période, s’il n’y a pas d’élections, Alpha Condé ne sera plus légitime en tant que président de la République.


Objectivement, dites-moi mes chers amis, comment pensez-vous que l’on va se débarrasser d’Alpha Ebola si on ne met pas le feu maintenant ?


Aux dernières nouvelles, nos chers députés, toutes tendances confondues, sont en train de choisir la couleur et les options de leurs nouvelles voitures de fonction.

Pauvre Guinée !!!


Mamadou Barry
Analyste financier


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