Selection de vidéos
Partenaires
Alpha Condé saura-t-il tirer les leçons de ce qui s'est passé au Burkina ?
Nouhou Badiar Diallo Lundi, 08 Décembre 2014 10:47
Les Guinéens ne vont pas perdre de temps. En effet, tirant exemple de ce qui s'est passé au Burkina et qui a emporté le régime de Blaise Compaoré, l'opposition et la société civile doivent s'unir et combattre pour l'alternance pacifique en 2015.
En vérité, la durée du mandat présidentiel n’est pas tant la préoccupation majeure de nos peuples. Ce dont ils ne veulent pas, ce sont ces hommes qui, de façon permanente, sacrifient l’intérêt commun à leur intérêt égoïste, incapables qu’ils sont de comprendre et de considérer les intérêts véritables et permanents du pays, ne tenant compte, partout et en tout lieu, que de considérations personnelles. C’est ce que n’a pas su comprendre Compaoré.
En effet, comment Alpha Condé va-t-il dévier le « vent burkinabé » qui risque d’embrasser l’Afrique toute entière ? Sera-t-il capable, « seul devant sa glace », d’écouter les messages du vent et de « mesurer le poids de ses responsabilités devant le présent et le futur » ? Aura-t-il le courage nécessaire de restaurer la dignité de ses compatriotes en créant un environnement où règne « plus de République » ? Est-il chevronné pour s’élever et assurer le bien-être des Guinéens ? Organisera-t-il une conférence nationale pour bâtir une « nouvelle Guinée » ? Peut-il façonner une société où tout le monde se parle, sans se rejeter, ni s’inquiéter ?
Mes chers compatriotes, le cas burkinabè devrait nous guider. Aucune dictature ne peut résister durablement à la soif de changement d'un peuple. Les Guinéens doivent se convaincre qu'il leur appartient de forger de leurs propres mains, le destin de leur pays. Ce serait une grave erreur de trop compter sur la communauté internationale, surtout les organisations africaines. C'est une lapalissade de dire qu'elles jouent, bien des fois, au médecin après la mort. Du reste, comme on peut le constater, l'Union africaine (UA) et la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) brillent une fois de plus par leur mutisme. De façon générale, elles restent atones et aphones et ne montrent le bout du nez qu'après la victoire, à force de courage, de détermination et de sacrifices, des peuples sur leurs oppresseurs. A l'instar donc des autres peuples, les Guinéens doivent se convaincre plus que jamais, que le salut démocratique de la Guinée repose d'abord et avant tout sur eux-mêmes.
Le peuple est l'alpha et l'oméga de tout. Tout part de lui et tout revient à lui. C'est lui qui donne le pouvoir et c'est lui encore qui le retire, au moment voulu et cela, peu importe le prix à payer. Alpha a donc intérêt à écouter son peuple plutôt qu'à en rajouter à la colère de la rue. Il doit surtout faire attention à la boulimie du pouvoir, source d'aveuglement mortel. Il serait bien pour lui de s'inspirer et de tirer toutes les leçons de ce qui est arrivé à son mentor Blaise Compaoré qui a tenté de s'accrocher au pouvoir. Ça n'arrive pas qu'aux autres, dit-on. Surtout, il ne doit pas oublier les circonstances désastreuses de son arrivée au pouvoir, après une grande fraude. Cela fait environ cinq ans que la Guinée est sous la férule de sa mauvaise gouvernance. Et vouloir perpétuer davantage celle-ci est un jeu dangereux. Après cinq ans de mauvaise gouvernance, il est temps pour lui de se retirer si tel est son souhait de terminer ses beaux jours en Guinée. A défaut, il risque de finir comme son mentor Blaise Compaoré qui, hier applaudi, va sans doute terminer ses vieux jours à l'étranger, loin des siens. Triste fin pour un homme qui a connu les honneurs et qui se retrouve condamné à vivre loin de sa patrie, tel un damné de la terre. En tous les cas, Alpha Condé doit comprendre que jamais dans l'histoire, on n’a vu un dictateur triompher de son peuple. Il finit toujours par plier l'échine, quelle que soit sa témérité.
Le peuple guinéen a maintenant soif de démocratie réelle et surtout d'alternance. Or, c'est un truisme de dire que les urnes n'ont jamais chassé un dictateur du pouvoir sous nos tropiques. En effet, dans les dictatures déguisées en démocratie, les consultations électorales ne servent qu'à pérenniser les règnes des satrapes.
Non seulement notre pays a besoin à partir de 2015 d’un leadership responsable, mais il a surtout besoin de leaders qui disent non à un système qui plombe le développement du pays et l’avenir de ses enfants. Il ne me paraît pas souhaitable que les Guinéens dressent les lauriers à des personnalités frileuses, jalouses et incapables d’aider le peuple à relever le défi d’une gouvernance de qualité. A bannir aussi de nos pratiques politiques, l’illusion qu’il faut d’abord être président pour bien faire. Les vrais et bons leaders sont ceux qui, dans n’importe quelle position dans la hiérarchie sociale, se battent pour changer ce qui doit l’être. Même si un seul homme ne peut faire le changement, le vrai leader est celui qui initie le changement et le porte avec l’accompagnement et l’appui du peuple dont il aspire changer les conditions. Les politiciens de salon qui ne veulent prendre aucun risque et qui attendent simplement leur tour pour parler, ne devraient pas avoir leur place dans la conduite des affaires de notre pays, dans un monde en pleine évolution ou les erreurs de gouvernance commises avec leur complicité peuvent coûter cher à des générations. Il ne tient qu’à nous d’identifier les plus courageux et les plus responsables d’entre nous pour en faire nos leaders de demain.
Le régime d'Alpha Condé s’est illustré au sommet par des dénégations et des actes d’irresponsabilité. Combien de fois n’a -t-on pas entendu le chef du gouvernement déclarer ne pas être au courant de tels ou tels dossiers de l’Etat qui se sont révélés mal engagés ou mal négociés, au mépris des intérêts de notre pays ? Aujourd’hui, c’est le tour d’autres cadres qui ont participé activement à la prise de ces décisions, signatures à l’appui, de venir nous dire qu’ils n’étaient pas au courant (l’affaire du fonds routier en est une). Quel exemple de gouvernance donnons-nous ainsi à la jeune génération qui a besoin d’un leadership responsable comme modèle pour se préparer à prendre la relève ? On ne saurait comprendre cette attitude dans la mesure où ces personnalités donnaient en même temps l’impression d’être intéressées par la gestion du pays. Il y a de quoi se poser des questions. Soit, elles ont les compétences techniques pour être des commis d’Etat et un faible leadership pour faire changer les choses, auquel cas elles ont peu de chance de conduire un pays avec du succès, soit elles ont le leadership et les compétences techniques requis, mais ont simplement choisi la voie de la jouissance. Dans l’une ou l’autre des deux hypothèses, elles donnent peu de garantie pour la conduite d’un pays comme le nôtre, trempé dans la pauvreté et dont les ressources sont dilapidées au grand jour et sans retenue. Un leader responsable nous est indispensable et Dieu seul sait qu’ils existent. Que son œuvre s’accomplisse donc !
Nouhou Badiar Diallo
![]()
Commentaires








