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Pourquoi le RPG Arc-en-ciel et l’UFDG ont-ils intérêt, chacun, à ce que les élections futures soient transparentes ?

Abdoulaye Aziz Bah  Dimanche, 07 Décembre 2014 17:42

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BAH_Abdoulaye_Aziz_2_01Nous savons tous que depuis le lendemain des évènements de janvier- février 2007, la Guinée connait une situation politique alarmante, dominée par la mal gouvernance, l’insécurité, le non-respect des droits humains, et la présence sans cesse d’épidémies hautement mortelles ; mais aussi et surtout le repli ethnique ou régional. Cette diabolisation de l’autre ethnie ou l’autre région a fini par provoquer la peur de l’autre, d’autant plus que les atrocités qui jalonnent l’histoire récente de la Guinée viennent la conforter. Mais le plus regrettable dans cette situation est sans doute l’amateurisme de nos politiques et l’inefficacité des organisations syndicales et de la société civile.

C’est ici pour moi de rappeler cette citation du célèbre journaliste anglais Cyril Connolly qui, parlant de la peur et de la haine, disait « La haine est la conséquence de la peur ; nous craignons quelque chose avant que nous la détestions ; un enfant qui craint les bruits devient un homme qui déteste le bruit ».

Il ne faut pas se voiler la face ! Les réalités de la Guinée d’aujourd’hui sont telles qu’il y aurait une grande méfiance entre l’élite des deux ethnies majoritaires du pays à savoir les Peuls et les Malinkés ; méfiance accentuée par la confrontation politique entre l’UFDG et le RPG, lors du second tour de l’élection présidentielle de 2010. Ainsi, si rien n’est fait dans l’urgence, cette peur qui existe entre l’élite peule et malinké, pourrait se transformer en haine avant même les échéances électorales futures. Il suffirait alors d’un petit différent pour galvaniser les antagonismes et faire crépiter les violences. Pour éviter ceci, il est impératif que le RPG Arc-en-ciel et l’UFDG se rencontrent pour discuter des contours afin d’assurer l’organisation d’élections libres, transparentes et inclusives en 2015. En effet, si signer les accords de juillet 2014 pourrait servir de base pour une détente de la situation sociopolitique du pays, alors je lance un appel aux acteurs de faciliter la signature de ces accords tout en mettant l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des velléités politiques.

Qu’on l’admette ou pas, le RPG Arc-en-ciel et l’UFDG sont incontournables dans la situation sociopolitique actuelle de la Guinée. Ainsi, au-delà des politiques, ils doivent aussi savoir qu’ils sont avant tout des garants de la stabilité de la République. Malheureusement, en Guinée, la démocratie est devenue depuis synonyme de repli identitaire. L’ethnocentrisme érigé en idéologie est devenu un danger pour la République. Pourtant, toute idéologie qui suscite la division contient en germe une violence latente. D’où mes appels à l’endroit des deux grands partis politiques du pays.

Pourquoi l’UFDG et le RPG Arc-en-ciel ont intérêt, chacun, à ce que les élections futures soient transparentes ? L’histoire des nations a démontré que les grands partis politiques, qu’ils soient ceux au pouvoir ou à l’opposition, n’ont jamais survécu à un régime de transition civile ou militaire. Les exemples sont multiples à travers le monde ! En Guinée, nous pouvons citer en exemple les cas du PDG-RDA en avril 1984 ; du PUP, UPR, et même du RPG au lendemain de la mort du général président en décembre 2008. D’ailleurs, rappelons que le RPG et l’UPR étaient les grands partis d’opposition les plus dynamiques sous le régime du PUP. Mais, le RPG qui n’aurait récolté que 18% au premier tour de la présidentielle de 2010, était obligé de faire des alliances fortes, surtout avec le nouveau venu PEDN, pour confronter l’UFDG devenue forte sur les cendres de l’UPR. Sans une alliance forte, le RPG n’aurait aucune chance devant l’UFDG, même avec toutes les fraudes du monde. On peut citer en exemple les cas de l’Irak, de l’Égypte, d’Haïti, de la Tunisie, et même du Mali et de la Mauritanie, pour ne citer que ceux-là. Cette illusion de domination entre l’élite peule et malinké pourrait se traduire notamment dans les périodes électorales qui pointent à travers une propagande ethnique et une mobilisation qui confondent sciemment compétition électorale et affrontement ethnique ou régional. Par conséquent, seules des élections transparentes et équitables en 2015 pourraient éviter à la Guinée une instabilité sociale.

Sans doute, la Guinée sentirait pour longtemps les impacts négatifs d’Ebola sur les activités socio-économiques du pays. Le pire qui pourrait s’ajouter à cette décadence serait une instabilité politique qui pourrait conduire soit à une guerre civile, soit à une nouvelle transition civile ou militaire. L’une ou l’autre, la Guinée n’en a pas besoin ! Par contre, la Guinée a besoin plus qu’hier d’une vraie démocratie.

Ma participation à ce grand forum de GuineeActu est motivée par mon engagement sans cesse croissant de contribuer aux débats concernant la marche de notre nation GUINEE vers la vraie démocratie ; car cette dernière ne se limite point à l’organisation périodique d’élections. Cette vraie démocratie, telle que je la connais depuis près de deux décennies, est celle qui garantit la transparence et le respect des résultats issus des urnes. En plus, elle assure le respect des droits des citoyens, et l’indépendance des institutions de la république. Oui, ici aux USA, c’est ce genre de démocratie que nous vivons ! Alors quoi de plus normal que mes articles publiés sur ce forum soient conformes à mon expérience vécue ici aux USA, surtout que notre Guinée est en apprentissage en matière de démocratie. Je ne m’attends point à ce que tous les lecteurs partagent mes opinions, mais faudrait-il que les uns et les autres apprennent à accepter les opinions contraires dans un débat d’idées de façon responsable. Tout ce que je souhaite est que la Guinée soit une vraie démocratie telle que vécue ici aux USA ou en France par exemple. Je ne cesse de le mentionner, je ne suis d’aucun parti politique guinéen, même si j’ai des amis d’enfance et des promotionnaires d’école qui occupent des postes importants au sein des deux grands partis à savoir le RPG Arc-en-ciel et l’UFDG. Par contre, si j’en avais le désir, rien ne pourrait m’empêcher d’adhérer officiellement à un des multiples partis qui pullulent dans l’atmosphère politique guinéen. Pour l’instant, le manteau de politicien ne m’intéresse pas ! Par contre, la situation politique de la Guinée m’intéresse à plus d’un titre. D’ailleurs, Platon ne disait-il pas que « One of the penalties for refusing to participate in politics is that you end up being governed by your inferiors ». Ça c’était entre parenthèses!


Concernant l’amateurisme de nos politiques et l’inefficacité des organisations syndicales et de la société civile

Dans toutes les grandes démocraties du monde, ce sont les organisations syndicales et celles de la société civile qui sont à l’avant-garde du combat pour le respect et la sauvegarde du bien-être des citoyens dans leur pays respectif. Je n’ai jamais vu ici aux USA des militants manifester pour dénoncer un fait social ou politique au nom d’un parti politique. Ceci est aussi valable en France et dans toutes les grandes démocraties à travers le monde. En dehors du parlement et des medias publics et privés, les hommes politiques laissent les manifestations de rue aux organisations syndicales et de la société civile. Par exemple, ici aux USA, beaucoup d’Etats ont récemment passé des lois qui exigent que les citoyens, pour pouvoir voter, présentent une pièce d’identité, le jour du vote. Cette loi qui est directement défavorable à la minorité noire, est une stratégie qui favorise largement les Républicains. Mais en dehors des medias et du parlement, les Démocrates avaient laissé les pressions de la rue aux seuls organes de la société civile. Même chose pour l’assurance médicale initiée par l’administration Obama ; à part dans les medias et au parlement, les Républicains avaient laissé les pressions de la rue aux seuls organes syndicaux et de la société civile. Même chose pour les contrats léonins de Haliburton, en Irak et Afghanistan, octroyés par l’administration Bush. En France, par exemple, on peut citer les manifestations en 2003 contre le plan Raffarin-Fillon de réforme des retraites, celles en 2006 contre le contrat première embauche (CPE), et celles en 2009 pour la défense de l'emploi et du pouvoir d'achat, pour ne citer que celles-là. Toutes ces manifestations étaient pilotées par les organisations syndicales et celles de la société civile. En Guinée en janvier 2007, c’était aussi les organisations syndicales et celles de la société civile qui étaient à l’avant-garde du combat. Même chose au Sénégal en 2012 avec les mouvements « Y’en a marre et M23 », et plus récemment au Burkina avec « Le balai citoyen ». Les exemples n’en finissent pas à travers le monde !

L’instauration d’une vraie démocratie a comme préalable l’existence d’une société civile forte et organisée. Mais bon sang ! Pourquoi en Guinée, les citoyens veulent-ils que les hommes politiques fassent leur combat à la place des organes de la société civile ? Pourquoi les travailleurs veulent-ils que les hommes politiques fassent leur combat à la place des organisations syndicales ? La démocratisation de la Guinée passera nécessairement par l’émergence de vraies organisations syndicales et de la société civile. Que ce soit en Guinée ou ailleurs, les politiciens n’ont jamais volontairement résolu des problèmes sociaux qui n’ont pas de retombées politiques. D’où la naissance, non par accident, du mot « sociopolitique ». Par conséquent, aucune manifestation de rue, quelle soit pacifique ou armée, émanant des partis politiques, ne résoudrait les problèmes de la Guinée. Seules des pressions venant des organisations syndicales et celles de la société civile sur nos hommes politiques pourraient nous mettre sur le chemin de la vraie démocratie.

Je terminerai en citant notre célèbre compatriote Madina Masriah Sow (esclave d’Allah), « O mien frère mène moi chez un pasteur ! Pas des pasteurs ne sachant que traire, mais des pasteurs lutteurs qui savent faire king ! ».

A bon entendeur salut !

D’ici là, merci de contribuer au débat.


A Aziz Bah
MBA/ MIS/ PMP
Information Technologies Consultant
Chef d’entreprise
  

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