Thierno Aliou G. Diallo Dimanche, 23 Novembre 2014 21:29
Discuter d’idées en rapport avec les préoccupations de son pays, est une expression élémentaire de la démocratie. En effet, que nous ayons une vision humaniste ou physicaliste, nous pouvons nous accorder sur le fait que l’idée précède en toute chose l’action. Les sciences, peu importe les différentes dénominations auxquelles elles sont adjointes, trouvent toutes leur genèse dans les pratiques sociales, culturelles et biophysiques. Avant d’être universalisées, les sciences ont été des idées brutes issues du sens commun. Dans la plupart des pays occidentaux, la démocratie est le résultat d’un très long processus qui s’est construit à travers les idées, de siècles de guerre, de révolutions et de remise en question des modèles existants pour aboutir au modèle que nous connaissons aujourd’hui. Comme des millions d’Africains qui rêvent d’un lendemain meilleur, je suis convaincu que la démocratie est l’unique voie pertinente susceptible de nous extirper de nos situations désespérantes. Néanmoins après cinquante années d’apprentissage et de pratique démocratique en Afrique, le constat est presque partout le même. La transposition unilatérale de la pensée démocratique occidentale est un échec dans bon nombre pays africains. Pire, dans les années qui ont suivi les indépendances africaines, les tentatives de l’implantation démocratique ont été sources de tensions politiques, de guerres civiles, de conflits interétatiques et de génocides (Burundi, Congo Kinshasa, Libéria, Sierra Léone, Nigéria, Rwanda, etc.) souvent entretenues par les anciennes puissances coloniales qui légitimaient les régimes africains souvent au gré des intérêts qu’ils pouvaient en tirer. Le marché de la promotion des chefs d’Etat dictateurs africains (Togo, les deux Congo, Centre-Afrique, Cameroun, Guinée, Ouganda, Gabon, etc.), s’est imposé partout aux dépens de la démocratie encensée par l’Occident. Beaucoup diront que les conflits sont le prix à payer pour l’instauration de la démocratie d’autant que les pays que nous envions sont tous passés par là (France prise de la Bastille, la révolution américaine, les deux guerres mondiales, la révolution de Meiji au Japon, etc.). L’histoire semble effectivement confirmer de tout temps que l’instauration de la démocratie s’est faite dans la douleur. Quand nous analysons les contextes sociaux et politiques consécutifs à l’avènement de la démocratie dans ces pays, nous constatons que la démocratie et son acceptation ont été d’abord, une volonté réelle de leur peuple. Mais aussi la conséquence d’un long processus d’appariement systémique qui s’est appuyé tout au long de son cheminement dans les traditions et des influences que ces pays ont intelligemment intégrées à leurs modèles sociaux. Or quand nous examinons, ne serait-ce qu’au juger, des tentatives de l’instauration de la démocratie en Afrique, nous constatons ces quelques éléments :
Face au désarroi et à l’inefficacité du modèle démocratique importé et compte tenu de l’absence d’autres modèles de société sûrs, autres que le modèle occidental, que pouvons-nous espérer nous Africains pour nous sortir de notre éternelle position de dernier ? Sommes-nous condamnés à jouer au dernier en nous mentant ?
Diallo Thierno Aliou G.
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