Faut-il une cure à la burkinabè en Guinée?

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GUILAVOGUI_Zobada_01Etant de la génération Y1, je ne saurais prétendre discuter avec autorité des premiers trente ans de notre indépendance, comme pourrait le faire professeur Doré, par exemple. Il serait par contre, malveillant, à la limite, de ne pas s’évertuer à rappeler les douloureuses aventures que notre patrie vit depuis son indépendance pour susciter ne serait-ce qu’un début de discussion sur la question ou au moins participer à générer un sentiment de ras-le-bol qui pourrait aboutir à un « Guinean Winter2» à Conakry. Telle une mère en travail, notre chère Guinée essaie depuis 1958 de donner naissance à une paire de jumeaux3, à la différence de la femme en travail, le calvaire de notre « matrie4», se poursuit depuis toujours. Pour ne pas dresser une liste exhaustive des maux qui minent notre pays, je ne citerai que le clanisme et les crimes de sang pour illustrer mes propos ici.

Nos aînés ont vécu leurs lots de menaces, tueries et condamnation à l’exil sous la première république. On n’a pas besoin de se faire conter les faits, les abus du premier régime se reproduisent sous d’autres formes de nos jours. Les pouvoirs qui l’ont suivi, n’ont fait que perpétrer de semblables dérives avec toutefois, un différent modus operandi. Les basses pratiques d’alors subsistent bien que ne se produisant qu’à des degrés différents.

Les atteintes à l’intégrité physique de nos concitoyens se font, en ces temps-ci, via l’utilisation de petites équipes de deux ou quatre mercenaires qui trucident leurs cibles avec la même férocité qu’avant. Ahmadou Oury – section motard UFDG – (paix à son âme) me vient à l’esprit. Une trainée glaciale a traversé mon corps quand j’ai lu les propos du jeune frère d’Ahmadou (paix à son âme) devant qui la sale besogne s’est produite. C’est écœurant qu’on ôte la vie à un être qui vous est chère en votre présence et que vous ne puissiez rien faire pour le sauver ou le défendre.

En l’espace de cinquante-six ans, rien n’a fondamentalement changé en Guinée à part le fait que de vaillants hommes et femmes ont eu à payer de leurs vies, le fait d’être nés différents de l’autre, d’avoir eu une différente opinion ou d’avoir appartenu à un groupe ethnique différent de l’autre. Les mêmes mentalités, la même haine de l’autre, et les mêmes complexes ont été transmis tels de précieux legs d’un dirigeant à l’autre.

En lieu et place du lynchage de nos valeureux parents au défunt et tristement célèbre pont du 8 novembre – assassinats publics du 25 janvier 1971 –, on nous offre une nouvelle approche qui consiste à assassiner et violer en masse d’innocentes personnes – massacres du 28 septembre 2009 – ou d’annihiler de vieilles personnes dans leur sommeil – tueries de Zogota de 2012. À la différence de la sinistre « déclaration de guerre contre le Fouta  de 1976, on instigue des pseudo-mouvements d’émancipation de « roundés Â» pour dit-on, lutter contre l’assujettissement de l’homme.

La gestion clanique du pouvoir se poursuit toujours. Les mêmes hommes et méthodes sont recyclés. Pourtant, les mêmes causes ne conduisant qu’aux mêmes effets, les résultats produits ne sauraient être que médiocres, à la limite. La triste réalité actuelle est que la Guinée ne fait que s’engouffrer de plus en plus dans l’obsolescence. Comme le dit la citation attribuée à Albert Einstein: « Insanity is doing the same thing over and over and expecting different results », la folie doit probablement jouer un rôle ici.

Le jeune Guinéen quel que soit le groupe ethnique auquel il appartient ne saurait se soustraire de la réalité actuelle. Le dénuement et la désolation, au pays, n’épargnent aucune région ou ethnie. La roue tourne, si le pouvoir venait à changer de main, quelques soient les garanties que l’opposition offrirait, il y a un risque énorme que des excès – vengeance ou justice des vainqueurs – auront lieu comme en 1985.

Se contenter d’un poste de commis dans les services publics, mouvements de soutien et autres corporations claniques et prétendre ne pas être concerné par le retard accusé par notre « nation Â», c’est simplement manquer une occasion de rectifier le tort fait à notre pays. Faire fi de la misère grandissante de notre peuple, misère causée par l’insatiable boulimie destructrice de groupuscules d’opportunistes prêts à baisser le froc pour se faire une place au soleil, ne saurait faire sortir notre chère contrée de la fondrière.

C’est maintenant qu’il faut exiger de ceux qui gouvernent de mettre l’intérêt du pays au-dessus des leurs. Les ressources qui devraient être allouées à la construction d’infrastructures économiques et jeter les bases d’une société productrice de revenues moyens, au minimum, et autosuffisante sont utilisées à des fins que l’on n’élucidera peut-être qu’à l’aide d’une « forensic audit Â». Ce n’est pas du « rocket science Â» que de gérer un pays comme la Guinée. On n’a pas besoin de 100 ministrons pour gérer une petite économie de 5 milliards de dollars5. Cela n’atteint même pas les actifs d’une « mid-size bank Â» en Europe ou aux USA. Il ne faut pourtant pas se berner, et rêver d’une alternance démocratique, ce serait un miracle. Ceux qui abusent du pouvoir du peuple en Guinée n’abandonneront leur « gelée royale Â» que lorsqu’ils y seront contraints.

Les jeunes Burkinabés l’ont compris et sont sortis par dizaines sinon centaines de milliers pour détruire un système qui avait hypothéqué leur futur et avili leurs aspirations. Nul ne pourra se hasarder, à l’avenir, de s’approprier du pouvoir du peuple et le gérer en toute exclusion, au Burkina, tant la défaite infligée au régime du parrain de la contre-révolution du 15 octobre 1987 a été sévère. Ceci dit, je n’accorde pas tout le crédit à la jeunesse, tous les Burkinabés y ont participé, seulement, la déferlante juvénile était incompressible.

Combien de générations de jeunes Guinéens ont fini les études depuis 1990 et peinent à trouver le premier emploi ? Il y en a au moins des milliers sinon des dizaines de milliers. Combien d’autres, faute de moyens ou de soutien n’ont pu aller à l’école ou continuer les études et ont fini comme apprenti-chauffeur, aventurier ou simple chômeur ? Là, nous en avons au moins des centaines de milliers.

La jeunesse ne doit pas être réduite à quémander ou prendre les chemins de l’exil pour survivre. La jeunesse ne doit pas se laisser instrumentaliser par un groupe de personnes pour assouvir d’égoïstes desseins. La jeunesse doit être l’acteur principal du développement, elle doit être la force active qui prend les devants et force l’innovation. Elle doit être celle qui se bat pour que les générations futures ne vivent les mêmes atrocités qu’aujourd’hui. L’écrasante majorité de la population de notre pays a moins de quarante ans, ceci est un immense avantage qu’il faut mettre à profit pour imprimer un nouvel ordre au cours de l’histoire dans notre pays.

Bien que la jeunesse guinéenne soit faible, car morcelée entre différents groupes d’intérêts, il est de son devoir, face à l’adversité actuelle et le danger d’implosion sociale, d’émerger de sa position de faiblesse, se rassembler au sein d’une structure faîtière de toutes les organisations de jeunesses du pays et traduire la volonté du sacrifice de soi en action pour assurer un bien-être futur à toute la « nation Â» guinéenne. Pour ce faire, il faudra « a trigger point Â» ; un évènement déclencheur. Seraient-ce les futures élections ? Attendrons-nous passivement qu’ils finissent d’occire nos sÅ“urs et mères et brader le futur du pays avant de mettre la pression ?

Comme je le disais plus haut, les jeunes Burkinabès l’ont compris, sont passés à l’action, et ont eu raison de l’imprenable palais de Kossyam, où, il y a quatre ans, les destinées de notre chère patrie furent décidées. Saurons-nous, jeunes Guinéens, apprendre des jeunes « intègres Â» et offrir un futur à cette Guinée qui vacille sous le poids de la mal gouvernance et des crimes depuis son indépendance ?


Zobada Guilavogui
JD, MBA
Senior Compliance Examiner, CFPB
Mountain View, CA

Zobada Guilavogui est sortant de la première promotion d’Administration générale du Centre universitaire de Labé. Il termine ses premières études universitaires en Guinée en 2007 avant d’émigrer aux USA en 2008. Il est actuellement inspecteur en audit bancaire au sein du Bureau fédéral de régulation du secteur financier à Mountain View en Californie.

__________________________________

1Celles ou ceux nés entre 1980 et 2000.

2Pour ne pas dire « Guinean Spring Â». Il fera froid à Conakry ce jour.

3Nos quatre régions naturelles.

4Comme les Crétois, je préfère appeler patrie, matrie.

5Selon les derniers chiffres de la World Bank, la Guinée a un PIB annuel de près de 5 milliards USD.


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Commentaires  

 
+5 #8 Guilavogui 23-11-2014 20:27

@Professeur Ansoumane, thank you for the kind words. L’utilisation illégale des ressources du pays comme vous l’avez mentionné dans votre commentaire, est l’une des méthodes qu’ils ont toujours utilisés pour maintenir nos compatriotes dans une situation de dépendance. Il nous faut une Guinée débarrassée, au moins, de la culture de la médiocrité, de la prédation et des assassinats politiques. J’ai une juste mesure de l’énormité du fossé qui sépare les vœux exprimés dans mon texte etla réalité sur le terrain en Guinée. Le chemin sera long, tortueux et parsemé d’embuches mortelles. Mais comme le disent certains, a cœur vaillant, rien d’impossible, avec le concours de tous, nous y arriverons. Mais, d’ici-là, we will not sit idle when our fellow countrymen are being bludgeoned by a vicious system of governance.
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+6 #7 Alhousseny 22-11-2014 16:46

Guilavogui,
Le ton pose de votre commentaire est une excellente reponse a la passion de ce cher IBOU qui ne se contente pas dire qu'il aime AC, mais que nous, tous, aimons AC.
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+10 #6 celloumbah 21-11-2014 22:09

Citation en provenance du commentaire précédent de IBOU:
les même chansons, toujours des critique subjectifs. si vous pensez que la situation du bourkina peut être appliqué en guinée s'est que vous ête vraiment bête. les situation ne sont pas les même. ici Alpha n'est certes pas aimé par vous mais nous ont l'aime et ont le soutiendra tant qu'il fait le bonheurs de la Guinée et c'est le cas.

Libre a vous de faire vos propagandes et de christifié AC, mais n'insulter pas les gens, si vous n’êtes pas capables de d’écrire ou de parler sans insulter allez ailleurs il ya plein de sites qui font ce que vous faites.
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+11 #5 Mme Barry Madina 21-11-2014 21:16

IBOU à votre place, je prensenterai des excuses à ce jeune-homme. J'ai lu son texte en Long et en large et je trouve qu'il a raison de vous dire qu'il n'a nulle part mentionne le nom Alpha Condé. En plus il n'a fait que relater les faits que tous les hommes de bonne foi savent. Évitons la passion ça ne sert à rien. À mon humble avis c'est un jeune poli et serein qui a répondu à votre commentaire de la façon la plus simple et la plus respectueuse possible. Personne ne vous reproche d'aimer Alpha c'est votre droit mais attention à vos propos cela n'aide pas celui que prétendez aimer
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+19 #4 Guilavogui 21-11-2014 17:05

@IBOU, puisque ne vous connaissant pas personnellement, je vous accorderez le bénéfice du doute. Je n’ai pas mentionné « Alpha Condé » dans mon texte. Il n’est pas visé, a priori, par mon constat. Je parle plutôt d’un système qui fait que des personnes pensent qu’elles sont obligées de suivre ou taire les bassesses d’un groupe de prédateurs parce que partageant le même patronyme ou la même région que ces bourreaux. Si à votre avis les maux que j’ai cité sont incarnés par Mr. Condé, libre à vous de l’identifier comme la cible de mes propos. On ne confie pas les destinées de tout un peuple à quelqu’un parce qu’on l’aime, mais parce que cette personnes est capable de répondre aux aspirations de ce peuple. A vous de nous édifier si ceux qui dirigent notre pays jusque-là ont su répondre à ces aspirations. Les faits que j’ai cités ne sont pas sortis de mon imagination. Vous savez bien qu’il y a eu d’ignobles massacres et prédations depuis notre ascension à l’indépendance. Mon appel, au vu de l’échec de nos prédécesseurs, vise à rassembler les forces juvéniles qu’elles soient militaires ou civils afin de donner la chance à notre pays de sortir de la léthargie dans laquelle on l'a empêtré. Votre participation à l’édification d’une société de justice serait la bienvenue. Notez, enfin, qu’il n'y a pas de haine dans mes propos, je veux juste contribuer à rectifier la donne actuelle.
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-16 #3 IBOU 21-11-2014 10:53

les même chansons, toujours des critique subjectifs. si vous pensez que la situation du bourkina peut être appliqué en guinée s'est que vous ête vraiment bête. les situation ne sont pas les même. ici Alpha n'est certes pas aimé par vous mais nous ont l'aime et ont le soutiendra tant qu'il fait le bonheurs de la Guinée et c'est le cas.
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+13 #2 amadudialamba 21-11-2014 04:18

AH ! Là ! Moi je n’ai pas grand-chose à rajouter ici. Vu que cet appel patriotique est plus que d’actualité. Ce jeune de la génération Y1, comme tant d'autres compatriotes, demande impérativement aux guinéens en général et à la jeunesse en particulier, d’entrée en action pour mettre définitivement fin aux longues et douloureuses aventures que notre patrie vit depuis son indépendance. En tant que citoyen, engagé et convaincu, j’adhère entièrement à cette idée. Je propose soit le renforcement du mouvement TSA qui existe déjà, évidement s’il se montre efficace. Ou bien, de créer un autre mouvement plus opérationnel. Ce nouveau mouvement citoyen pourra porter le nom que l’auteur vient de nous proposer, à savoir : « Guinean Winter2» ou bien encore la ‘’TEMPETE GUINEENNE’’. Car à l’instar du mouvement ‘’LE BALAI CITOYEN’’ du Burkina Faso et celui ‘’Y’EN A MARRE’’ du Sénégal, il est temps d’en créer un pour exprimer aussi notre ras-le-bol. Même avec une élection crédible, il faut impérativement créer celui de la Guinée. Parce que plus que tous les autres pays de la l’Afrique, la Guinée a besoin de de ce genre de Mouvement. A noter que dès son indépendance, la Guinée s’est montrée comme berceau de toutes les dérives autoritaires et des mauvaises gouvernances. La Guinée est le seul pays au monde qui continue de vivre dans l’obscurité totale et dans une misère insupportable. Il n’est pas tard de créer ce nouveau mouvement citoyen en Guinée. Le mouvementent qui a balayé Blaise n’a été créé qu’en 2013 par le duo Sams’K le jah et Smockey. Notre mouvement devra se fixer comme mission principale de balayer tout ce qui ne marche pas en Guinée, avec comme cible primordiale le pouvoir. Le Mouvement ne devra pas se limiter au simple départ du régime et de son clan du pouvoir. Il devra revoir même le cas de cette impuissante Assemblée nationale. Il (le mouvement) devra être permanent (une sorte d’organe permanant de veille) pour surveiller tout ce qui se décidera désormais en Guinée. Et à chaque fois qu’il sera nécessaire, il devra réagir pour empêcher des nouveaux dérapages. Aucun régime ne devra désormais dicter sa volonté à la jeunesse comme il le voudra. En fait, ces mouvements citoyens sont maintenant nécessaires dans chaque pays africain, car ils sont de véritables régulateurs des systèmes politiques ou tout simplement des réels contre-pouvoirs.
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+18 #1 Ansoumane Doré 21-11-2014 01:52

Mon cher Zobada Guilavogui,bonsoir!Je souhaite que votre vibrant appel à la jeunesse guinéenne soit entendue.Il faut que les jeunes générations de Guinéens se réveillent pour secouer la torpeur qui règne sur notre pays.Il existe une philosophie politique fondamentale qui entrave la Guinée.C'est que les dirigeants ont toujours pensé, se sont toujours comportés comme s'ils étaient propriétaires de la République de Guinée. On peut observer ce comportement encore aujourd'hui.Ainsi quand on voit, Alpha Condé distribuer des sommes d'argent venant de l'Etat à des personnes ou à des groupes de personnes comme si cela venait de sa poche, il se comporte comme ses prédécesseurs.Cette gouvernance de clientèle du pouvoir ne conduira ou ne maintiendra notre pays que dans une triste médiocrité . Ce qui est encore plus triste c'est de voir des Guinéens accepter cet état de choses avec complaisance.Alors c'est réconfortant de voir des jeunes comme vous ouvrir les yeux et dénoncer l'évolution de la chose publique qu'est la république. Bon courage!
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