Ansoumane Doré Mardi, 18 Novembre 2014 21:06
Je me souviens qu'au départ du forum sur GuineeActu, le webmaster avait recommandé aux contributeurs que lorsqu'un commentaire était long, il était préférable de le « sortir » de ce cadre et de le présenter comme un article ordinaire. C'est ce que je fais ici au sujet de l’article mentionné dans le titre.
J'ai lu des commentaires intéressants qui me donnent à réfléchir pour d'autres occasions. Mais combien de fois faut-il répéter à certains que je ne viens pas dans ces forums pour imposer des idées, mais pour exposer mes idées. Un forum est un lieu d'échanges d'idées. Ceux qui prêtent à d'autres des intentions malveillantes dès l'abord n'ont rien compris à la mission d'information et de formation que nos échanges sont censés contenir. Quant à ceux qui ne savent pas lire ou ne comprennent pas ce qu'ils lisent, je ne vois pas ce qu'ils viennent faire dans un forum.
C'est le cas d'un certain Shams Deen qui voit des déformations de ma part dans ce que je rapporte d'un livre de Nelson Mandela. Je cite entre guillemets (« … ») avec indication des pages du livre du grand homme, mais cela ne suffit pas à Shams Deen, aveuglé par je ne sais quoi et qui ne sait sûrement pas ce que citation d'un auteur veut dire. Au lieu d'aller vérifier dans le livre cité et de porter un jugement, des personnes comme Shams Deen qui n'ont pas peur du ridicule ne connaissent que la dénégation. Gandhi lui a d'ailleurs suffisamment répondu pour que je perde mon temps à ce genre de personnage qui n'apporte rien à nos échanges d'idées. Je dois ajouter que Gandhi est l'un parmi d'autres comme Lamarana Diallo, qui apporte le plus de correctifs à ce qui s’écrit, avec emphase, comme stupidités dans ces commentaires. Pour ceux qui sont soucieux de connaissances sérieuses, ceux qui nous apportent plus doivent en être remerciés. Par ailleurs, je sais qu'un certain nombre d'entre nous ne vient pas dans ce forum pour n'y trouver que des participants de mêmes opinions, mais pour des confrontations d'idées avec des arguments.
Quant à Mamadi qui ne soulève dans un aussi long texte qu'un cas d'entreprise (BONAGUI), cela signifie qu'il n'a pas grand-chose à dire et qu'il aurait mieux fait de s'abstenir de commentaire. Mais je réitère que BONAGUI était bien dans l'enquête de 1983 à laquelle je me réfère et la moindre des choses que Mamadi aurait pu faire aurait été de consulter ou de faire consulter le Rapport du ministère de l'Industrie que j'ai eu main. En ce qui concerne BONAGUI (Boissons non alcoolisées de Guinée), voici ce que dit le Rapport officiel que j'ai utilisé : « L'entreprise Fruitaguinée, très déficitaire à la fin de 1983, - 4 227 000 sylis, doit faire l'objet d'une liquidation, faisant place à la société d'économie mixte des Boissons non alcoolisées de Guinée (BONAGUI). Celle-ci sera réalisée avec la Société nord-américaine CONAF. Les produits prévus : Coca-Cola, autres boissons gazeuses, extraits de citron, gingembre, etc. » Donc BONAGUI, qu'on désigne par moments dans le Rapport : Fruitaguinée-Bonagui, a certainement fait partie, malgré les intentions de rénovations, de la liste des entreprises bradées. La personne que cite Mamadi pour la même entreprise BONAGUI en 1987, a pu être un repreneur qui croyait à une nouvelle création lors des braderies d'entreprises opérées dans ces années par Lansana Conté.
C'est quand même extraordinaire que certains de nos compatriotes se contentent des faits qu'ils n'ont pas vérifiés par eux-mêmes et s'en tiennent à des bouche à oreille. Comment aurais-je pu inventer le nom de BONAGUI dans ce compte-rendu si l'entreprise n'était pas citée dans l'enquête ? Et puis me fallait-il faire des développements kilométriques sur chaque entreprise alors que j'avais averti qu'il s'agissait d'un survol rapide ? Il faut que les gens apprennent et apprécient la sobriété de ce qu'ils lisent.
Un autre intervenant, Youssouf Bangoura, parle de témoins oculaires à propos de ce qu'il appelle les affrontements des sections d'assaut du RDA-PDG et les supposés militants du BAG. A ce que j'ai vu, il ne s'agissait pas d'affrontements de militants. Dans la première moitié des années 1950, il n'y avait pas encore des mélanges importants de populations guinéennes tels que ceux qu'on connaît aujourd'hui dans la capitale guinéenne. A part des fonctionnaires, quelques petits « tabletiers » (marchands de bibelots) et petits manœuvres, la presque totalité de la population de Conakry (qui se limitait, à cette époque, à la presqu'île de Kaloum), était soussou. J'ai d'ailleurs été frappé à mon arrivée à Conakry en octobre 1949, par l'extraordinaire hospitalité que les Soussous réservaient à ceux qui venaient de l'intérieur du pays. Je l'ai constatée aussi chez mon cousin, instituteur à Coyah où je me rendais en week-end. Pour s'implanter solidement, le RDA-PDG s'était appuyé sur l'action violente de voyous chômeurs qui traînaient dans Conakry et qu'on appelait par un terme local de gones (vauriens). Un de leurs chefs s'appelait Momo Joe, redoutablement connu à cette époque. Tous ceux qui résistaient à adhérer au RDA, du simple ouvrier-manœuvre à des notables fonctionnaires ou commerçants étaient menacés de morts. L'administration coloniale qui sentait sa fin approcher n'intervenait plus en 1954-1958 dans les « massacres entre Nègres ». Les témoins oculaires que cite Youssouf Bangoura, à savoir B. Ameillon et Jean-Paul Alata, n'ont recueilli du pouvoir PDG en place que des versions corrigées des massacres dans le Conakry d'avant- indépendance. Comment d'ailleurs quelques militants du BAG dont les gros bataillons se trouvaient au Fouta pouvaient-ils s'attaquer aux gros bataillons de militants du RDA à Conakry ? Il faut savoir que quand on parle d'« affrontements », c'est seulement à Conakry et ses environs qu'ils eurent lieu, l'intérieur de la Guinée n'en a presque pas connus. Il faut que Youssouf Bangoura sache aussi que l'ouvrage de B. Ameillon (La Guinée, bilan d'une indépendance, Paris, Maspéro, 1964, 205 p.) n'est pas comme il semble le faire croire, un plaidoyer pour la nouvelle équipe au pouvoir mais une critique sévère, car sa thèse est que l'indépendance de la Guinée se solde par un échec. Pour cet auteur, ce pays n'est sorti de l'ère coloniale que pour tomber assez rapidement dans l'orbite néo-colonialiste. La critique pouvait d'ailleurs passer pour trop sévère si l'on tient compte du fait que l'indépendance n'avait que cinq ans révolus à la sortie de ce livre. Quant à Jean-Paul Alata, fonctionnaire français venu du Sénégal et devenu guinéen, il a d'abord été un activiste zélé auprès de Sékou Touré. S'il a eu connaissance des événements d'avant l'indépendance, c'est dans l'optique arrangée par le pouvoir en place. Malgré son zèle débordant auprès du pouvoir, il fut quand même arrêté en janvier 1971 et enfermé au Camp Boiro jusqu'en 1975. Il ne devra sa sortie de cet enfer qu'à l'intervention du président Giscard d'Estaing. Son livre Prison d'Afrique (1976, Editions Le Seuil, Paris) demeure, cependant, un témoignage important sur les conditions carcérales à Boiro.
Bref, quand on cite des auteurs, il faut d'abord les avoir lus. Enfin Y. Bangoura parle des « déflatés » et de leurs familles à Conakry après la suite de la liquidation des entreprises. Mais je lui dis qu'il n'est pas besoin d'être, à cette date, sur place pour sentir et compatir aux difficultés économiques et sociales que nos compatriotes déflatés, chargés de familles, ont dû rencontrer, d'autant plus que dans ces entreprises tout le monde était avant 1984, salariés de l'Etat quel qu'ait été le bilan économique et financier.
Pour terminer, je dis à Traoré qu'il se rassure, les mémoires dont il parle, seront publiés si Dieu le veut.
Ansoumane Doré
Dijon, France
![]()