Souley Tchanguel Jeudi, 13 Novembre 2014 19:56
Ce matin, je veux vous raconter l’histoire d’un pauvre garçon méprisé des Dieux. C’est l’histoire d’un garnement abandonné des anges merveilleux. Parce qu’il s’agit bien d’un jeune homme dont Mahomet n’est pas du tout amoureux. Autrement, ni Mahomet, ni les anges, ni Dieu ne lui auraient inspiré des mots aussi peu valeureux. C’est l’histoire donc d’un égaré qui voulait prouver qu’il était courageux. Le voilà qui crâne au sommet d’une radio pour distiller son discours vaniteux. Le cœur en fête et le corps pompeux, il lâche à tour de langue tout ce que son être retient de fallacieux. Parce que le débat doit être libre et dédaigneux, il ne se contente pas de jouer le critique venimeux. Il déborde et aborde des flancs plutôt vertigineux. Lui n’est pas petit peureux à remuer sept fois la langue avant de débiter des cancans injurieux. Lui, tout ce qui lui passe par la tête mérite qu’on l’amplifie jusqu’aux cieux. Fallait qu’il prouve à tous qu’il peut venir dans une famille et cracher dans la gueule du vieux. Critiques acerbes ne suffisent plus pour démontrer qu’il est valeureux. Il y ajoute volontiers injures d’un autre âge dans un ton belliqueux. Il traite le chef de famille d’impoli et de menteur avec un appétit généreux. Entre temps, le courroux familial enfle dans les salons et dans tous les milieux miteux. La colère marche dans les ruelles pour venir à la croisée du teigneux. Sa bagnole fait les frais de la révolte de jeunes fiévreux.
Du carrosse rutilant elle passe à carcasse de fer rouillé et crasseux. Après cette entrée, on cherche le courageux pour confronter son courage à la détermination des fiévreux. On estime qu’il faut qu’il ravale ses mots de caniveaux bouseux. On exige qu’il les remplace par des propos plus respectueux. Il devra son salut à des sauveurs qui se révèleront plus tard geôliers malicieux. Si en insultant le père de famille, il ne risquait que de voir sa caisse passer par le point poussiéreux, pour les tontons flingueurs douteux, quand le père du père souffre de propos outrageux, la place du chantre de l’outrage est dans un cachot ténébreux.
Pendant ce temps, dehors, des spécialistes de tintamarre rivalisent de raisonnements tumultueux. Des gueulards quotidiens aux raccourcis tortueux nous servent leur soupe insipide aux condiments curieux. Ils n’ont pas encore écouté les discours fumeux qui ont provoqué l’ire des furieux, qu’ils commencent déjà à se fendre d’analyses qui soulèvent un grabataire de son pieux. On sort les grandes phrases et on joue les intellos lumineux et aux moralisateurs vénéneux. Chaque phrase est ponctuée de qualificatifs scandaleux. On veut prouver à ceux qu’on tape tous les jours qu’on peut avoir pour leur adversaire des coups de poings aussi juteux. On parle de liberté d’expression bâillonnée avec un ton aussi professoral qu’ennuyeux. Tous les avis concourent dans la même direction avec un sens de l’équilibre aussi ignoré que frileux. L’impression qui se dégage de ces prises de parole est que cette « bourde » est une aubaine qu’attendaient nos calamiteux.
A écouter tout ce qui se dit autour de cette question dans nos espaces publics sérieux, quelques questions hantent mon esprit douteux : sur quelle base tangible se fondent les analyses qui confondent les brûleurs de bagnoles avec des militants d’un parti qui est ici hors-jeu ? Sous prétexte que c’est le fief du parti au baobab ombrageux, tout ce que s’y passe en fait forcément le responsable direct à nos yeux ? A quel endroit trace-t-on la limite du militant et du parent nerveux? A-t-on la preuve que cette horde déferlant sur le parolier pouilleux, trempé de son verbiage pisseux, n’était pas de simples citoyens révoltés par l’outrage malencontreux contre leur père national qu’on a voulu habillé de manteaux honteux ? S’est-on posé quelques questions sur la mortalité de la supposée victime avant ces soutiens démagogiques et vicieux ? Que vaut la parole diarrhéique d’un repris de justice face à un père de famille respectable et silencieux ? La liberté d’expression veut-elle dire qu’on peut insulter à tout va n’importe qui sans attendre un retour de bâton bien vigoureux ?
Rappelons-le pour ceux qui sont spécialistes des raccourcis et des verbes sinueux ; ceux qui seront prompts à nous faire dire ce que nous n’avons pas dit au mieux; ceux qui sont plus intelligents que nous et nous gavent de leurs raisonnements boiteux. Rappelons-leur que personne ne doit être inquiété pour son opinion, son avis qu’il soit satanique ou pieux. Chacun doit dire tout haut ce qu’il pense tout bas, vieux, quitte à faire des aigris ou des envieux. Mais pour autant, le respect doit être une composante majeure de l’affirmation de ce droit que nous voulons parfois rugueux. Oui aux mots durs et douloureux, mais non aux insanités qui touchent la dignité dans un élan piteux. Dans ce cas de figure, on ne fera pas que des heureux et le porteur de la parole insolente pourrait bien être malheureux. Une dernière chose à tracer dans mon tableau prétentieux : quand au Fouta on traite son ami d’impoli joyeux, ce n’est pas à lui qu’on adresse ce mot crépitant de mille feux. C’est dire clairement que ses parents n’ont pas fait leur travail d’éducateurs sérieux. Une fois que t’as lâché ce terrible aveu, tu serais beaucoup trop con de t’attendre à des petits bisous baveux. Moi aussi une fois que j’ai donné ma conne et prétentieuse petite leçon de morale, il ne me reste plus qu’à fermer ma gueule et je dégage!
Souley Tchianguel
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