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Pouvoir/opposition : redouter un autre septembre sanglant !

Thierno Fodé Sow  Mercredi, 21 Septembre 2011 22:59

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SOW_Thierno_Fod_3_01S’achemine-t-on tout droit et devant les yeux complaisants des ‘’barbes blanches et leur rabbannaa’’ vers un autre septembre sanglant avec la détérioration patente des rapports entre pouvoir sourd et dédaigneux et opposition raide morte en ressuscitation ? Cette hantise pour les uns et préoccupation pour les autres est actuellement au centre de nombreux débats politiques tant dans les bureaux que dans les taxis, bars, cafés et autres lieux publics.

Aujourd’hui, en effet avec l’effet d’annonce d’une descente de l’opposition dans les rues en Guinée et à l’étranger donne des sueurs froides à plus d’un Guinéen qui a vécu les affres des autres septembres sanglants enregistrés au pays. Le simple fait de prononcer le vocable – septembre – cela donne des frissons à certains. En effet (pour ne pas aller trop loin), depuis les attaques rebelles de 2000, des septembres sanglants se suivent et se ressemblent chez nous. Nul ne saura réellement combien il y a eu de morts, de disparus, etc. le long des frontières sud et sud-est de la Guinée. Les stigmates sont encore perceptibles à Guéckédou, Moussadou, Pamelap, Madina Oula, Farmoriah, etc. Des Guinéens y ont perdu leur vie et leurs vivres.

Comme si cela ne suffisait pas, un autre septembre a été vécu dans les chairs et dans les âmes. C’est celui du stade du 28 septembre : carnage. On nous parle d’au moins 150 morts, des cas de viols et des pillages en règle. Des corps n’ont jusqu’à présent pas été retrouvés. Certaines victimes tardent encore à se remettre faute de moyens financiers et/ou de soutien psychosocial. Voici aujourd’hui un autre septembre noir. Septembre de la présidentielle guinéenne censée être enfin plus démocratique, mais septembre des affrontements, d’escalade de la violence, septembre des clivages ethniques, septembre des divergences tout acabit, septembre ‘’des deal avec...’’, septembre du ‘’candidat de la mafia...’’, septembre de ‘’C’est Alpha qui a provoqué’’, ‘’C’est Cellou et sa horde de maffiosi’’. Bref, septembre des calomnies et des accusations mutuelles pour situer des responsabilités sur les violences préélectorales. Pour dire tout net, septembre sanglant. Les deux principaux acteurs ? Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo. Car, ce sont leurs militants qui s’affrontent et s’entredéchirent, au mépris du protocole de Ouaga. Comme bilan, on nous parle déjà d’un mort, d’actes de vandalisme, et de nombreux dégâts matériels, etc. Il aurait pu revenir à chacun de ces leaders de sensibiliser ses militants pour que cette présidentielle se passe sans encombres. C’est là aussi où se trouvent leurs responsabilités devant l’histoire. Pourtant à Ouaga, Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, même en chiens de faïence s’étaient engagés « à mener une campagne politique apaisée, dans le respect mutuel et conformément aux dispositions constitutionnelles et législatives en vigueur ainsi qu’au code de bonne conduite auquel ils ont adhéré, afin de préserver la cohésion et l’unité du pays. Ils prendront toutes les dispositions nécessaires pour que leurs militants fassent preuve de retenue lors de la campagne électorale. » La suite, chacun la connaît. La haine s’est attisée. Et elle s’est d’ailleurs muée par endroit en mépris et en déni.

Des hommes politiques se retrouvent aujourd’hui, près d’un an après, en collectif pour la finalisation de la transition. Une plateforme est soumise au gouvernement qui, par ailleurs, avait accepté de rencontrer Sidya et sa suite afin d’en finir avec cette très longue angoisse, doublée de haine grandissante. Les choses ont été laissées pourrir. Plus de dialogue nous dit-on. Et les jours à venir s’annoncent très décisives : l’opposition se bombe le torse et projette un mouvement à partir du 27 septembre – un jour avant l’an 2 des massacres dont s’est rendue coupable la junte d’un certain Dadis Camara qui s’était ‘’désolé’’ au vu de l’horreur commise par les siens et compagnie – jusqu’à la satisfaction de toutes ses revendications contenues dans un document soumis au gouvernement depuis des lustres.

De l’autre côté, le gouverneur de Conakry Resco Camara, rugit, sort ses dents et brandit la matraque. Comme il sait bien le faire. Il est soutenu en cela par le pouvoir qui, vraisemblablement, lui confère tous les pouvoirs. C’est-à-dire mâter et peut-être tuer sans discernement et puis trimbaler à la Justice ‘’les contrevenant aux lois en vigueur’’. Lois en vigueur vous avez dit ? Les lois républicaines confèrent pour autant aux politiques de manifester… pacifiquement. C’est d’ailleurs l’une des données fondamentales de la démocratie. Même en Thaïlande ou en Birmanie. Avec cet autre septembre aux effluves sanguinolentes et dont personne ne saurait maîtriser tous les contours, la timide et bancale réconciliation nationale, les libertés individuelles et collectives, etc. risquent de reprendre un sérieux coup. Par ricochet, écorner la démocratie naissante, version Alpha Condé. Un Alpha Condé réclamant de fait 40 ans de lutte pour la démocratie et la justice. Alors que la Guinée est en train de sombrer en un autre septembre, on n’entend plus aucun sage, encore moins une notabilité de quelque région que ce soit. Ils se transforment du coup en complices ou en témoins tacites. En lieu et place des ‘’Rabbanaa, aatinaa’’, c’est le moment d’étouffer dans l’œuf l’éventuel affrontement entre pouvoir et opposition, traditionnellement meurtrier. Il s’agit d’interpeller chacune des parties afin de réinstaurer le dialogue, l’incontournable dialogue pour décrisper la situation et surtout éviter aux Guinéens un nouveau bain de sang. Un de trop.


Thierno Fodé Sow


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