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Guinée : la République naufragée

Tibou Barry  Mercredi, 08 Octobre 2014 18:36

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BARRY_Tibou_01L’absurdité de placer la Guinée, sous prétexte d’urgence et de stabilité géopolitique, sous la tutelle d’un certain « opposant historique » avec une réputation surfaite mais qui au demeurant n’avait jamais été en mesure de gérer même une famille classique, encore moins d’occuper un emploi rémunéré excepté celui de tendre sa sébile à des tyranneaux africains pour sa subsistance, n’a fait que l’enfoncer un peu plus sous le joug de la pauvreté et des violences politiques récurrentes. Le spectacle désolant qu’offre aujourd’hui le pays en dépit de ses immenses potentialités humaines pour trouver en lui-même les valeurs, les ressorts et la dynamique de ce qu’il veut et doit être sur les plans institutionnel, économique, social et culturel, l‘a conduit en marche forcée vers un fatalisme stérilisant, une impasse politique et finalement un présidentialisme despotique.

Incapable de rentrer de façon efficace dans la compétition mondiale où tous les coups sont permis, sans état d’âme, le pays reste encore et toujours aux antipodes des aspirations légitimes d’un peuple qui voulait définitivement rompre avec le système suranné dans lequel il a été immergé depuis octobre 1958. La réalité que voient et vivent quotidiennement les Guinéens sonne alors comme une antinomie avec les slogans creux de « changement », et « Guinea is back » qui restent toujours au stade de concepts, de déclarations d’intention et autres effets d’annonce.

Dernier de la planète au point de vue indice global de compétitivité et de performance économique (144e sur 144), la Guinée ressemble alors fort bien à un théâtre avec des comédiens incompétents où tous les forts en gueule de la société civile, les crapules en treillis et les hommes liges comme Bernard Kouchner et Tony Blair sont recrutés avec des espèces sonnantes et trébuchantes pour infantiliser les Guinéens, les formater et les maintenir dans le statut peu envié d’imbéciles heureux.

Déjà, avant d’être intronisé président de tous les Guinéens (même des Donzos) à la suite d’une mascarade électorale tumultueuse et euphorique, « l’opposant historique » Condé Alpha s’était déjà enfermé dans une prison. Celle de son cœur. Un cœur gorgé de rancœurs étouffées, d’acrimonies, d’arrogance excessive, de mépris et de rejet pour tout ce qui ne rentre pas dans le sérail de sa vision. Résultat des courses, un atterrissage post électoral à plat ventre en rase campagne !!!

En effet, une fois aux commandes de l’Etat, les premiers actes posés en catimini ont prouvé qu’il avait opté pour une gestion à la fois solitaire et clanique du pouvoir dans une impréparation déconcertante. Les priorités crypto personnelles et familiales étant le gouvernail de son pouvoir, il avait juré la main sur le cœur d’utiliser le même logiciel à la fois maléfique et macabre du PDG (« reprendre la Guinée là où Sékou Touré l’a laissée ») et espérer avoir une nouvelle recette. Médusés ou du moins dubitatifs à l’instar de toutes les autres couches de la société guinéenne, les militants de la première heure du RPG assistent alors impuissants, à la mue de leur parti d’avant-garde en un parti-tribu. Un parti-Etat désormais restructuré sur le principe de la capture des fiefs et des bastions en agglutinant au passage les lugubres tortionnaires du PDG, les caciques du PUP et les satrapes du CNDD, tous prêts à toutes les compromissions et à toutes les bassesses au nom d’intérêts égoïstes. Evidemment, en tant que seul détenteur de « la tirelire unique » et des milliards qu’il brasse ostentatoirement, Ladji Alpha pouvait acheter à peu de frais une façade multiethnique à son parti-tribu. Par conséquent l’indigence politique, l’incurie, et le manque d’ingéniosité restent toujours de mise et en conformité avec les systèmes pervers qui ont géré le pays jusqu’à présent, avec la coordination mandingue qui monte en grade pour devenir un service d’ordre public, des membres de la société civile docilement inscrits aux abonnés absents et un noyau du pouvoir putride mais qu’on s’acharne désespérément à peaufiner et à faire briller.

In fine, l’Etat est devenue une mangeoire géante où ne sont conviés à s’empiffrer et à s’abreuver que la clientèle politique recasée, les coquins jumelés, les nouveaux riches retranchés dans des états-majors de partis politiques avec leurs butins, et les conseillers-griots pour marteler des dithyrambes dans le but d’entretenir l’illusion de promesses mirobolantes dont seul Ladji Condé garde encore jalousement le secret. L’enthousiasme du départ a cédé la place au plus grand désarroi. L’incompétence de Ladji Condé à travers sa gestion désastreuse d’Ebola, de Dakargate, des expéditions punitives de ses milices ethniques à Zogota, Saoro, Galapaye, Mamou, Cosa, Bembetto, Kankan, Siguiri, Guéckédou, etc. (excusez du peu), est devenue une évidence biblique même pour les gens de mauvaise foi.

Maintenant que le régime ne peut plus distraire grand monde avec sa stratégie de la calebasse vide pour tromper les chèvres, le peuple de Guinée quant à lui vit un drame loin des caméras. Le drame d’un peuple abandonné à lui-même, ignoré par les pouvoirs publics ou ce qui en tient lieu, déboussolé par la misère rampante, la corruption endémique, le clientélisme bon teint, les ravages d’Ebola, et la rhétorique ethnocidaire des faucons du RPG lors des messes basses du parti-Etat. Un peuple qui pour alléger le poids de ses doutes, angoisses et tourmentes s’est finalement tourné vers des charlatans et des maraboutiquiers mafieux qui lui vendent le paradis clés en main.

Ladite communauté internationale qui a jeté la manche après la cognée, les ivrognes Sékouba Konaté et Jean Marie Doré doivent impérativement présenter leurs excuses au peuple de Guinée pour nous avoir imposé le très « Président Démocratiquement Elu » mais aussi très limité, sans relief, ni charisme, dont la gouvernance est plombée de surenchères ethniques, de subterfuges et de ruses, de calculs et d’arrangements pour mettre en scène la culpabilisation de ceux qui subissent ses déboires de gestion pour mieux se dédouaner.

Cependant, ce ne sera pas un homme messianique avec sa baguette magique qui viendra nous réveiller de notre amnésie collective, nous jeter une bouée de sauvetage et desserrer l’étouffante emprise de la misère voulue et entretenue sur notre quotidien, notre environnement, nos us et coutumes. C’est au peuple de Guinée de puiser en lui-même et chez lui après de longues années d’exil au plus loin de son âme immortelle une automédication et une purge salvatrices pour mettre fin à ce douloureux épilogue de nuisance bien huilée dite « changement ». D’ici là, notre «Président Démocratiquement Elu» qui visiblement compte finir son mandat crépusculaire en flammes, est entrain de rassembler laborieusement avec le concours de ses faucons, coquins, affidés et vicaires, tous les ingrédients pour la marche inexorable du pays vers la « congolisation ». Il ne nous restera plus alors qu’à chanter et à danser comme les Congolais, la rumba « indépendance cha-cha… ».


Tibou Barry
Atlanta, Georgia, USA


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