Bakary Diakité Mercredi, 01 Octobre 2014 22:49
Le mythe fondateur de tous les mythes, est celui de l’ego, principal polluant de l’esprit humain.
L’Ignorance, ou le mythe du « moi » est le principal polluant de l’esprit humain, car c’est elle qui fait naître en nous l’égocentrisme.
Dans un article publié le 19/08/2014, M. Diallo Boubacar, dans une approche islamique de «l’ignorance liée au culte des mythes et des conséquences dans les relations », a brillamment démontré la vanité de plusieurs mythes qui nous enchainent et nous maintiennent dans les ténèbres :
Mais le mythe fondateur de tous ces mythes est celui de l’ego ou du « moi », qui est lui-même un mythe. En effet c’est l’ego qui, pour sa sécurité se protège en créant tous les autres mythes.
Je souhaite que nous analysions ensemble ce « moi » dans sa définition, dans sa structure, pour la simple raison que c’est l’ego qui détermine toute notre psychologie et tout notre comportement. C’est pourquoi, je voudrais que nous allions ensemble au fond de cette question de l’égo qui engendre l’égocentrisme.
L’Ignorance, ou le mythe du « moi » est le principal polluant de l’esprit humain, car c’est elle qui fait naître en nous l’égocentrisme. L’ethnocentrisme est une forme particulière de l’égocentrisme. Et nous voyons nous subissons les conséquences destructrices de cet ethnocentrisme sur notre société,. C’est ce qui est à l’origine de nos divisions et de nos conflits. C’est l’égocentrisme qui la source du fanatisme, du nationalisme, du régionalisme, de tous les sectarismes, de l’intolérance, de la violence.
Essayons donc de comprendre. Qu'est-ce que le moi? Que sommes-nous ?
La question n'étant pas qui nous sommes. Mais ce que nous sommes véritablement.
C’est l’éternelle question de la connaissance de soi.
« Lorsque tu te connais, ton ego illusoire est enlevé et tu n'es pas "Toi" alors que tu l'ignorais. Tu n'es qu'une bulle d'écume dans ce fleuve battu par la tempête ; une fois que tes yeux seront ouverts le monde t'apparaîtra comme un rêve. » Ibn El Arabi
« Chacun de nous a une image de ce qu’il croit être ou de ce qu’il voudrait être, et cette image nous empêche totalement de voir ce que nous sommes en fait. Nous sommes ce « moi », notre conscience et son contenu fait de désir-attachement, de jalousie, d’avidité, d’orgueil, de vanité, de colère-aversion, d’agressivité, de violence d’indifférence. Le "moi" n’est qu’un agglomérat d’angoisses, de plaisirs, de chagrins, de souffrance, d’attachements, de peurs dont celle de la mort. » Krishnamurti
Ego : identification, division, formatage
La pensée de l’ego crée des divisions entre les êtres humains, il y a clivage entre « moi » et autrui. Toutes les divisions résultent donc de l'ego. Force est de constater que le pouvoir en place cultive le sectarisme et la division. Il ne fait strictement rien pour une concorde nationale.
Dès qu’il y a division, il y a obligatoirement conflit, il y a violence. Regardons la société guinéenne d’aujourd’hui, la violence est partout, elle est endémique, elle a tué plus de compatriotes que le virus Ebola. Elle est le résultat de la division, pour ne pas dire de l’éclatement du tissu social. Cette violence est d’autant plus grande, qu’elle s’accompagne d’impunité, d’injustice et d’insécurité.
Par le processus de l’identification le « moi » prend toute sorte de visage : d’abord celui du « sentiment d’être », ce que le philosophe français Descartes a défini par la formule : « je pense, donc je suis ».
Le « moi » est un fantôme à multiple visages, par le processus de l’identification. Ce moi a sa source dans un formatage de notre mentalité. L’ego a une réelle propension à s’assimiler à tout ce qui le sécurise. Ainsi il s’identifie à la personne, à l’âge, au sexe, au pays, au continent, à la ville, voire au quartier, à la culture, à la religion, à la profession, à la croyance.
L’ego n’est rien d’autre qu’un paquet d’habitudes et de conditionnements. C’est un véritable formatage de notre esprit. Nos malheurs, nos conflits, notre souffrance viennent de notre propension à vouloir nous identifier forcément à quelque chose : l’ethnie, le clan, le parti, la religion, la race…
Lorsque nous critiquons un parti politique en présence d’un de ses adhérents ou sympathisants, ou lorsque nous parlons des travers d’une religion à certains de ses fidèles, nous voyons tout de suite les réactions qui ne se font pas attendre, comme si l’individu était le porte-parole ou le gardien de cette institution.
Nous sommes des otages volontaires d’institutions ou d’organisations diverses : politique, ethnique, régionale, religieuse, j’en passe, qui nous font croire qu’elles vont nous aider à résoudre nos problèmes.
Le président Alpha Condé est malinké ; est-ce pour autant qu’il règle les problèmes de tous les Malinkés ? Bien sûr que non !
Pour moi, le problème majeur de notre pays, est désormais la grande division ethno-régionale. Je reste persuadé qu’il ne pourra y avoir aucun décollage socio-économique tant qu’il y aura cette division de la société guinéenne. Aucune élection ne pourra régler cette déchirure du tissu social, au contraire.
Est-il possible qu’un Guinéen observe son égocentrisme, son ethnocentrisme pour pouvoir les dépasser ? Est-il possible que les leaders politiques, à commencer par le président de la République, mettent la Guinée au-dessus de leur ego ?
Aujourd’hui, si nous Guinéens voulons un vrai changement dans notre pays, nous devons procéder à une véritable Révolution psychologique, c’est-à-dire un changement radical dans nos mentalités ! Ce changement fondamental de mentalité consisterait à ce que chaque Guinéen se remette en question, en s’observant attentivement et en voyant ce que nous sommes dans la réalité des faits, dans nos relations aux autres compatriotes. La crise qui sévit dans notre pays est profonde, car elle est politique, religieuse, culturelle. Cette crise est au fond de nos cœurs, de notre esprit et de notre conscience ! Cette crise majeure résulte de notre égoïsme et de notre égocentrisme. Nous autres Guinéens avons besoin d'un changement mental radical, une vraie révolution psychologique pour faire taire nos ego ethnique ou politique face aux enjeux nationaux.
C’est un véritable défi que nous devons tous relever, chacun à son niveau, ici et maintenant. Ne tombons pas dans l’argumentaire facile de dire que « c’est long de changer les mentalités ». Ceci n’est pas exact, il s’agit d’être réellement conscient du mal que nous sommes en train de nous faire à nous-mêmes et au reste du monde ! Chacun doit prendre conscience de son niveau d’égoïsme, d’ethnocentrisme pour y mettre fin.
« L’intelligence, n’est pas l’aptitude au maniement habile d’arguments, de concepts, ce n’est pas non plus la mise en actes de la pensée.
Il n’y a d’intelligence qu’en la connaissance de soi, en la profonde compréhension du processus total de soi-même. Sans la connaissance de soi, toute notre expérience engendre l'illusion.
Sans la connaissance de soi, nous ne pouvons guère réaliser, ni notre propre bonheur, ni le bonheur d’autrui »
Vive la paix.
Vive la Guinée.
Dr. B. Diakité
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