Moussa Bella Barry Samedi, 27 Septembre 2014 16:26
Je dis d’emblée que je ne me risquerai pas à définir les termes « une indifférence immorale ». Je préfère laisser leurs définitions à l’interprétation subjective de chacun. Mais je jargonne tout de même : nous Guinéens, nous avons la mémoire courte, même très courte, puisque nous vivons la déliquescence de l’Etat au quotidien dans une indifférence d’immoralité absolue. Hypocritement à chaque fois qu’il y a des crimes, nous nous attristons en ouvrant des enquêtes qui ne se referment jamais. Toutefois nous devrions savoir que, par ces pratiques qui ne devraient pas être celles d’un Etat de droit, chaque crime impuni mortifie un peu plus l’autorité de l’Etat. Dieu sait qu’il existe beaucoup de crimes impunis en Guinée. Chacun de nous pense que le malheur n’arrivera qu’aux autres. Or, l’Etat de droit ne peut se faire en dehors des valeurs, des normes connues et admises par tous. Les divers crimes perpétrés à travers les différents endroits de la Guinée nous prouvent éloquemment les brutales conséquences de la débilité de l’Etat partial. Malgré cet état de fait, nous refusons perfidement de dénoncer et de nous opposer collectivement à ce désastre national par imbécilité clanique, et/ou à cause des âneries politiciennes.
Les kalaches des grands criminels parrainés, les armes des bandits de grand chemin et des petits délinquants, les hommes à accoutrements particuliers et munis de fusils de chasse et flèches se domiciliant dans nos villes, le regard-rouge-sang des milices tueuses, tout ce cocktail mélangé à l’expression gratuite de violences verbales tenues lors des meetings politiques par les entrepreneurs d’ethnocentrisme, ont créé un produit toxique que nous avons semé pour certains et laissé semer pour d’autres. Avant Womey, nous avons constaté la nuisance de ce produit toxique à Siguiri, à Kouroussa, à Labé, à Ratoma, à Zogota, …, la liste des crimes impunis est très longue.
Ces produits toxiques semés en ville et en campagne dans une totale impunité font que les communautés rurales et urbaines, tous les groupes sociaux du pays affichent un entier désintéressement au lien avec les institutions républicaines. Le laxisme des hommes de loi alimente cette indifférence de la population. Surtout le certificat gratuit pour tordre le cou à la justice, a contribué davantage à délégitimer les institutions de la République et à la déliquescence de l’Etat.
Le handicap majeur de l’Etat de droit en Guinée est né de la volonté de vouloir gouverner en fonction des besoins singuliers des hommes d’en haut, et selon des plans totalement étrangers aux angoisses des hommes d’en bas. Beaucoup pensent dans un pays, comme le nôtre, qui ne vit pas par le salaire mais plus par la distribution, qu’on ne trouvera la réponse à la frustration de la population que dans l’Etat impartial, au sein duquel les droits et devoirs sont partagés au sens fort sans discrimination, en reconnaissant surtout la capacité de l’autre, fût-il ton pire ennemi. C’est ce qui va encourager la majorité de la population de se reconnaitre dans l’Etat et à légitimer ses institutions.
Je me donne la liberté d’écrire que notre descente en enfer est due entre autres, d’un côté, au fait qu’Alpha Condé n’avait pas eu un programme circonstancié de gouvernement avant de prendre le pouvoir, tout comme d’ailleurs les autres candidats aux dernières élections présidentielles. C’est pourquoi nous avons du mal à voir où nous mène le gouvernement. Mais aussi l’opposition, qui devrait être un recours, manque cruellement de repères, de capacité d’analyse et d’anticipation pour nous donner une alternative de réponses sur des questions essentielles de gouvernement. Au lieu d’agir, l’opposition réagit aux ratés du régime en se limitant à certaines déclarations fracassantes, sans prendre d’initiatives perceptibles.
De l’autre côté les intellectuels, les consciences nationales, la société civile brillent par leurs absence devant la tragédie nationale, en laissant la place aux médias. Quoique nos critiques soient quelquefois amères envers les médias, ils constituent le véritable contrepouvoir et l’espace d’échange et d’expression pour les citoyens.
Chez nous, les partis politiques et les pouvoirs publics misent plus sur l’ethnie, le clientélisme et la pratique de la corruption que sur la recherche de l’adhésion de la population à leurs projets de société. Mais la pire de ces pratiques est l’utilisation de la force en lieu et place de la recherche de l’adhésion aux visions qu’on soutient. Ces pratiques sont héritées des commandements de la période coloniale que nos princes cherchent à recycler pour imposer les mobilisations et les recrutements politiques dans les communes et districts.
Nos monarques sont incapables d’adapter leurs visions à notre monde moderne. Par la dégradation des mœurs et à l’aide des billets de banque soustraits frauduleusement des caisses de l’Etat en guise de corruption, contrairement à nos habitudes, les patriarches chefs de clan, les religieux et les notabilités font cause commune avec les partisans de la démagogie politique et des entrepreneurs d’ethnocentrisme. C’est pourquoi pour atteindre le stade d’un l’Etat de droit, la Guinée d’aujourd’hui a besoin d’un Etat fort pour faire assoir des institutions démocratiques fortes contre certaines pratiques qui pervertissent certaines personnes.
Moussa Bella Barry
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