Une indifférence immorale : crimes et impunité en Guinée

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BARRY_Moussa_Bella_01Je dis d’emblée que je ne me risquerai pas à définir les termes « une indifférence immorale Â». Je préfère laisser leurs définitions à l’interprétation subjective de chacun. Mais je jargonne tout de même : nous Guinéens, nous avons la mémoire courte, même très courte, puisque nous vivons la déliquescence de l’Etat au quotidien dans une indifférence d’immoralité absolue. Hypocritement à chaque fois qu’il y a des crimes, nous nous attristons en ouvrant des enquêtes qui ne se referment jamais. Toutefois nous devrions savoir que, par ces pratiques qui ne devraient pas être celles d’un Etat de droit, chaque crime impuni mortifie un peu plus l’autorité de l’Etat. Dieu sait qu’il existe beaucoup de crimes impunis en Guinée. Chacun de nous pense que le malheur n’arrivera qu’aux autres. Or, l’Etat de droit ne peut se faire en dehors des valeurs, des normes connues et admises par tous. Les divers crimes perpétrés à travers les différents endroits de la Guinée nous prouvent éloquemment les brutales conséquences de la débilité de l’Etat partial. Malgré cet état de fait, nous refusons perfidement de dénoncer et de nous opposer collectivement à ce désastre national par imbécilité clanique, et/ou à cause des âneries politiciennes.

Les kalaches des grands criminels parrainés, les armes des bandits de grand chemin et des petits délinquants, les hommes à accoutrements particuliers et munis de fusils de chasse et flèches se domiciliant dans nos villes, le regard-rouge-sang des milices tueuses, tout ce cocktail mélangé à l’expression gratuite de violences verbales tenues lors des meetings politiques par les entrepreneurs d’ethnocentrisme, ont créé un produit toxique que nous avons semé pour certains et laissé semer pour d’autres. Avant Womey, nous avons constaté la nuisance de ce produit toxique à Siguiri, à Kouroussa, à Labé, à Ratoma, à Zogota, …, la liste des crimes impunis est très longue.

Ces produits toxiques semés en ville et en campagne dans une totale impunité font que les communautés rurales et urbaines, tous les groupes sociaux du pays affichent un entier désintéressement au lien avec les institutions républicaines. Le laxisme des hommes de loi alimente cette indifférence de la population. Surtout le certificat gratuit pour tordre le cou à la justice, a contribué davantage à délégitimer les institutions de la République et à la déliquescence de l’Etat.

Le handicap majeur de l’Etat de droit en Guinée est né de la volonté de vouloir gouverner en fonction des besoins singuliers des hommes d’en haut, et selon des plans totalement étrangers aux angoisses des hommes d’en bas. Beaucoup pensent dans un pays, comme le nôtre, qui ne vit pas par le salaire mais plus par la distribution, qu’on ne trouvera la réponse à la frustration de la population que dans l’Etat impartial, au sein duquel les droits et devoirs sont partagés au sens fort sans discrimination, en reconnaissant surtout la capacité de l’autre, fût-il ton pire ennemi. C’est ce qui va encourager la majorité de la population de se reconnaitre dans l’Etat et à légitimer ses institutions.

Je me donne la liberté d’écrire que notre descente en enfer est due entre autres, d’un côté, au fait qu’Alpha Condé n’avait pas eu un programme circonstancié de gouvernement avant de prendre le pouvoir, tout comme d’ailleurs les autres candidats aux dernières élections présidentielles. C’est pourquoi nous avons du mal à voir où nous mène le gouvernement. Mais aussi l’opposition, qui devrait être un recours, manque cruellement de repères, de capacité d’analyse et d’anticipation pour nous donner une alternative de réponses sur des questions essentielles de gouvernement. Au lieu d’agir, l’opposition réagit aux ratés du régime en se limitant à certaines déclarations fracassantes, sans prendre d’initiatives perceptibles.

De l’autre côté les intellectuels, les consciences nationales, la société civile brillent par leurs absence devant la tragédie nationale, en laissant la place aux médias. Quoique nos critiques soient quelquefois amères envers les médias, ils constituent le véritable contrepouvoir et l’espace d’échange et d’expression pour les citoyens.

Chez nous, les partis politiques et les pouvoirs publics misent plus sur l’ethnie, le clientélisme et la pratique de la corruption que sur la recherche de l’adhésion de la population à leurs projets de société. Mais la pire de ces pratiques est l’utilisation de la force en lieu et place de la recherche de l’adhésion aux visions qu’on soutient. Ces pratiques sont héritées des commandements de la période coloniale que nos princes cherchent à recycler pour imposer les mobilisations et les recrutements politiques dans les communes et districts.

Nos monarques sont incapables d’adapter leurs visions à notre monde moderne. Par la dégradation des mœurs et à l’aide des billets de banque soustraits frauduleusement des caisses de l’Etat en guise de corruption, contrairement à nos habitudes, les patriarches chefs de clan, les religieux et les notabilités font cause commune avec les partisans de la démagogie politique et des entrepreneurs d’ethnocentrisme. C’est pourquoi pour atteindre le stade d’un l’Etat de droit, la Guinée d’aujourd’hui a besoin d’un Etat fort pour faire assoir des institutions démocratiques fortes contre certaines pratiques qui pervertissent certaines personnes.

 

Moussa Bella Barry


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Commentaires  

 
0 #12 Africain 29-09-2014 08:32

Citation en provenance du commentaire précédent de Tut:
@ Africain(...), c’est trop vague et ambiguë pour moi.

Comme l'est le pseudo, pardon l'entité TUT pour moi aussi.
Bonne journée.
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+5 #11 Tut 28-09-2014 13:51

@ Africain j’aime les débats mais franchement ça sert à quoi de répondre a une entité? Africain, c’est trop vague et ambiguë pour moi.
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-4 #10 Africain 28-09-2014 12:11

Citation en provenance du commentaire précédent de Tut:
Un bon texte, malheureusement, les guinéens sont mal barrés parce que nous sommes conditionnés à percevoir les choses de façon sélective en accordance à l'identité ethnique. Il est temps d’éviter le nombrilisme et surtout d’apprendre de nos expériences. Nos expériences doivent maintenant servir au mieux (Fadji Dih, pap soul). Vous avez bien dit « Chacun de nous pense que le malheur n’arrivera qu’aux autres,» quand un peul parle des victimes guinéennes, on dit « il se victimise ». Quand un sousou parle de justice, on dit « il veut que tous les malinkés se retrouvent en prisons ». Quand un forestier parle de dictature, on dit qu’il « s’attaque aux malinkés ». Quand un malinké parle de réconciliation nationale, on dit « il ne veut pas que ses parents dictateurs se retrouvent en prison » comme si tous les malinkés étaient des dictateurs. On dit nous voulons « justice avant réconciliation » … Pititi Patata, blah blah…. Le débat est devenu tellement polarisé qu’il nous faut une face a face pour se faire respecter et surtout pour nettoyer la maison Guinée

Mort de rire.
Vous êtes bien drôle cher Monsieur même si vous faites semblant de nos rapporter des dires ou des fantasmes ethnico politiques d’une bonne partie des « locataires » ou « commentateurs » de ce site internet .
Autrement, elle est étrange l’attention particulièrement réservée aux malinkés dans ce commentaire :
1. Citation en provenance du commentaire précédent de Tut:
…on dit « il veut que tous les malinkés se retrouvent en prisons ». ..

2. Citation en provenance du commentaire précédent de Tut:
…. Quand un forestier parle de dictature, on dit qu’il « s’attaque aux malinkés ». ..

3. Citation en provenance du commentaire précédent de Tut:
… Quand un malinké parle de réconciliation nationale, on dit « il ne veut pas que ses parents dictateurs se retrouvent en prison » … Guinée

En me référant de ces points et le contenu du reste de votre commentaire, on ne parlement pas de débat polarisé, mais plutôt les « malinkés et les autres » l’inverse des « peuls et les autres » de BDT.
Et votre conclusion est sublime :
Citation en provenance du commentaire précédent de Tut:
Le débat est devenu tellement polarisé qu’il nous faut une face a face pour se faire respecter et surtout pour nettoyer la maison Guinée

Qu’elle est belle la communication quand elle est écrite de la sorte.
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+4 #9 Gandhi 28-09-2014 11:58

Citation en provenance du commentaire précédent de Africain:
quand l’opposition tient des discours (à l’absence de tout projet politique) aussi condamnables que celui tenu par CDD à Chicogo, c’est le silence total (suivez mon regard). Si la même ritournelle venait du camp politique d’en face on cri au génocide.

Vous n'avez toujours pas compris que CDD n'a jusqu'à présent tué ou fait tué personne, au-delà de son discours traduit dans le sens qui vous arrange. AC en tant que Ministre de la défense est responsable de la mort de plus de 500 Guinéens. Quand vous comprendrez cette nuance (ce sera difficile), peut-être serez-vous audible.
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-7 #8 Africain 28-09-2014 10:54

Messieurs,
Si vous pensez que vos citations universitaires à la Gassama (ministre des Droits de l’Homme) peuvent ou vont changer la situation...pour ainsi reprendre, un slogan publicitaire dans les métros parisiens, ça saurait.
Commencez à vous imposer vous-mêmes une certaine rigueur à la hauteur de nos problèmes : politiques, économiques et ethniques pour ne pas dire de vivre ensemble. Et vous êtes loin du cas. Un exemple, quand l’opposition tient des discours (à l’absence de tout projet politique) aussi condamnables que celui tenu par CDD à Chicogo, c’est le silence total (suivez mon regard). Si la même ritournelle venait du camp politique d’en face on cri au génocide.
Citation en provenance du commentaire précédent de l’auteur:
… De l’autre côté les intellectuels, les consciences nationales, la société civile brillent par leurs absence devant la tragédie nationale, en laissant la place aux médias. Quoique nos critiques soient quelquefois amères envers les médias, ils constituent le véritable contrepouvoir et l’espace d’échange et d’expression pour les citoyens..

Il va falloir revoir notre processus démocratique qui est calqué sur celui des occidentaux et redéfinir le ou les rôle (s) des médias. Je me permets de vous rappeler que les médias constituent dans le processus démocratique des grands pays dits « démocratiques », tantôt un véritable contrepouvoir et tantôt des nervis du pouvoir surtout quand il s’agit de la politique extérieure du pays. Les intellectuels, les consciences nationales, la société civile ont aussi leurs rôles dans ces pays, mais ils restent limités par rapport à ceux des médias et la démocratie guinéenne quoique balbutiante se trouve aujourd’hui dans la même posture.
Par ailleurs, quels intellectuels et quelles consciences nationales vous voulez nous parlés ici ?
Il y en a pas en Guinée ou du moins ils se courent pas les rues.
@ Gandhi,
Tous les internautes savent que vous êtes disponible et seule l’UFDG ignore cela.
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+6 #7 Tut 28-09-2014 10:17

Un bon texte, malheureusement, les guinéens sont mal barrés parce que nous sommes conditionnés à percevoir les choses de façon sélective en accordance à l'identité ethnique. Il est temps d’éviter le nombrilisme et surtout d’apprendre de nos expériences. Nos expériences doivent maintenant servir au mieux (Fadji Dih, pap soul). Vous avez bien dit « Chacun de nous pense que le malheur n’arrivera qu’aux autres,» quand un peul parle des victimes guinéennes, on dit « il se victimise ». Quand un sousou parle de justice, on dit « il veut que tous les malinkés se retrouvent en prisons ». Quand un forestier parle de dictature, on dit qu’il « s’attaque aux malinkés ». Quand un malinké parle de réconciliation nationale, on dit « il ne veut pas que ses parents dictateurs se retrouvent en prison » comme si tous les malinkés étaient des dictateurs. On dit nous voulons « justice avant réconciliation » … Pititi Patata, blah blah…. Le débat est devenu tellement polarisé qu’il nous faut une face a face pour se faire respecter et surtout pour nettoyer la maison Guinée
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-4 #6 shams deen 28-09-2014 10:13

Citation en provenance du commentaire précédent de Sylla democrate:
Quelqu'un sur ce forum comprend les comments de Shams deen? Il dit qu'alpha semblait neuf a plus de 75 ans et apres avoir mis en faillite une societe commerciale. Ce qui est sur, sans la justice, il n'y aura pas de paix. On ne le souhaite pas, mais personne ne sera etonne de voir la Guinee dans une situation chaotique comme en CI il y a quelques annees.

Mr Sylla
Nous n'avons pas les memes échelles de valeurs ,vous êtes plutôt un arithméticien alors je regarde ailleurs.
Oui Alpha dans la gestion d'un pan de l'Etat ou l’État tout court était neuf alors que les autres avaient presque tous été responsables mêmes partiellement de l’État.
De toutes les façons,du moment que votre soucis premier est de savoir combien de "capteurs indus" figure sur une liste ,il faut bien comprendre que vous ne comprendrez pas la moindre virgule de moi.
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+6 #5 Sylla democrate 28-09-2014 01:42

Quelqu'un sur ce forum comprend les comments de Shams deen? Il dit qu'alpha semblait neuf a plus de 75 ans et apres avoir mis en faillite une societe commerciale. Ce qui est sur, sans la justice, il n'y aura pas de paix. On ne le souhaite pas, mais personne ne sera etonne de voir la Guinee dans une situation chaotique comme en CI il y a quelques annees.
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-3 #4 shams deen 28-09-2014 00:08

Amenofis
J'ai personnellement note la première partie du paragraphe qui concerne surtout l’absence d'un programme circonstancie chez Alpha.
J'aurai vraiment prefere qu'il réussisse pas pour etre meilleur par rapport aux autres mais parce qu'il semblait neuf ,je rêvai d' ETAT responsable mais nous sommes maintenant en droit de craindre la libysation du pays.
Je crois que la gestion du pouvoir et l’opacité ne peuvent pas avoir un bon résultat.
Je me pose toujours la question sur l’absence de l'ETAT chez nous.
La gestion SIDYA ne m'a pas trop convaincu parce qu'il est arrive pendant que le pays n’était aussi pauvre ,consulter les chiffres d'alors vous verrez que CONTE avait mieux su gérer avant les événements du 2 & 3 fevrier qui l'on oblige de se retiré de la gestion réelle du pays en laissant les ministres décidés pour la plus part du temps.
Bon chacun a son avis sur notre passé récent.
Mon probleme aujourd'hui est que le plus grand nombre de guineens connaissent la prospérité tant chantee et rêvée même.
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+6 #3 Gandhi 28-09-2014 00:03

"les intellectuels, les consciences nationales, la société civile brillent par leurs absence devant la tragédie nationale, en laissant la place aux médias", dit Mr Barry.
La seule manière d'agir est de s'organiser pour monter des dossiers (avec des preuves) et agir judiciairement, sans se préoccuper du résultat dans un premier temps, la persévérance permettant d'aboutir. Car pas de dossier, pas de décision judiciaire.
Il reste à la société civile de trouver des volontaires et des moyens financiers pour faire ce minimum. Comme je l'ai dit plus d'une fois, je suis disponible.
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+3 #2 Amenofils 27-09-2014 21:44

Citation en provenance du commentaire précédent de shams deen:
"Je me donne la liberté d’écrire que notre descente en enfer est due entre autres, d’un côté, au fait qu’Alpha Condé n’avait pas eu un programme circonstancié de gouvernement avant de prendre le pouvoir, tout comme d’ailleurs les autres candidats aux dernières élections présidentielles. C’est pourquoi nous avons du mal à voir où nous mène le gouvernement. Mais aussi l’opposition, qui devrait être un recours, manque cruellement de repères, de capacité d’analyse et d’anticipation pour nous donner une alternative de réponses sur des questions essentielles de gouvernement. Au lieu d’agir, l’opposition réagit aux ratés du régime en se limitant à certaines déclarations fracassantes, sans prendre d’initiatives perceptibles"
De mon point de vu ce paragraphe resume tout,il faut craindre la LIBYSATION OU SOMALISATION DU PAYS.
Nous ne ne sommes pas très loin de la Libye de feu kadafi

Shamas Deen,
Même si l'opposition à un programme, ou peut - elle le divulguer ? A la RTG? Non
On ne peut mettre cette opposition dans la même assiette que le pouvoir actuel !
Nous avons vu Sydia Toure à l'œuvre et tout le monde en a un bon souvenir.
Tous les leaders de l'opposition savent c'est quoi travailler ! Initier un projet et le voir aboutir !
Tous les leaders de l'opposition connaissent la Guinée et savent que ce pays est particulier et doit être équilibrer dans les 4 régions naturelles de la Guinée pour les nominations.
Alors ne mettons pas pouvoir et opposition dans le même panier !
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+1 #1 shams deen 27-09-2014 16:58

"Je me donne la liberté d’écrire que notre descente en enfer est due entre autres, d’un côté, au fait qu’Alpha Condé n’avait pas eu un programme circonstancié de gouvernement avant de prendre le pouvoir, tout comme d’ailleurs les autres candidats aux dernières élections présidentielles. C’est pourquoi nous avons du mal à voir où nous mène le gouvernement. Mais aussi l’opposition, qui devrait être un recours, manque cruellement de repères, de capacité d’analyse et d’anticipation pour nous donner une alternative de réponses sur des questions essentielles de gouvernement. Au lieu d’agir, l’opposition réagit aux ratés du régime en se limitant à certaines déclarations fracassantes, sans prendre d’initiatives perceptibles"
De mon point de vu ce paragraphe resume tout,il faut craindre la LIBYSATION OU SOMALISATION DU PAYS.
Nous ne ne sommes pas très loin de la Libye de feu kadafi
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