Thierno Aliou G. Diallo Dimanche, 21 Septembre 2014 20:38
De quelle Guinée me parle-t-on ?
Dans un pays démocratique chaque citoyen a le droit de regard et de critique sur les affaires de son pays. C’est un droit élémentaire que l’Etat et les lois de la République doivent garantir à ses citoyens sans aucune restriction. Ce droit élémentaire est bafoué en Guinée. Pourtant à en croire les représentants de la Nation, la Guinée est bien un Etat de démocratie où les lois de la République seraient respectées et orienteraient la conduite de tous les citoyens. Quand j’entends ces psalmodies, je me demande souvent de quelle Guinée on me parle. De la Guinée Bissau ? De la Guinée Equatoriale ? Ou peut-être me parle-t-on de la Nouvelle-Guinée ? Non sûrement pas de la Nouvelle-Guinée, l’Océanie trop loin et éloignée pour que l’on parle d’elle et puis à ce que je sache, personne n’a encore signalé la présence des papous ou d’aborigènes en Afrique. Si ce n’est pas de la Nouvelle-Guinée dont on loue l’exemplarité démocratique, peut-être me parle-t-on de la Guinée voisine. Mais non, la Guinée Bissau n’est pas une nation démocratique, ça j’en suis sûr. En plus, ils parlent portugais ou « portoguessi comme disait ma grand-mère. Finalement, je me dis qu’ils nous parlent peut-être des Equato-guinéens. Là aussi problème, la Guinée Equatoriale n’est pas une nation démocratique. Non je ne rêvais pas alors, on me parle bien de ma Guinée Conakry. La Guinée de Sékou Touré, de Lansana Conté, de Moussa Dadis Camara et d’Alpha Condé, des hommes qui sont ou étaient tout sauf des démocrates.
Même si militer est un droit élémentaire de même que critiquer. Et que chaque citoyen est libre de militer pour qui il veut. Pour moi dire la vérité, est un devoir qui incombe tout citoyen, un devoir qui doit transcender tous les égocentrismes car il y va de l’intérêt de toute la nation.
Certains diront ici qu’il ne sert à rien de critiquer dans un Etat où les responsables sont sourds et muets puisque les citoyens sont formatés avant leur naissance. A ceux-là, nous répondrons que nous n’aurons de cesse lorsque ce pays ne revendiquera plus ce qu’il n’est pas et sera ce que les citoyens attendent qu’il soit c’est-à-dire une vraie nation démocratique pleinement investie dans la recherche de la justice, de la cohésion et du développement de ses citoyens. Aujourd’hui tout citoyen guinéen honnête qui aime la vérité et la Guinée, sait pertinemment que la Guinée n’est ni un pays démocratique ni un Etat de droit. Nous sommes un Etat informel dirigé par des hyènes davantage préoccupées de leurs intérêts singuliers que du sort des guinéens qu’ils sont censés protéger et améliorer les conditions de vie.
Nul besoin d’être sociologue, juriste, économiste ou politologue pour se rendre compte que la Guinée est une nation malade et agonisante. Vu l’ampleur des dégâts causées par nos politiques, nous avons dans l’urgence beaucoup plus besoin de psychiatres, de neuropsychologues et des cancérologues pour nous guérir de l’amnésie, de la crédulité, de la bêtise humaine mais surtout du cancer cérébral qui obstrue notre cerveau et nous empêche de voir la vérité.
Pourquoi nions-nous l’évidence avec tous les indices assez nombreux ?
Comme nous le disons nul besoin de faire des études de sociologie, de droit ou de sciences politiques pour démontrer que la Guinée n’est ni un pays démocratique ni un pays de droit. Je vais tenter de m’expliquer et cela de la manière la plus simple possible.
Premièrement, dans un pays démocratique l’Etat assure la sécurité de ses citoyens en appliquant les lois la République constituées à ce propos. En Guinée, l’Etat assure-t-il la sécurité des citoyens ? La réponse est non. Sinon comment expliquer que des crimes aussi graves qui soient, les tueries du stade de 28 septembre, les tueries survenues à N’Zérékoré, les incessantes tueries qui ont lieu pendant les manifestations, les tueries enregistrées à Siguiri pendant les élections présidentielles de 2010, les crimes de Womah et tous ceux que je n’ai pas cités ici, restent impunis en Guinée ? La réponse à cette question est simple, les crimes restent impunis parce que nous sommes dans un Etat géré par des arrivistes, des incompétents, des politiciens de bas étage pour qui l’impunité est un moyen pour se maintenir au pouvoir. Deuxièmement, dans un pays démocratique, l’Etat défend les intérêts supérieurs de la nation et rend de comptes à ses citoyens ? L’Etat guinéen défend-il les intérêts supérieurs de la Nation ? L’Etat nous rend-il compte sur la façon dont les ressources qui nous appartiennent tous, sont exploitées, investies et redistribuées ? A ces questions, les réponses sont malheureusement encore non. Si certains estiment que l’Etat le fait, qu’ils m’expliquent où sont passées tous ces milliards de dollars que les sociétés transnationales ont payé à l’Etat guinéen afin d’exploiter nos mines. Surtout que l’on ne me dit pas que cet argent a été investi pour développer notre pays, en sachant qu’en dépit de toutes ces sommes colossales nous n’avons toujours pas d’eau, d’électricité et de routes. Que l’on ne m’explique pas aussi que le container remplis de devises étrangères saisi par la douane sénégalaise n’a rien de scandaleux et que cela est une pratique courante à laquelle recourent plusieurs banques centrales. Si cette pratique est si légale comme l’a affirmé la Banque centrale, pourquoi, l’Etat guinéen a attendu que l’affaire soit rendue publique par les médias étrangers pour communiquer sur l’existence de telles pratiques ? L’Etat n’a pas voulu communiquer, parce qu’il savait d’avance malgré tous les efforts déployés par la Banque centrale, pour nous convaincre de la légalité de cette pratique, que les Guinéens ne croiront jamais à ce mensonge visant à masquer la vérité concernant le détournement de nos deniers publics.
Troisièmement, dans un Etat démocratique, les représentants de la République ont l’obligation de dire la vérité rien que la vérité au peuple. En Guinée, l’Etat nous dit-il la vérité sur Ebola qui menace aujourd’hui le devenir de toute la nation ? Sûrement pas. Ainsi à cause d’un mensonge entretenu au plus haut sommet de l’Etat, de milliers de nos citoyens sont morts et plusieurs d’entre eux sont menacés. A cause du mensonge de nos dirigeants, la Guinée à elle seule est en train de réduire à néant les chances de croissance de toute cette partie de l’Afrique de l’ouest. Grave, le mensonge de nos dirigeants est sur le point de transformer toute l’Afrique de l’ouest si prometteuse économiquement en une manufacture de désolation et de morts. Actuellement, à cause des mensonges, les Ouest-africains sont perçus comme des pestiférés partout. Un Etat responsable qui se comporte de ce genre peut-il revendiquer son appartenance à la communauté des nations démocratiques ? Alors si nous ne sommes pas un Etat de démocratie où la liberté et les droits des individus sont respectés que sommes-nous ?
Nous sommes un simulacre de nation et une caricature d’Etat dirigé de manière informelle par personnes incompétentes dépourvues de compassion et d’empathie envers ceux pour lesquels ils sont devenus ce qu’ils sont.
Où est l’opposition ?
Elle semble être partout et nulle part, pléthorique et inexistante. C’est quand même paradoxal de constater qu’en Guinée l’opposition est toujours absente quand il s’agit de discuter des vraies questions de la République. C’est à se demander : quel rôle joue-t-elle ? Comment se positionne-t-elle par rapport au gouvernement dont elle essaye de ravir la place ? Comment considère-t-elle ses militants en particuliers et en général les Guinéens ? Quel programme a-t-elle pour la Guinée et les Guinéens ? Toutes ces questions me taraudent quand je pense à l’opposition et tente d’appréhender son attitude face au peuple.
Quel rôle joue l’opposition en Guinée ?
De manière générale, l’opposition doit jouer le rôle de contrepouvoir en dénonçant les dérives liées au fonctionnement des lois de la République. Au-delà du rôle de garant, ou de sentinelle de la République, l’opposition doit être force de proposition et garder toujours à l’esprit la prééminence du peuple par rapport à son intérêt singulier. C’est seulement de cette façon qu’une opposition pourra être perçue comme une opposition. L’opposition guinéenne pense-t-elle au peuple avant de penser à son ambition personnelle ? Son attitude face à la souffrance du peuple laisse penser que l’opposition ne vaut pas mieux que le gouvernement qu’il combat ou du moins, nous pensons qu’elle ne montre pas suffisamment au peuple qu’elle vaut mieux que l’actuel gouvernement.
Comment se positionne-t-elle par rapport au gouvernement ?
Je ne pourrai répondre avec exactitude tellement l’opposition est inaudible et mal organisée. En suivant les actualités guinéennes, nous sommes très tôt frappés par la binarité de la vie politique centrée autour de l’UFDG et du RPG, le manque d’initiatives de l’opposition guinéenne mais surtout le style du cavalier solitaire qui la caractérise. Outre ces positions rarissimes, moi je n’ai jamais ou rarement entendu, l’opposition et les opposants aborder avec fermeté, et courage, des questions aussi fondamentales que l’ethnocentrisme, le népotisme, la gestion de nos mines ou la corruption généralisée qui gangrène le pays. Il suffit de s’attarder sur les sites guinéens pour se rendre compte que les citoyens sont beaucoup plus préoccupés de la situation du pays que les leaders d’opposition. Les rares personnes qui dénoncent les errements du gouvernement et proposent des analyses de la situation sociopolitique de la Guinée sont des citoyens lambda. Qu’est-ce qui empêcheraient des leaders comme messieurs Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, Lansana Kouyaté ou Dr Telliano d’écrire de temps en temps pour nous signifier leurs positions et proposer des pistes de réflexion pour sortir ce pays de son état ? A défaut d’écrire, si cela leur semble ennuyeux, qu’est-ce qui les empêchent d’initier des débats télévisés avec les autres représentants du peuple. Que dire aussi de tous ces docteurs et professeurs qui essaiment et parasitent l’échiquier politique guinéen. Ne peuvent-ils pas, selon leurs spécialités, contribuer à la construction concertée d’un modèle de pensée politique en phase avec les réalités du pays ? Seraient-ils ringards au point d’envisager la politique uniquement sous l’angle du militant illuminé qui ne vit que pour être aimé de son chef, ne peuvent-ils pas être quelqu’un d’autre que ce individu malléable et mou ?
Comment l’opposition considère-t-elle ses militants en particulier et en général les Guinéens ?
La relation entre le leader et ses militants dans le contexte guinéen est difficile à expliquer compte tenu du caractère communautariste et ethnique qui structure la vie politique guinéenne. Qu’il soit issu d’un milieu populaire ou de milieu intellectuel, la propension que le guinéen milite au sein de partis politiques autres que ceux de sa région, reste très faible. Cette caractéristique du militantisme en Guinée, peut amener à supposer que la relation entre l’opposition et ses militants, est une relation asymétrique bâtie simplement sur l’appartenance communautaire et la reconnaissance de soi envers l’autre. Convaincus de cet électorat acquis sans difficulté et souvent sans programmes politiques, les opposants guinéens ne seraient –ils tenter de considérer leurs militants comme des faire-valoir qu’ils instrumentaliseraient à leur guise pour atteindre leur ambition personnelle ? A priori, nous sommes tentés de répondre non, mais en examinant la question en termes de risques et de gains, nous remarquons que les risques encourus par les militants par rapport aux leaders sont toujours plus élevés. Ce qui nous amène, à nous demander, pourquoi les militants se battent ou se battraient-ils pour des leaders qui ont peu de considérations pour eux ? Peut-être que le militant se comporte ainsi, parce qu’il est incapable d’une part, de se projeter au-delà de son « cocon ethnique » et de l’entre soi dans lequel il s’est construit. D’autre part, les politiciens incapables de fédérer au-delà de la « partition communautaire » alimenteraient insidieusement l’entre soi communautaire pour conserver leur électorat. La relation entre militants et leaders politiques est somme toute, à l’image du contexte politique guinéen souvent caractérisé par l’avantage des chefs sur les plus faibles.
Quels programmes politiques l’opposition a-t-elle pour la Guinée et les guinéens ?
Sur Internet le seul programme politique que j’ai trouvé après quelques heures de recherche est celui de l’UFDG1. Les autres partis politiques ne mettent soit pas leurs programmes politiques en ligne soit ils n’en disposent pas. Des partis politiques sans programmes politiques c’est quand même inquiétant à l’ère des réseaux sociaux. De quelle manière comptent-ils nous convaincre sans feuille de route précise et pratique ? Comment arriveraient-ils à nous convaincre, s’ils n’ont rien à proposer en retour ? Peut-être que les explications se trouvent dans les points que nous avons abordés plus haut selon lesquels, les leaders politiques guinéens ne fourniraient pas d’efforts pour se faire entendre et se faire comprendre parce qu’ils savent quelles que soient leurs attitudes, leurs militants leur resteront fidèles et dévoués compte tenu du caractère communautaire ou régionaliste de la donne politique guinéenne. Si l’opposition ne propose rien et préfère ne se contenter que de l’électorat qui lui est acquis, il est évident qu’elle ne pourrait jamais être crédible pour impulser un quelconque changement dans ce pays. Peut-être qu’elle ne cherche pas grand-chose. Elle veut juste exister parce que faire de la politique en Guinée est une activité qui rapporte beaucoup pour ceux qui sont reconnus comme opposants. Quand on ne peut pas compter ni sur l’opposition et ni sur le gouvernement, Quelles solutions avons-nous ?
Pistes de solutions
Robert King Merton affirmait dans une société déviante, chaque individu peut adopter cinq choix pour s’adapter aux injonctions de la société : Se conformer, adopter un comportement du type ritualiste, innover, s’évader et se rebeller.
Se conformer dans le cas guinéen, consistera à accepter la situation sans moufter ; adopter un comportement de type ritualiste, consistera à jouer le jeu dans le seul but de contourner les ennuis sans forcément approuver la situation ; innover consistera par exemple à jouer le jeu de la démocratie, en utilisant des moyens originaux ; s’évader consistera à adopter une attitude de retrait qui s’apparente au comportement du citoyen frustré de la vie en société et qui décide de vivre complètement coupé de l’entourage et de la société ( cas de drogués, toxicomanes, SDF, etc.) et enfin se rebeller signifie être radicalement en rupture avec le modèle social en cours. Face à un gouvernement déviant qui ne respecte rien mais qui exige toujours en toutes circonstances quand ça l’arrange le respect des lois, que devrions-nous faire ? En m’appuyant sur le modèle de Merton, j’opterai pour les principes de l’acteur innovateur et rebelle. Car se conformer à un régime qui fait le contraire de ce qu’il dit, est une façon de conforter ce régime dans sa dérive. Innover et se rebeller sont des formes de contestation. En effet, se rebeller signifie, refuser de se soumettre à l’autorité d’un pouvoir. En pratique cela peut se traduire sous la forme de grèves, de boycott, de pressions, de refus de l’affairisme, du népotisme. Enfin, se rebeller signifie aussi pour les citoyens, le devoir d’accorder son soutien qu’aux seuls partis dignes de confiance et ayant de vrais projets de société. C’est aussi avoir la force de couper le cordon avec des opposants qui ne font rien pour le peuple et en l’occurrence pour ses propres militants.
Si les boycotts, les manifestations de rue, les grèves et les protestions pacifiques n’aboutissent à rien. La société civile, les opposants, les leaders syndicaux, les membres de la mouvance et les autres représentants du peuple doivent s’entendre pour proposer un « modèle ex nihilo » d’alternance politique comme le décennat où les textes prévoiront un mandat décennal unique et non renouvelable. Orchestré de manière consensuelle et intelligente, un tel régime, nous permettrais d’orienter toutes ces dépenses liées à l’organisation des élections, qui à l’égard du jeu politique guinéen s’apparente à du gaspillage de nos maigres ressources. En plus de réduire nos dépenses, ce type de régime offre de possibilités d’analyses intéressantes pour faire une évaluation approfondie de la gestion politique d’un parti ou d’un gouvernement.
Si cette utopie politico-sociale, est inimaginable eu égard aux incertitudes sous-jacentes à son application réelle dans une société foncièrement émasculée et « mimétiste ». La seule option qui nous reste si nous ne voulons pas périr en raison de la bêtise de nos dirigeants, est d’effectuer le douloureux choix entre l’usage de l’intellect ou de la kalachnikov dans la résolution de nos problèmes. L’idée de la guerre ne me jouit point, mais l’histoire humaine à montrer quand un peuple épuise tous les recours possibles pour vivre dignement sans succès, les risques à la guerre sont importants.
Conclusion
Gouverner dans un Etat démocratique est un exercice de gestion institutionnelle qui exige de la part de celui à qui, le peuple à confier le pouvoir, une conduite d’exemplarité, de probité et d’honnêteté. Plus qu’une conduite, la gestion d’un pays qui se revendique démocratique, demande que tous les citoyens sans distinction d’origine soient traités de la même manière. Traiter les citoyens de la même manière, signifie appliquer la même justice pour tout le monde et partout en ayant comme seul et unique souci l’impartialité. Gouverner en démocratie c’est accepter de gérer avec d’autres notamment l’opposition et les acteurs de la société qui accompagnement le gouvernement dans la prise des décisions. Pilier incontournable dans toute démocratie, l’opposition pour être efficace et crédible, doit être force de proposition, être attentive aux atteintes du peuple. Elle doit se battre pour la promotion du vivre ensemble, du développement. Les citoyens doivent quant à eux, pour participer pleinement à la construction de la nation exiger de la part de ceux qui sollicitent leurs voix, des vrais projets de société susceptibles d’assurer le rayonnement du pays et accroitre le niveau de vie.
Malgré, la situation calamiteuse, l’état d’impunité, et de désolation qui règne actuellement en Guinée, il n’est tard, pour nous ressaisir et faire de ce pays la vitrine de l’Afrique.
Diallo Thierno Aliou G.
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