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Célébrer autrement le 56e anniversaire de l’indépendance nationale

Wayloune Barry  Vendredi, 12 Septembre 2014 21:04

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Dans deux semaines, le 28 septembre 2014, nous célébrerons le 56e anniversaire de l’indépendance de notre beau pays. Conformément au saupoudrage festif en vigueur depuis un peu plus de trois ans, et qui consiste en la célébration de l’événement chaque année dans une région, il semble que les préparatifs vont bon train à Mamou.

Au moment où ces préparatifs suivent allégrement leur cours, la fièvre à virus hémorragique Ebola continue à faucher des vies. Des centaines de guinéennes et de guinéens sont contaminés ; de nombreuses familles sont endeuillées ; l’angoisse et une psychose diffuse s’emparent de plus en plus de la forte proportion de la population. Malgré les efforts consentis pour freiner la progression de la maladie, de nouveaux cas sont enregistrés quasi quotidiennement. Selon de récentes données de l’OMS (déjà caduques), la situation au 01/09/2014 se présentait comme suit :

REGIONS

Nouveaux

                             Confirmés

Cas

Décès

Mortalité

Conakry

5

107

43

40%

Macenta

10

113

67

59%

Dubréka

4

13

1

8%

Forécariah

5

5

2

40%

Guéckédou

1

208

168

81%

Dabola

1

1

100%

Kissidougou

2

1

50%

Elimée

23

7

30%

Boffa

19

11

58%

Kouroussa

2

2

100%

Siguiri

6

3

50%

Pita

5

2

40%

N'Zérékoré

10

5

50%

Youmou

10

3

30%

Total

25

524

316

60%

Source: OMS chiffres du 29/08 2014


Comme on le voit, l’ambiance n’est pas à la fête. Actuellement la vie des Guinéens n’est pas aux célébrations grandioses et aux réjouissances. Nous ne pouvons donc nous livrer aux « mamaya » colorées habituelles, encore moins amener les populations à s’enthousiasmer et à s’épuiser d’applaudissements devant des discours (toujours les mêmes depuis 55 ans !) saturés d’une kyrielle de réalisations et de formules d’autosatisfaction assorties de promesses envoûtantes. Et comme l’anachronisme, « conceptualisé » dans le « je prendrai la Guinée là où Sékou Touré l’a laissée », est ce qui sous-tend la gestion du pays, il faut espérer que la formule « nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage » ne sera pas réchauffée et resservie aux populations. Motivante, quand elle est replacée dans son contexte historique, cette formule est séduisante par l’effet de contraste qu’elle induit entre les deux idées contraires qui la constituent ; le but étant de montrer l’importance et l’urgence de s’affranchir de la domination coloniale. Au fil des premières années d’indépendance, ce slogan nous a permis de « bomber le torse » ; mais par la suite, et sur de longues décennies, en perdant nos illusions, il a fallu « faire le dos rond » pour survivre. Au fond, il s’agit d’une formule autosuggestive à connotation négative. En réalité, liberté et pauvreté ne peuvent faire, durablement, bon ménage. Entre elles il y a une incompatibilité de… nature. En effet :

Aujourd’hui, la situation de notre pays est telle que l’opulence (l’ampleur) de la pauvreté a mis la liberté en esclavage. Il ne s’agit pas là d’un simple jeu de mots. En effet, l’extrême pauvreté de la grande majorité des Guinéens les a mis dans l’incapacité notoire de jouir de la liberté ; elle les a éloignés des possibilités d’épanouissement que recèle cette valeur. De nombreuses Guinéennes et de nombreux Guinéens vivent et ressentent cette limitation jusque dans les actes les plus élémentaires d’exercice de la liberté comme décider, choisir, revendiquer, participer, se distraire, etc.

A l’occasion du 28 septembre 2014, 56e anniversaire de l’indépendance nationale, le peuple de Guinée aimerait entendre un discours qui le mette au centre des préoccupations des autorités en place. Il aimerait être mis en confiance, se sentir rassuré, protégé et efficacement impliqué dans les efforts à consentir pour faire face à la fièvre à virus hémorragique Ebola. Pour cela il faut au moins :

Peut-être devrait-on aussi, à l’occasion de cette fête nationale, dire quelles sont les orientations et/ou actions envisagées pour apporter les réponses politiques et institutionnelles adéquates à cette question vitale : que devons-nous faire pour mieux vivre ensemble ?


Wayloune Barry


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