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Lettre ouverte à Monsieur Alpha Condé

Nouhou Badiar Diallo  Vendredi, 12 Septembre 2014 15:56

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DIALLO_Nouhou_Badiar_4_01A son Excellence Monsieur Alpha Condé
Président de la République de Guinée
Conakry

 
Excellence Monsieur le Président,

Je me fais le devoir patriotique de vous écrire car le citoyen que je suis ne saurait se taire davantage face à la situation catastrophique dans laquelle vous conduisez le peuple de Guinée depuis votre avènement au pouvoir. Bien évidemment, je suis conscient de ce que mon statut d'aventurier tel que vous l'avez été et opposant à votre régime discrédite d’office le contenu de ma lettre et le rende inaudible à vos oreilles, mais je veux m’assurer de vous avoir dit haut et fort ce que pensent et murmurent des millions de Guinéens.

Je sais également que certains de vos collaborateurs, bien que convaincus de la véracité de mes écrits, s’empresseront de vous faire croire à une manipulation quelconque orchestrée par un potentiel candidat aux prochaines élections présidentielles ou un homme d’affaire décidé à nuire à votre image.

Je veux bien croire que vous saurez distinguer les analyses et commentaires hypocrites d’un entourage à vos ordres, des vérités que vous expose un citoyen libre et totalement indépendant, décidé à assumer pleinement son rôle de défenseur du peuple.

Excellence Monsieur le Président, je voudrais humblement vous rappeler qu'en 2010, vous vous étiez engagé par un serment solennel prêté devant Dieu, les Mânes de nos ancêtres et le peuple souverain de Guinée, à nous conduire vers une prospérité économique partagée dans un climat social apaisé. Vous aviez juré de respecter scrupuleusement la Constitution, de préserver les maigres mais précieux héritages démocratiques que vous ont légués vos illustres prédécesseurs et de faire de la Guinée un pays émergent. Au fil des années qui se sont écoulées entre le changement et la refondation, vous avez, à la faveur de vos nombreuses sorties médiatiques et descentes sur le terrain, réitéré une kyrielle de promesses et d’engagements vis-à-vis du peuple de Guinée.

Aujourd’hui, force est de constater que, bien loin de l’émergence annoncée à grand renfort médiatique, vous avez résolument engagé notre pays dans une longue marche à reculons et détruit progressivement l’ouvrage que des générations de Guinéens se sont sacrifiées pour bâtir.

Dans quel état la Guinée sera au soir de votre départ du pouvoir ? La question mérite d’être posée au vu de tout le mal fait au pays en quelques années : débilité politique, déchéance morale et ruine économique. Que le niveau du débat est bas ! Que la République est à terre ! Que la fonction présidentielle a été vidée de tout son contenu, de toute son aura ! « La mer y passerait sans laver la souillure. Car l’abîme est immense, et la tâche est au fond ». Le président de la République est avant tout une institution qu’il faut protéger, et le titre devrait être porté avec humilité et décence.
Dans tous les cas, je me garde volontiers de vous rappeler les nombreux scandales qui ont marqué vos quatre ans de pouvoir et qui fondent la déception de nos concitoyens, étant donné que vous en êtes le principal instigateur. Cependant, j’ai observé depuis quelques années votre désamour pour la patrie en lui tournant le dos à chaque fois qu'il a besoin de vous.

Votre gouvernement a-t-il répondu à la question posée par l'opinion nationale et internationale, à savoir l'origine et la destination des 20.000.000 de dollars ? Si l’on peut se permettre certaines réserves pour ne pas répondre encore à cette interrogation, il y a lieu de retenir : « On peut mentir à un peuple pendant une partie de temps ; on peut mentir à une partie du peuple tout le temps ; on ne peut mentir à tout le peuple tout le temps ». Nous avons tous déjà entendu ce dicton et probablement en avons déjà fait l'expérience. Monsieur le Président, vous avez été surpris par le hasard. Connaissant les « dictatures démocratiques » ou « démocraties dictatoriales » d'Afrique, ce cas va certainement détourner l'attention des analystes politiques vers l'Afrique de l'Ouest. Qui sait ? Le réveil des Guinéens pourrait vous obliger à céder vos ambitions pour un deuxième mandat!

En effet, les Guinéens ne sont pas dupes. Cette affaire n'est rien d'autre qu'un blanchiment d'argent. Autrement dit une transaction criminelle visant à vous enrichir en détruisant l'économie guinéenne. Nul n'ignore que de l'homme le plus pauvre vous êtes devenu l'homme le plus riche de la Guinée. La fuite des capitaux ponctionne les ressources et richesses de notre pays, le privant de revenus et d’investissements vitaux pour le bien-être de ses populations. Malade comme ses dirigeants de la base au sommet, le pire est peut-être à venir pour la Guinée, si un sursaut salvateur de changement ne le tirait pas de l'incompétence, de l'irresponsabilité, de la corruption, de la banalisation de la médiocrité, qui sont désormais des qualificatifs normatifs de notre malheureux pays.

Qu'est-ce que le blanchiment d'argent?

Strictement parlant, le blanchiment d'argent est le processus de déguiser l'origine illicite et la nature criminelle des fonds (obtenus en violation des sanctions de détournement de fonds, de délits d'initié, de la corruption, de ventes d'armes, de la contrebande, de la traite des êtres humains, de la criminalité organisée, du trafic de drogue, des réseaux de prostitution et de la fraude) en les plaçant et en les investissant « untraceably » dans des entreprises légitimes, en titres ou dépôts bancaires. Mais cet étroit masque de définition démontre que la majeure partie de l'argent blanchi est le résultat de détournement des fonds publics, de la fraude fiscale, de l'évasion fiscale et de la fraude fiscale pure et simple.

Les techniques de centralisation de trésorerie : le netting et le cash pooling. Le netting, consiste à compenser les dettes et créances intragroupes. Cette technique permet de réduire le nombre des flux à l'intérieur du groupe, et donc permet de générer des économies de gestion, de frais bancaires liés aux transferts. Toutefois le netting est de moins en moins utilisé, au profit du cash pooling. Le cash pooling, méthode plus récente et de plus en plus utilisée par les fraudeurs, repose sur la compensation des soldes débiteurs et créditeurs de l'ensemble des comptes bancaires d'un groupe. Il apparaît donc intéressant de s'intéresser à cette nouvelle méthode de centralisation qui repose sur deux techniques : le Zero Balancing et le cash pooling notionnel.

Une banque centrale procédant à la gestion centralisée de sa trésorerie doit donc respecter des contraintes relatives à l'orthodoxie financière. Ces contraintes relèvent du respect de la spécialité de l’objet social et notamment celui de l’objet légal et statutaire. Il faut donc que les opérations de centralisation de trésorerie, qui sont, rappelons-le, essentiellement des opérations de prêts et d’emprunts réguliers, entrent dans l’objet de chaque société concernée, qu’il s’agisse de son objet légal ou de son objet statutaire.

Par ailleurs, Excellence Monsieur le Président, c’est sous votre règne que plusieurs Guinéens sont contraints à l’exil en raison de leur opposition à vos dérives. C’est encore sous votre règne que toutes les échéances électorales ont connu des violences communautaires sans que nul ne puisse certifier qu’elles aient été mieux organisées ; et que vos adversaires soient interdits de manifestation pendant que vos partisans battent campagne avec les moyens de l’Etat. C’est avec vous que les ministres et cadres sont nommés et promus, non pas sur la base de leurs compétences, mais selon leurs capacités à vous encenser, à nuire à vos adversaires politiques et à instrumentaliser les populations de nos villes et villages. C’est avec vous que les médias publiques, jadis lieux de débats contradictoires, sont devenus des outils de propagande exclusivement dédiés à l’apologie du chef. C’est sous votre présidence que dans une même commune de Guinée, les uns sont autorisés à marcher, prier, chanter et danser à votre gloire pendant que les autres, sous peine de se faire molester, ont l’interdiction formelle de se réunir pour exprimer leurs opinions ou revendiquer des droits acquis. C’est avec vous qu’il est interdit à quiconque, y compris à un partisan fidèle et loyal, d’émettre la moindre critique objective, sous peine de se voir conférer systématiquement un statut d’adversaire et d’être traité comme tel. C'est avec vous que des jeunes Guinéens ont été enlevés et déportés dans un camp de concentration. C'est enfin avec vous que des cousins malinkés et peulh sont devenus des adversaires cruels.

De même, ce sont vos réformes dans différents secteurs qui, au lieu d’en améliorer les performances, ont plutôt plombé les résultats et désorganisé les principales filières porteuses de richesses pour nos entreprises et nos concitoyens. C’est avec vous que nos principaux opérateurs économiques se sont retrouvés au cœur de polémiques inutiles et nuisibles à l’image de notre pays, ayant contraint les uns à s’expatrier de force et les autres à réduire leurs activités ou fermer leurs entreprises pour harcèlement de tout genre.

Excellence Monsieur le Président, je ne puis occulter les différentes corporations socio-professionnelles que vous avez pris du plaisir à affronter et à humilier alors même qu’ils étaient dans leurs droits, les valeureuses femmes guinéenne que vous avez pris du plaisir à instrumentaliser et enfin la jeunesse guinéenne dont vous vous moquez allègrement sans apporter la moindre réponse à ses problèmes. Il est vrai que quand on observe le comportement de certains acteurs politiques et responsables d’institutions républicaines, on est en droit de se dire que tout est gagné pour vous, car à ce jour, vous semblez contrôler les principaux leviers de notre système démocratique. De plus, à la faveur des nombreuses manœuvres politico-juridiques que vous orchestrez et des positionnements stratégiques de partisans soumis et zélés, on peut croire que vous gagnerez toutes les batailles à venir et que vous imposerez votre dictat. Comme vos partisans s’amusent à le dire de manière démagogique pour vous faire plaisir sans toujours le penser au fond de leur cœur, « il est le soldat du changement ».

Comme le dit un adage populaire sous nos cieux, il est permis de rêver. Oui Monsieur le Président, c’est un rêve mais un mauvais rêve qui de toute évidence ne s’accomplira jamais car l’époque du silence et de l’inaction est révolue. Vous avez été habitué jusque-là à un peuple qui ne dit rien au nom de la paix et de la démocratie. Je vous informe qu’à partir de maintenant, vous aurez à faire à un peuple qui s’exprime et qui agit au nom de la même paix et de la même démocratie.

Vous avez pris l’habitude de vous régaler en regardant les séances de prières, les marches de soutien et les meetings de remerciement de vos partisans. Je vous annonce que désormais, vous verrez également des marches et des meetings de ceux qui ne sont pas d’accord avec votre politique qui prend résolument une allure dictatoriale.

Je puis vous assurer, Monsieur le Président, qu’à force de vous voir ne pas tenir vos nombreuses promesses, les Guinéens de nos villes et campagnes ne vous portent plus dans leur cœur et ne s’engageront pas avec vous dans une quelconque aventure du deuxième mandat.

J’ai vu des sages déçus et préoccupés par la question de votre départ au terme de votre premier et unique mandat constitutionnel et j’ai vu des femmes désespérées et inquiètes quant aux agissements de certains de vos affidés, et je leur ai promis, comme j’en ai l’habitude, qu’avec ou sans vous, un autre Guinéen, malinké, peulh, soussou, forestier, etc., prêtera serment et sera investi.

J’ai vu des jeunes abandonnés à leur sort mais dignes et déterminés à se battre, car convaincus que leur pays mérite mieux. Je leur ai dit que nous devons reprendre en main le destin de notre pays et que rien ni personne ne nous arrêtera.
Excellence Monsieur le Président, nous sommes prêts à aller au combat et je tenais à vous le dire !


New-York, le 11 septembre 2014

Nouhou Badiar Diallo
New York, USA


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