Papa Amadou Ndiaye Dimanche, 24 Août 2014 20:33
Rappelons-nous toujours, par devoir moral et de solidarité, que d’indomptables patriotes se sont mobilisés, il y a plus d’un demi siècle pour réclamer la dignité de nos peuples par « la décolonisation intégrale de l’Afrique, de ses hommes, de son économie et son organisation administrative ». Pour accéder à l’indépendance, ils ont servi le niet catégorique au référendum qui nous proposait de continuer à être des vassaux de la France. Malheureusement très peu de ces êtres, admirables seigneurs, ont dirigé nos pays. Et ceux d’entre eux qui y sont parvenus, ont été très vite destitués, esseulés ou assassinés par les nations sangsues. Tous ceux qui ont été projetés aux commandes ici comme partout ailleurs en Afrique, l’ont été pour simplement perpétuer le pacte qu’ils ont eu avec les impérialistes et qui continue aujourd’hui encore de nous suffoquer. Les archives de la Françafrique et autres qui le prouvent largement, existent ; quoique nos peuples mystifiés à dessein continuent à les aduler. Le discours de Dakar nous dit que « la colonisation a transformé l'homme africain et l'homme européen pour le meilleur comme pour le pire », l'homme européen pour le meilleur, par le butin de ses razzias et l’utilisation gratuite de nos forces ; l’homme africain pour le pire, parce que dépouillé de tout, même de son âme. Déjà tributaire de neuf cents ans d’esclavage arabe qui perdure encore, il nous dit que « nous avons hérité d’un continent meurtri ; et des séquelles et dommages de quatre cents ans de traite négrière européenne, cent ans de colonisation ». « Il y a eu des fautes, il y a eu des crimes, il y a eu nos hommes, nos femmes, nos enfants parmi les plus saints de notre peuple, enlevés et vendus comme des marchandises. Et ce lâche et génocidaire crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l'homme, ce fut un crime contre l'humanité toute entière ; il y a eu les Africains enrôlés de force comme chair à canon à la première comme à la deuxième guerre mondiale, ainsi qu’en Algérie et en Indochine, il y a eu le travail forcé. Les colonisateurs ont créé une angoisse, un mal de vivre. Les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de nos ancêtres. Ils ont banni nos dieux, nos langues, nos croyances, les coutumes de nos pères. Ils ont dit à nos pères ce qu'ils devaient penser, ce qu'ils devaient croire, ce qu'ils devaient faire. Ils ont coupé nos pères de leur passé, ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Face à la supériorité de l’armement du colonisateur, le colonisé avait fini par ne plus avoir confiance en lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l'autre, par la crainte de l'avenir. Ils ont pris, ils se sont servi, ils ont exploité, ils ont pillé des ressources, des richesses qui ne leur appartenaient pas. Ils ont dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail. Ils ont nourri la haine. Ils leur ont empêché l'ouverture aux autres et ont rendu impossible l'échange, le partage, parce que pour s'ouvrir, pour échanger, pour partager, il faut être assuré de son identité, de ses valeurs, de ses convictions, de sa liberté Ils ont désenchanté l'Afrique. »
Où en sommes-nous ? Toujours selon l’Occident, nous en sommes à « une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible. Nous en sommes encore à trop de famine, trop de misère. Nous en sommes encore à la rareté qui suscite la violence. Nous en sommes encore à un développement étranglé. Nous en sommes encore à une agriculture qui ne produit pas assez. Nous en sommes encore à un manque de routes, nous en sommes encore à un manque d'écoles, nous en sommes encore à un manque d'hôpitaux. Nous en sommes encore à un manque d’eau. Nous en sommes encore à un manque d’électricité. Nous en sommes encore à un grand gaspillage d'énergie de nos forces que nous utilisons à la lutte, aux jeux et à la danse, nous en sommes encore à un gaspillage de courage, de talents, d'intelligence. Nous en sommes encore à un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu'il n'arrive pas à se libérer des mythes et de la mainmise des nations sangsues. » Le discours poursuit : « Vous savez qu'à être trop naïve, l'Afrique serait condamnée à devenir la proie des prédateurs du monde entier ». Tel est le diagnostic de l’Occident, sauf qu’il occulte qui sont ces prédateurs ou plus exactement ces nations sangsues. Il termine en nous situant dans la niaiserie de l’enfance qu’ont connue tous les peuples de la terre, « cette enfance animée du besoin de croire plutôt que de comprendre, ce besoin de ressentir plutôt que de raisonner, ce besoin d'être en harmonie plutôt que d'être en conquête », c'est-à-dire d’oser briser les carcans qui nous étranglent.
Mes biens chers compatriotes, ce n’est pas pour rien qu’il était écrit sur le fronton du temple de Delphes « Connais-toi toi-même ». Le discours de Dakar en nous ouvrant les yeux nous permet de parvenir à un degré important de la transcendance, dans le sens latin de la connaissance de soi, et du surpassement pour dégager avec les moyens que nous avons les obstacles qui nous empêchent d’arriver à nos fins , c’est à nous de savoir ce que nous voulons, ce que nous avons pour y parvenir, puis conséquemment de mettre en œuvre les moyens d’y accéder.
Papa Amadou Ndiaye
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