Naby Laye Camara Samedi, 16 Août 2014 22:51
L’être humain a un sens de raisonnement qui lui est propre : il peut avec le courage, se tirer d’affaire en tirant des leçons d’un échec dans le passé.
Dans une démocratie pluraliste, ou un pays dont l’hétérogénéité ethnique est très importante, et dont le taux d’analphabétisme dépasse les cinquante pour cent de la population, il est absurde et suicidaire de mettre l’accent, arrogamment, sur son groupe ethnique au détriment des autres.
L’élection présidentielle de 2010 fut agitée et belliqueuse, parce que l’arrogance ethnique était manifestement mise au centre des débats. Cette attitude irrationnelle et antidémocratique, fut le résultat de la passion aveugle des uns, et d’un manque de retenue des autres.
Le président Alpha Condé ayant perdu le premier tour de l’élection présidentielle, eut recours à tous les moyens au deuxième tour pour atteindre son but. Il réussit, avec la complicité du pouvoir transitoire d’alors, la politique de tous contre un. Tous contre un, ethniquement parlant.
Mais, malgré ce complot politico-ethnique de tous contre un, il est aussi évident, que les données électorales n’auraient pas bougé significativement à l’avantage du RPG Arc-en-ciel, si le parti UFDG de Cellou Dalein Diallo n’avait pas enregistré dans sa campagne, des agitations venues des groupuscules incontrôlés, et totalement déterminés à semer la terreur dans la cité.
Ces agitations furent significatives, au point qu’elles réussirent à saboter les multiples opportunités dont jouissait le parti UFDG, venu largement en tête au premier tour de l’élection présidentielle. Et bien qu’en coalition avec le parti UFR de Sidya Touré, l’UFDG ne put qu’observer, impuissante, sa défaite.
Le slogan « Les Soussous ont gouverné, les Malinkés, les Forestiers, c’est désormais notre tour, à nous les Peuls, de gouverner », est certes une réaction de nervosité, ou de seconde nature – qu’on regrette juste après l’action –, mais une réaction avec des conséquences électorales catastrophiques. Bon nombre d’électeurs qui voyaient de bon œil la coalition Cellou-Sidya, changèrent d’opinion parce qu’ils ne purent accepter des discours extrêmement arrogants, peu polis et de connotations ethniques.
L’UFDG de Cellou Dalein Diallo, en coalition avec l’UFR de Sidya Touré, aurait difficilement perdu l’élection de 2010, si elle eût eu un maximum de retenue du côté des groupuscules incontrôlés.
Face à l’échéance électorale de 2015, les leçons doivent être tirées par tous, pour qu’enfin la légalité soit au centre de tout le débat démocratique.
La constitution guinéenne est claire là-dessus, dans on article 4 : « La loi punit quiconque qui, par un acte de discrimination raciale, ethnique, religieuse, par un acte de propagande régionaliste, ou par tout autre acte, porte atteinte à l’unité nationale, à la sécurité de l’Etat, à l’intégrité du territoire de la République ou au fonctionnement démocratique des institutions ».
Le principe clef qui définit un gouvernement démocratique, c’est sa représentation dans les élections compétitives, libres et propres. Et celui d’un pays démocratique, c’est l’alternance politique au pouvoir. L’alternance ethnique est absurde, anarchique, irréalisable et source de conflits.
Naby Laye Camara
Bruxelles
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