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Complément à mon texte du 5 août 2014

Ansoumane Doré  Mercredi, 13 Août 2014 16:33

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DORE_Ansoumane_3_01Compatriotes et amis, bonjour,

J'ai trouvé dans vos commentaires des approbations et des imprécations. C'est ainsi que va la vie. Mais combien de fois ai-je répété à ceux qui me prêtent des intentions que je n'ai jamais eues, qu'ils sont dans l'erreur ? Je ne participe pas à ces discussions d'internautes pour être seulement congratulé. Je dis tout simplement ce que pense de nos problèmes guinéens. Et je ne demande une onction à personne. Ceux qui se font les complices d'un pouvoir politique inefficace et sans vision pour la Guinée ne sont pas du même camp que moi, c'est leur affaire.

Depuis 1975, sur papier d'abord, puis, à partir de 2005-2006, sur sites internet, j'ai écrit pas mal de lignes sur notre pays. J'ai expliqué à mes compatriotes, pourquoi j'étais venu à ces discussions avec eux. Mais il y en a toujours qui en viennent éternellement à leur antienne favorite : si je m’exprime, c'est que j'ai une arrière-pensée politicienne pour accéder à la troupe des gens de la mangeoire qu'est le pouvoir politique en Guinée. Ou encore, ajoutent-ils, que je recherchais je ne sais quel renom. Il y a de nombreux autres qui écrivent de bons et solides textes, il faut qu'ils continuent sans relâche. Ils n'ont pas choisi la voie facile de vils courtisans des gouvernants du jour. Notre salut commun ne viendra que d'eux, j'en suis convaincu.

Aux incrédules, j'ai répété à plusieurs reprises que la politique comme « métier » ne m'avait jamais attiré. Ou alors, si cela avait été le cas, je me serais rendu au pays pour en faire mais pas à distance. Uniquement mus par un utilitarisme dans tout ce qu'eux peuvent entreprendre, certains n'imaginent pas qu'on puisse agir autrement.

Je vais aller, plus loin, dans ce genre de confidence en reproduisant ici des mots de quelqu'un que je considère comme un grand Maître, qui disait: « Vous savez vous exprimer, donc on voudra vous entraîner dans la politique. Vous ferez des discours, et après ?... Vous n'avez ni les qualités ni les défauts d'un vrai politicien, vous ne savez pas dissimuler et vous ne savez pas vous ennuyer. Vous n'êtes pas patient avec les imbéciles. Vous dites spontanément ce que vous pensez. En politique, il faut savoir mentir tout le temps avec tout le monde. C'est difficile, c'est un don. Vous ne l'avez pas... et puis tout ça, c'est vieux, c'est désuet. Ce n'est plus ce qui convient à la société (d'aujourd'hui...). Il faut un nouveau type d'homme politique qui travaille dans le concret, au ras du sol. Il faut qu'il se passe quelque chose sur le terrain, qu'on modifie la vie de tous les hommes, leur vie de tous les jours... ».

Je vous avoue que j'ai trouvé ma vraie nature dans ces mots. Alors, je vous laisse en tirer les conclusions que vous voudrez et ceux qui parlent de jalousie ou de ressentiment vis-à-vis d'un tel sont complètement à côté de la plaque. S'en doutent-ils seulement ? Pas sûr !... Mais que ceux qui jouent aux séides du pouvoir inconsistant du RPG, sachent que leurs frétillements éphémères me laisseront indifférent. C'est ce que j'avais pensé de leurs congénères qui frétillaient sous les régimes du PDG et du PUP, pour disparaître comme des lâches après la chute de ces châteaux de cartes.

Nous sommes un certain nombre sur ce site et sur d'autres à n'écrire et à ne souhaiter qu'une nation-Guinée unie et solide. D'autres, dépourvus de tout sens de grandeur de cette nation, continuent de se vautrer comme des gorets dans la fange « ethniciste ». Si j'ai appelé les intellectuels malinkés à réagir contre la situation inique d'accaparement du pays à laquelle beaucoup d'entre eux participent, au détriment d'autres, ce n'est pas pour les charger d'opprobre. C'est au contraire pour les mettre en garde sur ce qui apparaîtra comme une responsabilité collective de mauvaise gouvernance. Ce n'est en effet pas le régime en place qui tirera notre pays du fond du puits. Et je vais encore répéter plus fort ici qu'avant. Au lieu de poursuivre les sempiternels et stupides crédos « racistes » contre nos frères et compatriotes peuls qui se « victimiseraient », dit-on, revenez à des sentiments de vraie fraternité. Car les Peuls ne se « victimisent »  pas, certains répondent à une réalité. Se « victimiser » est un de ces mots hypocrites qu'on a inventés dans notre pays pour se donner bonne conscience (à bon compte). Cette conscience n'a pas toujours pesé lourd, car on part de constats super farfelus, comme « les Peuls votent à plus de 90% pour l'UFDG », mais quoi de plus normal que dans ce qu'on appelle une démocratie, les citoyens votent comme ils le souhaitent ? Quand d'autres citoyens ont voté pendant la présidentielle à plus de 90% du côté de Mandiana ou de Siguiri pour le candidat du RPG, personne n'a lu ou entendu des pipelets aux aguets sur ces questions faires des commentaires désobligeants. Deux poids, deux mesures, ça ne les dérange pas beaucoup.

Défendre systématiquement le pouvoir en place en Guinée relève d'une inconscience qui maintiendra encore longtemps notre pays dans une situation de profond sous-développement en tout domaine. Car il s'agit d'un pouvoir dont la constante préoccupation du Président, depuis décembre 2010, n'a été que sa réélection en 2015. C'est comme si Alpha Condé n'avait jamais obtenu de réelle satisfaction de sa première élection, donnant ainsi du poids à ceux qui doutaient de la régularité de cette élection. On se souvient du nombre de manœuvres dilatoires déployées par les nervis du RPG, dans l'entre-deux-tours de l'élection qui a duré près de cinq mois (de juin à novembre 2010). J'ai toujours pensé que le malaise ressenti par le président guinéen, lui-même, après cette élection, était à l'origine de l'irrépressible besoin de bougeotte. Alors l'an de grâce 2015, lui est maladivement apparu comme une sorte d'occasion de revanche sur la « mauvaise élection de 2010 ». D'où l'accumulation de tous ses efforts (voyages, tous les faire-semblants gouvernementaux) sur ce seul objectif 2015. Un élément précurseur de cette élection, parmi d'autres, est le résultat du recensement de la population guinéenne, récemment publié. De ce recensement, il ressort que la région de Kankan, région de savane, est la plus peuplée des quatre régions du pays. Qui peut le croire ? Les régions de savane ouest-africaines, sont connues des géographes et des démographes qui y ont mené des recherches comme des régions à faibles densités humaines. Je me suis intéressé à ces questions et ai suivi l'évolution démographique de la Guinée depuis le premier recensement de population du pays en 1954-1955 jusqu'à nos jours ; jamais la région de Kankan n'a été la plus peuplée du pays (voir Ansoumane Doré : « Economie et société en République de Guinée 1958-1984 et perspectives... » Editions Bayardère, Malakoff, 1986, 518 p. cf pp. 43-62 et 121-155). La soudaine propulsion de ce fief électoral d'Alpha Condé en première position, n'est pas sans arrière-pensée de tripatouillage électoral en 2015. Mais cette manœuvre grossière à visée électoraliste sera vite démentie par la suite des recensements à venir en Guinée, quand le RPG ne sera plus au pouvoir. Une fois encore, les Guinéens, capables d'indignation et de réflexion, sauront qu'ils ont été menés comme un troupeau de moutons.

C'est au regard de toute cette magouille que pour la dignité de la femme et de l'homme guinéens, on ne peut pas accorder de considération à la bande de gouvernants incompétents que je ne désignerai pas par le mot que Sako Kondé avait pris pour titre de son livre consacré, en 1974, à l'équipe de Sékou Touré (voir Sako Kondé : « Guinée, le temps des fripouilles », Paris, La Pensée Universelle, 1974, 221 pages).

Pour terminer ces propos, je reviens à l'association Pottal Fii Bhantal Fouta Djallon, pour dire à ses membre, qu'au regard de ce qui se passe dans notre pays commun, je comprends leur lutte et je suis à leurs côtés. Ils peuvent avoir commis des erreurs ou de mauvaises formulations dans des textes. Cela ne doit en aucune façon ternir le fond de la question qu'ils soulèvent. Alors comme je n'ai besoin de la permission de personne pour exprimer mes opinions, je leur dis courage !


Ansoumane Doré
Dijon


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