Imprimer

Réaction de Sidya Touré

Lansana Bangoura   Dimanche, 10 Août 2014 16:05

Facebook

 

Je vous invite à lire la première réaction de M. Sidya Touré sur la sortie tonitruant de M. Abé Sylla. Je suis très déçu de M. Abé Sylla, ses contre-vérités sur un dossier connu des cadres de l’administration guinéenne est symptomatique de l’état de délabrement moral, intellectuel et social qui frappe notre pays. J’invite fraternellement M. Abé Sylla à ne pas s’aventurer dans les déclinaisons abâtardies de la campagne ordurière des anti-UFR. Cela n’honore pas notre démocratie, elle l’installera durablement sur le sentier battu de la fatalité et de la médiocratie. On peut chercher un poste ministériel en Guinée sans prendre un tel risque. Bonne lecture.


Le leader de l’Union des forces républicaines (UFR), Sidya Touré, en séjour à Abidjan, est sorti du silence pour commenter l’actualité au téléphone de Guineenews, notamment le sommet de Washington, la sortie du président Condé et les contours de l’électrification de la Guinée. 

Guinéenews : le sommet Etats-Unis-Afrique est enfin terminé. Washington promet d'investir une trentaine de milliards de dollars en Afrique. La Guinée peut-elle en tirer profit ?

Sidya Touré : le président Obama a fait la promesse d'investissement de 33 milliards de dollars vers l'Afrique. Première précision, l'Amérique ne dispose pas de société d’État comme la Chine. L’Amérique ne viendra pas s'adresser directement à nos Etats pour demander de travailler ensemble. Au contraire, ce sont des opportunités, qui sont ouvertes pour le secteur privé. Il appartiendra à chaque pays de créer les conditions nécessaires pour attirer ce secteur privé dans nos Etats. Ces conditions sont entre autres l’État de droit, l'amélioration du cadre d'investissement, la bonne gouvernance. Autant de paramètres qui sont défaillants en Guinée. Donc, je ne vois pas très bien dans les conditions actuelles de quelle manière ces investissements peuvent se diriger vers la Guinée.

En plus, nous n'avons pas les infrastructures de base nécessaires pour absorber ces investissements. Ainsi, nous n'avons pas l'environnement des affaires, ni le cadre juridique, sécuritaire, et même l'environnement sanitaire maintenant. C'est pour dire que nous devons fournir assez d'efforts si toutefois nous voulons être éligibles. Quand je dis éligible, il s'agit de créer les conditions pouvant attirer ces investissements vers nos Etats.


Alpha Condé a dit que l'opposition ne peut pas avoir une chose et son contraire. L'opposition guinéenne ayant demandé une CENI politique, c'est à celle-ci qu'il revient de lancer un appel d'offres pour recruter un nouvel opérateur technique.

Ce qui est curieux chez notre président, c'est qu'il n'accorde jamais d'interview à la presse guinéenne au pays. Les journalistes guinéens n'ont jamais eu l'opportunité de lui poser des questions pertinentes. Des questions que nous connaissons tous. C'est quand il va à l'extérieur, qu'il se permet de dire des choses qui ne peuvent être contredites.

Quand il dit que l'opposition a demandé une CENI politique, mais de quelle opposition parle-t-il ? Lui-même était dans l'opposition bien qu'il ait refusé de participer aux négociations sur la création d’une CENI en 2007. Quand nous l'avons terminée, c'est son parti à lui qui en a réclamé la présidence et ils y ont souscrit. Donc, de quelle opposition parle-t-il ? Nous n'avons pas refait une autre CENI depuis. Donc, c'est l'opposition dans laquelle lui-même se trouvait. Il ne peut pas tout d'un coup s'y soustraire. Ce sont des questions qu'on ne peut pas lui poser à l'étranger. S'il avait soulevé une telle affirmation en Guinée, un journaliste aurait fait cette précision.

 
On vous accuse d'avoir annulé un projet d'électrification de la Guinée au profit de la signature d'un marché de gré à gré avec l'achat de groupes d'occasion.

C'est de l'affabulation pure. Imaginez-vous qu'un Monsieur, fût-il celui qui vous parle là, soit en mesure d'électrifier toute la Guinée tout seul ? J'ai été nommé Premier ministre en juillet 1996. Nous avions une production à Tombo II de l'ordre de 10 MW. Donkéa et tous les petits barrages aux alentours de 30 à 40 MW. Un programme avait été établi que la Banque mondiale devait financer, c'était Tombo III. A l'époque, le président Conté tenait à réaliser le barrage de Garafiri que la Banque mondiale avait refusé de financer.

Alors, venir me dire que quelqu'un avait la possibilité de faire cela en BOT, moi, je n'ai jamais reçu un tel dossier. Mais il oublie une chose parce qu'en l’entendant parler, on sent qu'il n'est pas informé. D'abord, il n'y avait pas EDG (Electricité de Guinée) à l'époque mais la SOGEL (Société guinéenne d'électricité). La SOGEL est une société de droit privé où l'Etat guinéen n'avait que 33% contre 67% pour la société canadienne Hydro Québec. Celle-ci avait signé un contrat avec le gouvernement guinéen pour exploiter le secteur de l'énergie jusqu'au-delà de 2002-2003. Si quelqu'un d'autre vient dire qu'il va faire « Cooperate », c'est-à-dire que je veux faire cela à votre place, je pense que c'est avec ces sociétés qu'il fallait discuter. Moi, je n'ai jamais vu sur mon bureau un dossier concernant une telle opération, qui serait financée par tous les financements du monde.

Donc, je crois que c'est de la pure affabulation. Tout ce que je sais est que lorsque j'ai constaté le manque d'électricité, j'ai fait un programme d'urgence. Nous étions à une production à Conakry de l'ordre de 30%. Cela faisait 22 ans qu'on n'avait pas d’éclairage public. Je suis arrivé en juillet 1996. J'ai bouclé le programme d'urgence le 22 décembre 1996. On avait l'électricité, et l'éclairage public avait commencé à fonctionner. En aucune manière, cela ne pouvait empêcher d'autres investissements. La preuve est que Tombo III a été mise en marche après cela, avec les 45 MW financés par la Banque mondiale. Conté a continué son projet de barrage de Garafiri, qui n'a été achevé qu'en 2004. Je ne sais pas très bien de quoi ce monsieur parle. Mais quand on est assis à Washington, on peut raconter des histoires qu'on ne peut pas prouver. Moi, j'aimerais bien que quelqu'un montre un document par lequel le gouvernement de 1996 aurait refusé un BOT. Nous n'étions pas concernés par le volet opérationnel puisque j’ai trouvé une société privée sur place. Ce n’est pas moi qui ai mis cette société en place. Donc, toutes ces accusations sont de purs mensonges, de pures affabulations. Comment voulez-vous aller poser des groupes à Kankan, à N’Zérékoré, à Macenta, et je ne sais où, et puis quand vous finissez l’électrification, qui va payer la facture ?

Ensuite, on me dit que le projet en question était basé à Maneah et qu’il devait être rattaché sur les lignes à haute tension de Garafiri. Mais ces lignes ont été achevées en 2001. Donc, je ne vois pas de quoi il s’agit ou en quoi il contredirait notre programme d’urgence. Si ce monsieur voulait électrifier, rien ne l’empêchait de le faire. Donc, nous attendons un document par lequel on va prouver que le gouvernement de 1996 s’est opposé à un tel projet. En plus, ce projet de production, il n’avait pas de financement, c’est de la pure fabulation. La dernière précision est que Suzanne Rice n’était pas la représentante des USA à la Banque mondiale, mais au contraire sous-secrétaire d’Etat aux Affaires africaines. Pendant cette période, je l’ai rencontrée à Washington à deux reprises. Il faut arrêter de balancer de telles informations.


Bangoura Lansana
Fédération UFR France

Source de l’interview : Guineenews, 7 août 2014


AAA_logo_guineeactu_article

 

Facebook