Abdoulaye Aziz Bah Samedi, 09 Août 2014 14:47
Je commence cet article par cette citation du célèbre leader chinois Mao Zedong : « La politique, c'est la guerre sans effusion de sang, et la guerre une politique avec effusion de sang. »
Sans vouloir m’ingérer dans les décisions internes d’un parti de la taille de l’UFDG, et sans vouloir minimiser le droit aux manifestations publiques que garantit la constitution guinéenne, j’aimerais attirer l’attention du président de l’UFDG que l’organisation d’un meeting politique à la date du 11 aout 2014 ne saurait être appropriée. En effet, les raisons sont multiples pour sursoir à ce meeting, dont voici quelques-unes :
Absence des « ténors » de l’opposition du territoire national
S’entêter à organiser un meeting sans la présence à Conakry des présidents de l’UFR et du PEDN et du vice-président de l’UFDG chargé des questions juridiques, ne me semblerait pas être une stratégie clairvoyante de la part du président de l’UFDG.
En effet, s’entourer de petits leaders de parti sans poids électoral devant nos bidasses sanguinaires serait un risque qu’aucun grand leader ne se hasarderait à prendre. Primo, ce sont les militants de l’UFDG qui subiraient la colère des forces de l’ordre. Secundo, dans de telles conditions, c’est l’UFDG seule qui pourrait être responsable de tout dérapage qui émanerait de ce meeting. Ainsi, ceci pourrait donner une occasion à l’Etat de trainer l’UFDG devant les juridictions compétentes, en cas de dérapage des militants supposés ou réels.
Les événements du 28 septembre 2009 au stade du même nom, devraient donner des leçons. Rappelons que ce jour, certains leaders des grands partis n’étaient pas présents en Guinée et d’autres, qui y étaient présents, avaient préféré venir en retard au stade. Par conséquent, ce qui allait arriver, arriva !
Le président de l’UFDG devrait donc absolument attendre le retour de ses pairs dans la capitale avant d’organiser un meeting quelconque.
Le double jeu de la COEP
Pendant que la COEP prend ses distances avec l’opposition, et chercherait à rencontrer le président de la République dans les prochains jours, tout leader visionnaire aurait cherché d’abord à résoudre le différend avec la COEP avant d’envisager d’organiser une manifestation publique. Même si le poids électoral des partis membres de la COEP serait insignifiant, leur participation aux côtés de l’opposition parlementaire pourrait être un atout pour celle-ci.
En tant que chef de file de l’opposition, le président de l’UFDG devrait tout faire pour maintenir la cohésion au sein de l’opposition. Si la COEP arrivait à basculer vers la mouvance, par faute de consensus, ça serait imputable à un manque de leadership du président de l’UFDG. Comme le disait Martin Luther King, Jr., « A genuine leader is not a searcher for consensus but a molder of consensus. » Ainsi, le leader de l’UFDG devrait tout faire pour trouver un consensus avec la COEP avant la rencontre de celle-ci avec le président de la République. Conséquemment, toute manifestation de rue devrait se faire avec la participation de toute l’opposition. Il serait donc logique que le meeting prévu le 11 août 2014 soit annulé en attendant une cohésion de l’opposition.
Ebola – Un danger qui met la Guinée au devant de l’actualité internationale
Il n’est un secret pour personne que la présence d’Ebola en Guinée suscite des inquiétudes tant au niveau national qu’international. Pendant que nos voisins du Liberia et de la Sierra Leone interdisent tout regroupement de personnes, allant jusqu'à fermer tous les lieux publics et décrétant un état d’urgence, il me semble, dans ces conditions, qu’il serait irresponsable de mobiliser une foule dans un stade pour un simple meeting d’avertissement. D’ailleurs, le leader de l’UFR vient de confirmer, à partir d’Abidjan, que la manifestation du 11 août est un simple meeting d’information.
Ainsi, le leader de l’UFDG devrait être à la hauteur et penser comme s’il était un président de la République. En d’autres termes, il devrait s’inspirer des décisions salutaires prises par nos voisins.
D’ailleurs, rappelons que le vice-président de l’UFDG Dr. Fofana était monté au créneau pour qu’on annule le concert du musicien sénégalais Youssou N’Dour à Conakry. Alors pourquoi s’entêter à organiser un meeting où ses propres militants pourraient êtres exposés aux risques de contaminations ?
Il n’est pas trop tard pour revenir sur cette décision d’organiser ce meeting du 11 août, 2014. Pour une fois, le leader de l’UFDG devrait montrer à l’opinion que c’est lui le chef de file de l’opposition, en appelant à une annulation pure et simple de ce meeting.
37 sur les 114 députés élus sont de l’UFDG
Incontestablement, l’UFDG est une force politique qui pourrait être incontournable dans les décisions majeures concernant l’avenir de la Guinée. Après un score de 44% au premier tour de l’élection présidentielle de 2013 dans un lot d’une vingtaine de candidats, l’UFDG à elle seule, compte 37 députés au sein de l’Assemblée nationale, malgré les insuffisances signalées lors du scrutin législatif, par les représentants de l’UE. Un score rare à trouver pour un parti d’opposition, surtout en Afrique.
Avec une telle popularité, et un bon leadership, l’UFDG pourrait mettre l’exécutif en difficulté sans pour autant faire appel aux manifestations de rue. En effet, le leader de l’UFDG pourrait travailler avec ses pairs de l’opposition et de la mouvance pour dynamiser l’institution législative dans son rôle de contrôle du gouvernement. Ainsi, des sujets liés aux questions électorales pourraient être logiquement débattus au sein de l’Assemblée nationale sans pour autant faire recours aux manifestations de rue. Comme le disait l’Américain John Maxwell, « Leaders must be close enough to relate to others, but far enough ahead to motivate them ».
Ainsi, avec 47 députés élus, l’opposition pourrait facilement forcer l’exécutif à coopérer, avec l’appui des députés de la mouvance. Honnêtement, j’avais l’espoir que cette Assemblée nationale allait être la meilleure que la Guinée ait connu, surtout quand on se réfère à l’ambiance dans la salle lors de l’ouverture de la session parlementaire en avril 2014. Mais la radicalisation des deux bords politiques a fini par s’imposer pour rompre toute possibilité de dialogue digne de députés de la République.
Je comprends que la Guinée est en apprentissage dans le domaine de la démocratie, mais j’ose croire qu’il est dans l’intérêt de la Guinée d’apprendre à débattre, surtout des questions politiques, au sein de l’Assemblée nationale. Je demande donc au chef de file de l’opposition d’user de son influence pour rétablir le dialogue au sein de l’Assemblée nationale. Rien n’est tard dans un pays en apprentissage.
Conclusion
L’opposition a le plein droit d’organiser des manifestations publiques. Ceci est à l’honneur de la Guinée d’avoir une telle disposition dans sa constitution. Mais le moment n’est pas opportun pour organiser une manifestation publique. L’absence des autres leaders de Conakry, la non-participation de la COEP, la présence d’Ebola, et surtout l’opportunité de débattre des problèmes politiques au sein de l’Assemblée nationale pourraient être des arguments solides pour que le président de l’UFDG prenne la décision de sursoir à cette manifestation prévue le 11 août, 2014.
Je conclus en citant le célèbre politicien américain Henry Kissinger « A leader does not deserve the name unless he is willing occasionally to stand alone. » Ainsi, je demande au leader de l’UFDG de prendre la décision qui s’impose pour suspendre ce meeting, même si cela signifie défier ses pairs de l’opposition.
A bon entendeur salut !
D’ici là, merci de contribuer au débat.
A Aziz Bah
MBA/ MIS/ PMP
Information Technologies Consultant
Chef d’entreprise
A l’attention des lecteurs : Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.
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