Moussa Bella Barry Mercredi, 30 Juillet 2014 18:39
Etymologiquement le paternalisme désigne une attitude bienveillante familiale, protectrice et condescendante dans l'exercice d'une autorité d'un père vis-à-vis de ses enfants.
Paternalisme et politique
Le paternalisme peut aussi désigner une conception patriarcale ou faussement paternelle dont le but est de manipuler, sous prétexte de protéger. Le paternalisme politique vise à entretenir un rapport de dépendance et de subordination par le biais, entre autres, des subsides réellement accordés. Psychologiquement, elle consiste à estimer les adultes comme des enfants, à les infantiliser pour mieux les contrôler par les dons matériels, financiers et autres avantages.
Ruse du paternalisme
L‘aumône faite aux orphelins et aux nécessiteux est l’un des piliers de l’Islam. Mais ne nous laissons pas toujours prendre par certaines initiatives. En politique, toute initiative qui n’est pas connectée à l’autonomisation du citoyen est une tromperie potentielle. Il y a des cadeaux qui dissimulent mal une volonté d’influencer le choix individuel. C’est de la sorte que la ruse paternaliste abuse le citoyen brutalement. Pour atteindre son but paternaliste auprès du citoyen, la systématisation du paternalisme met à contribution les contraintes matérielles et financières des individus, avec le risque de détourner les personnes concernées de l’effort d’autonomie, qui est la seule garantie d’émancipation individuelle et collective.
Sous couvert de dons aux démunis et aux faibles de la société, l’objectif dissimulé est, volontairement ou viscéralement, d’entretenir la mentalité paternaliste et d’assistanat. Sous cet aspect chimérique, on nous annonce à longueur de mamaya sur les ondes télévisées et radiodiffusées, que le président de la République fait des dons de ceci et de cela aux femmes et à la jeunesse… Mais aussi la concurrence des dons par les sociétés de la place est bouleversante. La plupart de ces sociétés s’investissent outrancièrement dans les gestes de gratifications. L’étroitesse de la vision de ces initiatives devient préoccupante, lorsque ces pratiques mènent à la dépendance, encouragent l’esprit d’assistanat et la corruption, ou si elles se substituent à la fonction de l’autorité liée à un système de valeurs.
Pratique du paternalisme en Guinée
Le premier régime guinéen a développé une forme de paternalisme, en particulier pour éduquer l’homme révolutionnaire de type nouveau, en accordant à la population un certain nombre d'avantages sociaux tels l'éducation gratuite, les soins médicaux, loisirs, le ravitaillement en denrées alimentaires... En contrepartie, la population devait respect et obéissance à la révolution. Le paternalisme a alors semblé fidéliser le peuple, l'encadrer et légitimer le régime. Tout le monde a fait semblant d’admettre ce paternalisme étatique, alors qu’en réalité le citoyen n’a jamais vraiment été acquis à cette idéologie.
Le régime militaire a repris les anciens réflexes révolutionnaires fallacieux pour organiser autour du pouvoir kaki une clique d’oligarques issus de toutes les communautés. Le populisme à outrance était vu comme une sorte de notification de la fidélité envers le pouvoir. Et vinrent ensuite le régime de transition et celui d’Alpha Condé avec les dégâts, les us et abus que nous connaissons.
Conséquence du paternalisme d’Etat
Toutes les pratiques paternalistes des différents régimes guinéens cherchent à associer la liberté de choix et l’orientation des décisions individuelles, ceux-ci encouragent le caractère partisan du régime avec toute l’ampleur de ses méfaits. Le but visé a été toujours de légitimer le régime à tout prix. C’est de cette base que tous nos régimes s’arrosent indûment des prérogatives qui sont celles d’un père de famille. Cependant en tout temps le citoyen a cherché de s’écarter des options proposées par le pouvoir au bénéfice de ses propres solutions. Ce choix par défaut du citoyen est un système original qui le protège des abus ou des manipulations. La conséquence de cette clairvoyance du citoyen a toujours été guidée par l’instinct pavlovien de survie et de contraintes. Le Guinéen a toujours su s’adapter et tirer profit de cette donne.
Nous avons constaté cette habileté du citoyen lors des élections passées. Il a déjoué tous les pronostics voulus, nonobstant les manipulations de résultats et bourrages des urnes. Et malgré les efforts humains, matériels et financiers engagés pour la séduction des électeurs, le choix des électeurs n’a jamais été celui escompté par les états-majors des partis politiques, ou des différents régimes (Lansana Conté, Transition et Alpha Condé). Alors, c’est une chimère de voir en arrière plan des électeurs manipulables, à merci de la misère, pour distribuer des dons de riz, des subsides financiers ou autres donations à des fins électoralistes, cela ne pourra pas fondamentalement désorienter l’électeur dans son choix. Selon moi, seules les élections propres attesteront cette thèse.
Moussa Bella Barry
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