Tutankhamon Barry Jeudi, 24 Juillet 2014 21:07
Nous savons déjà que le manque d’eau, d’hygiène et d’électricité jouent un rôle néfaste sur la santé des Guinéens (diarrhée, choléra, méningite, et maintenant Ebola) ; mais peu de Guinéens se soucient de la pollution de l’air. La pollution atmosphérique ne fait pas partie de nos préoccupations.
Nous sommes déjà menacés par l’Ebola, le virus AC et surtout l’armée!
Et pourtant, à Conakry, il faut vraiment fournir des efforts supplémentaires pour respirer ! L’air est constamment pollué par le plomb qui, jusqu’à récemment, servait à améliorer l'indice d'octanes de l'essence1. L’air est aussi pollué par les vieilles voitures qui ne sont pas entretenues correctement, les embouteillages qui ne finissent pas, l'incinération des ordures dans les quartiers, le charbon utilisé par nos braves ménagères pour nous préparer du bourékhèbandé, les sacs plastiques et les ordures qui jonchent les rues et les bordures de mer.
La liste est longue sans parler de la pollution maritime générée par le transport d'hydrocarbures
Le plomb tétraéthyle : un liquide incolore, huileux, et très toxique avait aussi un rôle de lubrifiant sur les sièges de soupapes2. Mais en raison de la toxicité et de l'impact sur l'environnement du plomb, ce produit toxique utilisé comme carburant a été interdit au Canada depuis 1993 et aux Etats-Unis depuis 1995. En Europe aussi, le plomb est interdit à la vente par l’Union européenne depuis l'an 2000. Il parait être que l’Afrique aussi roule sans plomb depuis 2006 d’après le Programme des Nations Unies pour l’environnement.
La réalité toutefois, est que l’atmosphère de Conakry est devenue un produit chimique très toxique pour les Guinéens, les animaux et la plupart de nos plantes dans l’indifférence totale des autorités. Même les lézards qui, autrefois, serpentaient sur les murs et les toitures des maisons se font rares. Sont-ils menacés de disparition ? Ont-ils immigré au Sénégal ou en Angola comme certains de mes compatriotes menacés par l’ethnocentrisme et le virus AC ?
A mon avis, les autorités doivent être tenues pour responsables de l’insalubrité et de la dégradation de l’environnement dont les résultats alarmants sont les maladies respiratoires et cardio-vasculaires.
A Conakry, le visiteur a tout de suite l’impression de manquer d'air et une sensation d'étouffement. On a le souffle court et rapide. Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le visiteur devient fou3.
Selon les dernières nouvelles, avec les dernières statistiques, le gouverneur de la ville a trouvé la recette gagnante pour nettoyer Conakry. D’après lui « Pour la ville de Conakry, les résultats du recensement général de la population montrent que la ville compte 1 622 000 habitants. Le calcul qui est fait nous amène à 8110 tonnes d'ordures jetées dans la rue par jour, si chaque Conakryka produit un minimum de 5 kg d'ordures par jour. Or, nous on était à 2000. On ne savait pas d'où émergeaient les choses, et ça créait beaucoup de bruit dans la cité » (Guineenews). Peut-on nettoyer Conakry avec des statistiques largement erronées ?
Selon les statistiques « RPGistes » les plus récentes en matière de recensement général de la population guinéenne 2014, la région administrative de Conakry a une population de 1.667.864 habitants. Etant donné que Kankan est la ville la plus peuplée de Guinée (selon les statistiques RPGistes) avec une population de 1.986.329 habitants, je me demande comment se trouve l’état des lieux en matière de pollution.
Conséquences de la pollution
Deux millions de Conakrykas font face à l’effet nocif de la pollution. La présence du plomb dans l’environnement favorise l’apparition des maladies dermiques (eczéma), cardio-vasculaires (hypertension), cognitives (troubles de mémoire), pulmonaires (asthme), neurologiques (maux de têtes fréquents). A Conakry, la pollution de l'air est le principal risque environnemental pour la santé. Malheureusement, comme dans d’autres secteurs, l’Etat guinéen ne fait absolument rien pour répondre au caractère complexe de la problématique environnementale. Le gouverneur de la ville de Conakry qui n’a aucune politique environnementale, va même jusqu’à accuser les opposants d’être responsables de l’insalubrité de la ville : « ce sont les hommes politiques qui poussent les jeunes à jeter les ordures dans les rues, faute de pneus à brûler ». En attendant une politique réelle de nettoyage de la ville, le Conakryka est aujourd’hui soumis à une cruelle agonie par les odeurs causées par les déjections, les ordures ménagères.
Barry Tutankhamon
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