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De Diallo à Diallo, quelle impunité ?
Nathalie Zajde Jeudi, 15 Septembre 2011 16:37
Je ne sais si Mme Nafissatou Diallo a été ou non victime de violences sexuelles à l'hôtel Sofitel de New-York en mai. En revanche, je sais, et nous sommes très nombreux à en avoir les preuves, que plus de 100 femmes guinéennes, dont une majorité de Peules, ont été le 28 septembre 2009 et les jours qui ont suivi, victimes de viols atroces et de tortures commis par des militaires, gendarmes et responsables politiques guinéens dont certains clairement identifiés, et qu'à ce jour, exactement deux ans après les terribles événements, aucun n'a été arrêté, ni même convoqué par des juges.
Pour rappel, le 28 septembre 2009 à Conakry devait avoir lieu dans la matinée, une immense manifestation pacifique, réunissant plusieurs dizaines de milliers de Guinéens au stade du 28-septembre. Cette manifestation organisée par les leaders de l'opposition et les associations de la société civile, avait pour raison le refus d'une grande partie des Guinéens de voir le président nommé par intérim, le capitaine Moussa Dadis Camara, enfreindre son engagement solennel et présenter son inacceptable candidature aux élections présidentielles, qui devaient être les premières élections libres et transparentes de l'histoire de la Guinée.
Après avoir tenté de faire interdire au dernier moment cette manifestation, le capitaine Dadis Camara a laissé des dizaines de milliers de manifestants entrer dans l'enceinte du stade, pour les y enfermer et faire tirer sur la foule en panique. Les milices de Dadis, aidées des gendarmes et de la brigade anti-drogue ont, par groupe de trois ou quatre, poursuivi des femmes peules, âgées de 14 à 60 ans, les attrapant brutalement, les dénudant entièrement, les violant à l'aide de leur pénis, de leur poing, de leur fusils, de leur matraque. Les injuriant, les frappant sur la tête, sur le ventre, sur les jambes, sur le dos et leur certifiant qu'elles ne sortiraient pas vivantes du stade puisqu'elles étaient des "sales Peules".
Celles qui ont survécu au massacre, celles qui ont échappé à la mort, celles que nous soignons au Centre mère et enfants (CME) de Conakry, sont celles que leurs bourreaux ont laissées pour mortes et dont ils n'ont pas eu le temps de faire disparaître le corps. L'équipe médico-psycho-sociale du CME de Conakry les prend charge, médicalement et psychologiquement depuis le lendemain des événements ; elle a longtemps assuré leur sécurité civile. Nous avons longuement parlé avec elles ; nous savons dans le moindre détail ce qu'elles ont vécu pendant cette journée terrible. Nous connaissons le contenu de leurs cauchemars, nous soignons leurs frayeurs, leurs angoisses, leurs sursauts. Nous nous préoccupons de la façon dont elles pourraient reprendre leur place dans leur famille, leur quartier, leur village. Nous connaissons aussi le nom de certains de leurs bourreaux, dont aucun n'a été convoqué par la justice.
La majorité des femmes violées prises en charges au Centre mère et enfants du professeur Baldé ont repris goût à la vie. Mais quand elles entendent sur les ondes de la radio guinéenne la voix d'un des responsables de ce massacre menacer quiconque oserait porter plainte contre lui : "Attention à ceux ou celles qui voudraient prononcer mon nom et me mêler à cette affaire… !", alors que non seulement le pays entier, mais aussi les responsables de la Cour pénale internationale savent pertinemment qu'il est l'un des premiers coupables, elles frémissent de peur, et présentent à nouveau des signes de décompensation psycho-traumatique.
Quand elles voient que l'un des trois principaux instigateurs et acteurs de ce massacre se fait décorer par le président guinéen actuel, quand elles apprennent qu'un autre, ministre à l'époque, occupe à présent un poste de haut responsable dans une institution internationale et veut recevoir des reconnaissances de partout y compris de la France, elles font à nouveau de terribles cauchemars. La négation de l'événement est toujours un traumatisme supplémentaire. Le bourreau qui, en toute impunité, dit ouvertement qu'il n'y était pas, qu'il n'a rien à voir avec le crime, qui menace et à qui on donne la parole et une place honorable, est en train, à distance, d'achever sa victime.
La Guinée, malgré l'intervention politique des Nations unies et les visites et rapports officiels de la Cour pénale internationale vit toujours dans un semblant de justice, en l'absence de toute réparation. Cette impunité est un grand malheur pour la santé des victimes. Constater que ses bourreaux continuent à vivre normalement, à bénéficier des avantages dont se prévalent les militaires et les responsables en Guinée, les entendre menacer quiconque souhaiterait les poursuivre en justice, alors que des élections présidentielles "libres et transparentes" ont finalement bien eu lieu, constitue pour les victimes de viol et de violence politiques une agression supplémentaire, à l'origine d'un second traumatisme.
DSK a été arrêté, emprisonné plusieurs jours, puis assigné à résidence. Le coupable présumé a dû démissionner de son poste. Finalement, au bout d'une procédure et d'une enquête approfondie qui aura duré plusieurs mois, au vu des éléments du dossier, la justice américaine a décidé d'abandonner les poursuites au pénal. On s'étonne dans les media guinéens et internationaux que le procureur Vance ait demandé l'arrêt des poursuites contre M. Dominique Strauss-Kahn et que le juge ait prononcé l'arrêt effectif de la procédure.
Je m'inquiète pour la santé des femmes violées de Guinée et pour l'avancée des processus démocratiques dans les pays abandonnés par les politiques et les média. Et c'est à mon tour de m'étonner : pourquoi préfère-t-on parler, depuis des semaines de manière quasi quotidienne, de la femme de chambre Nafissatou Diallo et de Dominique Strauss-Kahn, pourquoi envoie-t-on des reporters au fin fond de la Guinée, ou alors dans son immeuble new-yorkais, pourquoi les rédactions des grands et petits médias du monde entier dépensent-elles des milles et des cents pour installer des journalistes 24 heures sur 24 devant l'habitation d'un présumé coupable de viol, alors que des crimes sexuels de masse politiques, des crimes atroces ont été commis en Guinée contre des femmes, essentiellement peules, qu'on connaît les violeurs et que ces crimes sont restés totalement impunis ?
Pourquoi les média ne postent-ils pas des journalistes devant les maisons des violeurs à Conakry dont on connaît parfaitement l'adresse ? Pourquoi ces journalistes ne cherchent-ils, avec la pugnacité qu'on leur connaît, à obtenir d'eux une interview ? Pourquoi les journalistes ne font-ils pas des enquêtes sur le système judiciaire guinéen ? Pourquoi les femmes violées, en grande majorité des Diallo, des Baldé, des Barry, ne sont-elles pas régulièrement interviewées par des journalistes afin que les crimes qu'elles ont subis soient connus du monde entier, et enfin jugés ? Les victimes du stade ont peur ; elles sont menacées. Les journalistes et les politiques internationaux le savent. Qu'ils prennent leur responsabilité.
Nathalie Zajde
Maître de conférences, Université de Paris VIII,
Responsable de la cellule psycho-sociale du Centre Mère et Enfants à Conakry
Source : Point de vue | LEMONDE.FR | 15.09.11
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Commentaires
Je voudrais poser une question aux nombreux intellectuels foutaniens qui écrivent sur ce site et sur d'autres. Avez-vous, messieurs, mesdames, le sentiment que votre belle et profonde prose a un effet quelconque sur le cours des évènements en Guinée? Ne pensez vous pas qu'il est temps de se mettre au niveau des ennemis du Fouta? Pour ma part, je dis que la violence appelle la violence car jamais, dans la nature, l’herbivore n'a pu vaincre par ses belles paroles le carnivore. Le jour que foutanien cessera dêtre une vache pour être un chien, ce jour-là on le respectera parce que les chiens savent où se mordre.
@ Paykoun Fouta, vous avez parfaitement raison, je partage le même point de vu que vous, et je suis sûr que nous avons les mêmes preoccupations. J'aimerai avoir un contact avec vous, vous pouvez demander au webmaster mon e-mail, j'autorise de vous le transmettre si vous en faite la demande.
faternelement
moi, je veux même pas qu'on me parle de guinéens et de leur éventuel réveil. ils dormirons aussi longtemps que c'est les peuls seuls qui trinquent. kippeng hooré men tertoden wii gol guinnéen. komen waraa woo, komen tampinaa woo, no fotanabé é yargol ndiyyang! finou thierno GANDHI, hida wadi pacifik haa pourti.
Mr nassir bah, mi wodira allahou, ko goga tiguiri makoudhon, hande sucabhe foulbe foy no hani darade fi dandougol horemen.
mi torikeon yandi djonelan adresse mon e-mail on yandi fi allah.
wassalam
http://www.ganndal.com/index.php?option=com_content&view=article&id=476:honto-wore-fule-en-woni-
Faternelement
Paykoun Fouta, c'est comme si tu lisais ma pensée. et je sais qu'aujourd'hui, beaucoup de jeunes du fouta pensent comme nous. c'est nos ainés qui sont responsable de nos malheurs présents. ils ont été moues quand ils fallait étre solide, on été conciliants quand il fallait étres fermes, se sont exilés quand ils fallait se battre, ont collaborés quand ils fallait dénoncer. si nous nous répetons les mêmes erreurs qu'eux, nos enfants se plaindrons des mémes choses que nous. le moment de se battre est venu. c'est ma conviction. de
grâce,publiez mon comment.
@ nasssir bah, vous avez parfaitement raison, je partage le même point de vu que vous, et je suis sûr que nous avons les mêmes preoccupations. J'aimerai avoir un contact avec vous, vous pouvez demander au webmaster mon e-mail, j'autorise de vous le transmettre si vous en faite la demande.
faternelement
On ne peut reussir le combat contre l’ethnocentrsime en fondant nos organisations et en articulant nos messages constamment autour d’une rethorique et des symboles exclusivement ethniques. La justice et une valeur et un ideal universel. Il faut recadrer le message autour de cet aspect. Cela nous permet d’operer sans difficulte et de maniere officielle au niveau international, faire du lobbying pour soutenir notre cause. J’ai l’impression qu’il ya amalgame entre volonte de promotion de l’identite Peulh et combat pour la justice!
A ceux qui parlent de resitance armee, je dis : on ne peut se coucher a Paris, Berlin, NY ou Bruxelle et promouvoir la rethorique de Guerrilla! Ca na pas de sens!
Je dis qu'il faut s'organiser, savoir a qui et comment parler du probleme de maniere a trouver une solution. Pour ceux parlent de combat et autre types de resistance, revisitez l'histoire de mouvement comme l'ANC, les noirs aux USA, le probleme Rwandais, etc. Nous ne sommes pas victimes parce que nous sommes Peulhs mais parceque nous sommes "Peulhs en Guinee" et reclamons notre droit inalienable dans la gestion du bien commun a tous qui est la Guinee!
Il faut savoir comment s'y prendre.
Ce qui me surprends le plus, c’est le mutisme des dirigeants. Pire encore lorsque, qu’ils se vantent d'avoir voyagé à travers le monde, habité dans des hôtels 5 étoiles, ou quand ils commentent la beauté de telle ou telle ville, etc. Ou lorsqu’ils se disent impressionnés par l’organisation, la puissance des institutions démocratiques, la bravoure des citoyens etc. de tel ou tel pays. Combien parmi eux prennent conscience qu’il faut travailler pour que la Guinée ressemble à une de ces villes ? Ils doivent prendre conscience que le développement de la Guinée ne se fera par nulle autre personne que les guinéens eux-mêmes. Ce qui signifie qu’il faudra que les décideurs mettre les personnes compétentes à la place qu'il faut pour doter la Guinée d'institutions fortes et respectueuses des principes fondamentaux de la démocratie.
Où est la dignité d'humain en ceux-là?
Votre texte décrit parfaitement bien le comportement quasi animal d'Etat sauvage incrusté dans les hommes et leurs acolytes, auteurs des ignominies du 28 septembre 2009. Des hommes qui, sans aucune pensée pour leurs propres mères, soeurs ou épouses, se sont rendus coupables de tels viols et violences , ce jour -là, et qui vivent, la conscience apparemment tranquille, méritent-ils vraiment le nom d'hommes?...
Neanmoins , je dois dire , ce n'est que mon avis , elle pose le VRAI PROBLEME et demande aux "FAUSSES PERSONNES " ( journalistes et politiques internationaux ) de prendre LEUR RESPONSABILITE ! Ils ne seront pas plus royaliste que le roi.
C'est le silence des POLITIQUES NATIONAUX qui est effrayant . Evidenment , apres avoir accepete ce marche sordide et degoutant , de remboursement du sac qu'il y a eu a leur domicile , ils ne peuvent plus "l'ouvrir " .
Une plainte collective aurrait fait l'effet escompte . Comme le dit Mr Gandhi Barry , l'argent , on le recupere toujours ..Pas les vies humaines .
Je les ACCUSE de Lachete et de Trahison vis a vis des victimes de cette horrible journee .
Il est pesant , le silence des amis , quand on vous martyrise !
grâce,publiez mon comment.
Je voudrais poser une question aux nombreux intellectuels foutaniens qui écrivent sur ce site et sur d'autres. Avez-vous, messieurs, mesdames, le sentiment que votre belle et profonde prose a un effet quelconque sur le cours des évènements en Guinée? ........ Le jour que foutanien cessera dêtre une vache pour être un chien, ce jour-là on le respectera parce que les chiens savent où se mordre.
Mon cher "jeune du Fouta Masqué" je comprend ta rage mais je peux t`assurer que la haine ethnique ne sera jamais détruite par une autre haine ethnique. Tu joues parfaitement le jeu que les extrémistes malinkés veulent te voir jouer comme cela nous serons tous co-responsables de la guerre civile devant tous les démocrates du monde. De plus personnellement ton appel a la guerre aura toujours très peu de poids tant que tu le diras à visage masqué. Tu as donc si peur pour toi-même de tes propres idées?
Le plus grand obstacle pour l'etablissement de la justice c'est l'inactivisme de la majorite 'silencieuse'! Chacun peut agir, a titre individuel ou dans la cadre d'une organisation, en interpellant les organisations internationals par ecrit, par telephone, en supportant financierement des organisations comme Pottal. Il faut refuser d'oublier, il faut refuser d'etre passif, il faut agir!
“In the End, we will remember not the words of our enemies, but the silence of our friends.” M. L. King
Votre temoignage, si vivant, me donne la chair de poule.
La reponse aux questions de votre requisitoire? C'est tout simplement parce que c'est l'un des Parrains des coupables qui habite le palais presidentiel guineen; et ses amis tels Bollore et Kouchner qui controlent la majorite des moyens de communication "franco-francophones".
Le peuple de martyr de Guinee vous est reconnaissant!








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