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Réquisitoire en faveur d’un engagement intelligent et responsable pour une Guinée unie et démocratique

Thierno Aliou Diallo  Lundi, 21 Juillet 2014 14:52

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DIALLO_Thierno_Aliou_01Que pourrais-je dire que les autres n’ont pas dit et que serais-je si je ne disais rien parce que les autres ont tout dit ?

Qu’est-ce que je pourrais dire que certains n’ont pas encore dit ou contituent inlassablement de clamer depuis des années ? Quelle critique ou analyse politique et socio-économique pourrais-je proposer pour mettre en mots la situation de notre cher pays la Guinée ? Peut-être ne devrais-je tout simplement pas fermer ma bouche parce que je n’ai rien d’original à proposer et me dire que les autres le feront à ma place et somme toute rien ne changera dans ce « riche pays, si riche qu’il se targue d’être un pays à scandale géologique et le château d’eau de l’Afrique de l’ouest ». Conscient de cette richesse si dense au point où depuis plusieurs décennies les Guinéens n’ont ni eau ni électricité. J’observerais tout béat, empli d’une félicité extatique, les flux d’actualités de mon pays, cloué sur un canapé soyeux loin des gageures existentialistes et politiques, telle une lugubre et salubre statue avachie par le temps jadis dédiée à la mémoire de nos valeureux aïeux morts dans les champs d’honneur pour nous libérer comme nous rappelle notre hymne national. Que serais-je alors, un cynique personnage ? Un sage pensant qui, par son mutisme stoïque, contribue sagement à la préservation d’une société malade au nom de la quiétude sociale ? Que serais-je en observant mon environnement se putréfier. Le sang couler sans discontinuité sur la terre que j’ai foulée des milliers des fois sans que je m’y offusque ? Que serais-je en contemplant Ebola asseoir la désolation partout en Guinée ? Que serais-je en contemplant passivement les crimes perpétrés par les « bérets rouges » et certaines unités des forces de l’ordre lundi 28 septembre 2009 au stade qui porte le même nom ? Que serais-je en observant les violences entretenues et orientées de certains militants vers une frange de la population comme celles enregistrées à Siguiri ? Que serais-je en ne me désolidarisant pas des troubles communautaires qui ont eu lieu en Guinée Forestière ? Que serais-je en observant au jour le jour le tissu social se fissurer à cause de l’ivresse de tous ceux qui nous dirigent et ceux qui aspirent à nous diriger ? Que serions-nous si nous ne rappelions pas à tous les Guinéens la dangerosité de l’ethnocentrisme et du mépris de tous ceux qui instrumentalisent nos frères et sœurs pour parvenir à leurs intérêts singuliers ? Serais-je toujours un homme en contemplant toutes ces atrocités sans broncher ?

Non je serais tout sauf un homme. Je serais un « comploteur » complice de ne pas être venu en aide à des personnes en danger. Complice d’être resté sourd et muet aux appels stridents et désespérés de mes compatriotes. Cela est aussi valable pour tous ceux qui agiraient comme moi. Tous ceux qui se tairaient de crainte de briser les chaines de l’unité nationale alors que l’unité nationale est un leurre, une espèce de masque à gaz pour ne pas respirer l’ambiance pestilentielle qui prévaut entre guinéens.


Indignons-nous mes frères et sœurs

Indignons-nous comme disait un résistant français. Si certains peuvent vivre avec toutes ces atrocités en se disant qu’ils ne sont pas concernés parceque certains le feront à leur place et qu’ils n’apporteront rien de nouveau sur ce qui a été dit. Moi je dis non, indignons-nous mes frères et sœurs.

Je pense qu’il faut continuer à dénoncer quitte à reprendre la même litanie, peut-être à force d’insister quelques citoyens finiront-ils par comprendre l’utilité du dialogue et des échanges ne serait-ce que via les forums et autres canaux d’information. Nous n’avons certes pas le pouvoir, mais nous avons ce dont personne ne pourra nous priver notre faculté et liberté de penser. En tant que citoyen nous avons le devoir et l’obligation de nous impliquer de manière intelligente aux affaires de notre pays.

Ceci dit, dans un pays où il devient très difficile d’être guinéen avant d’être autre chose. Indignons-nous mes frères et soeurs mais prenons soin de l’indispensable recul et sang-froid nécessaires vis-à-vis de nous, de nos origines et de nos schémas de pensée habituel. Pour y parvenir, nous devons nous atteler à intégrer les atteintes des autres et de leurs manières de voir le monde. C’est ce qui demande un effort permanent à nous décentrer de nos « sociotypes » en privilégiant « des tables de correspondance » beaucoup plus pertinentes pour favoriser des échanges constructifs. Sans ces efforts permanents chargés d’altérité voire d’empathie, toutes nos tentatives communes d’instruire notre société au moyen de l’information, des échanges contradictoires auront peu de chance d’atteindre les buts visés. Dans certains cas, nos discours au lieu d’apaiser les tensions toujours vives contribueront à polariser les défiances et les situations de suspicions entre les guinéens et produiront les effets pervers.


Mais faisons-le avec intelligence

Indignons-nous en dénonçant intelligemment les errements de nos dirigeants et de ceux qui aspirent à les remplacer en devenant les sentinelles de notre pays, de notre jeune et prometteuse nation car cinquante années c’est très jeune dans l’apprentissage de la démocratie. La marche vers la démocratie est un long chemin semé d’embûches où il faudra apprendre de nos erreurs. En mettant judicieusement à profit nos erreurs, nous avons de fortes chances d’instaurer un Etat de droit dans ce pays là où les occidentaux ont mis près de mille ans de guerre pour parvenir à leurs démocraties. Exigeons avec énergie et sans relâche mes frères et sœurs que justice soit rendue pour tous les crimes commis par des Guinéens contre des Guinéens afin que notre devise Travail-Justice-Solidarité ait pleinement tout son sens. Que cela nous amène à nous battre jusqu’à en venir aux mains s’il le faut mais faisons-le avec intelligence pour les intérêts supérieurs de notre pays. Faisons-le dans la recherche de la vérité en nous inspirant de notre constitution, de nos textes, de nos traditions séculaires mais aussi de ce qui a réussi chez nos voisins et les pays avec lesquels nous faisons affaires.

Nous n’avons pas choisi de naitre dans le même territoire ni de partager la même nationalité, mais puisque la destinée a fait que nous nous retrouvions ici, perpétuons ce dont on a hérité de nos parents, le vivre ensemble et l’entraide.

Qu’on le veuille ou pas la Somalie, l’Ethiopie, l’Egypte, Koumbi Saleh, le Tekrour sont actuellement très loin des terres guinéennes. Peut-être beaucoup d’entre nous sont venus à des moments très lointains de ces contrées, cependant nous sommes aujourd’hui tous des Guinéens liés par le même destin et confrontés aux mêmes difficultés. Parler de la Guinée et de son histoire c’est parler de toutes les composantes de ce pays, donc choisissons les mots adaptés pour parler de nos problèmes collectifs. Laissons les Somaliens, les Ethiopiens, les Egyptiens raconter leurs histoires. A ceux qui pensent et clament haut et fort, je ne sais pour quelles raisons, que je suis autre que guinéen, je réponds Non je ne suis ni somalien ni éthiopien. Nous sommes tous guinéens avec des dominances culturelles ouest africaines au sein desquelles « des sous-cultures » cohabitent.

 

Gardons l’espoir et ayons foi en l’avenir

J’ai espoir qu’un jour tous les Guinéens conscients de l’importance de la primauté de la nationalité à l’entre-soi communautaire se lèveront tous ensemble pour instaurer une vraie démocratie où « le primat de la forme sur le contenu et le déni de la souveraineté du peuple » ne seront plus acceptés. J’ai aussi espoir que les intellectuels guinéens dans leurs élans de révolte et d’indignation motivés par la recherche de la vérité, trouveront les mots adéquats, justes, pour se faire comprendre des autres Guinéens.

Enfin, pour parvenir à une plateforme ayant pour finalité d’encourager l’avénement d’une démocratie apaisée, réelle et progressiste, il est indispensable d’établir un consensus raisonné sur les poids des choix politiques à opérer et les moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs politiques. Pas de formule magique ou des modèles prêts à porter, il faut apprendre de nos erreurs, écouter les aspirations des peuples et compter essentiellement sur les ressources endogènes. Amarya Sen ne disait-il pas : « la politique de la démocratie donne aux citoyens, une chance d’apprendre des uns et des autres, et aide à la société à donner forme à ses valeurs et à ses priorités. Même l’idée de "besoins", qui inclut la compréhension des besoins économiques, requiert une discussion publique et l’échange d’informations, de points de vue et d’analyses. Dans ce sens, la démocratie joue un rôle constructif. » (SEN, 2006b, p. 71).


Diallo Thierno Aliou G.


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