Moussa Bella Barry Mercredi, 16 Juillet 2014 10:08
L’esprit de confiance réciproque est indispensable pour toute base de dialogues féconds. Pourtant aussi longtemps que les acteurs liés à un dialogue ne veulent pas comprendre que les pertes comme les bénéfices doivent être partagés, toute initiative de pourparlers est vouée à l’échec. Tenir de pareilles sentences n’est pas de la provocation. N’en déplaisent aux esprits réducteurs, mais la démocratie se construit à ce prix. Il est nécessaire de nous indigner pour revendiquer nos droits et accomplir nos devoirs.
Il ne faut plus se laisser abuser par nos politicards, ou se résigner et être aveuglé par des soi-disant garanties d’une communauté internationale mue par ses intérêts stratégiques et commerciaux.
Espoir suscité par le dialogue
Le début du dialogue de réévaluation des accords du 3 juillet a fait naître beaucoup d’espoir auprès des Guinéens et des amis de la Guinée. Beaucoup ont cru qu’enfin les acteurs politiques ont compris que la confiance constitue le nœud de toutes relations de collaboration et de solidarité car, sans confiance, tout dialogue tourne au néant ; qu’ils ont accepté d’ensemencer la confiance et l’espérance. En définitive ils souscrivent à l’assertion selon laquelle lorsqu’on donne la confiance et l’espérance aux Guinéens, ils sont capables de mobiliser des énergies et des intelligences qui pourraient bâtir une Guinée solidaire et prospère.
Le résultat du dialogue suscite encore toujours une grande attente. Comme tous les peuples du monde, le peuple de Guinée a aussi besoin de vivre dignement, la population veut être respectée, elle revendique une bonne gouvernance qui ne confonde pas l’intérêt privé et l’intérêt général. Le peuple de Guinée veut la justice et la paix au-dessus de tout.
Comment l’impasse persiste-t-elle?
Pauvre de mon pays ! Nous sommes un pays habitué aux scandales et à l’injustice, à la corruption et à l’avidité, au mépris et aux mensonges, à l’exclusion, à la loyauté envers des personnes et non en vers l’Etat, au clientélisme et au népotisme, aux violences et à l’impunité conduisant à la mort et à la misère. Nous sommes accoutumés à un vulgaire nomadisme politique. Alors l’euphorie du dialogue nous fait vite oublier que nous avons à faire à des négociateurs guinéens. Ces plénipotentiaires réfractaires à tout changement s’aperçoivent partout d’embuches autour des accords issus du dialogue politique entre Guinéens, et s’acharnent à exiger l’inacceptable dans le seul but de rabaisser ou d’enfoncer le rival politique. Ils continuent chaque fois à relancer les polémiques qu’ils auraient particulièrement intérêt à éteindre.
Cette nature de se comporter contribue-t-elle à donner la confiance réciproque dans les pourparlers entre l’administration et la mouvance d’un côté et l’opposition de l’autre ? L’inquiétude est permise, si l’on se réfère au jugement porté sur le document final présenté par le pouvoir comparativement aux espérances qu’il a suscitées, et ensuite de cela, aux réactions formulées par la mouvance présidentielle et à celles présentées par l’opposition.
Pendant que la mouvance présidentielle atteste au document final déposé par le pouvoir, d’être un papier qui correspond exactement aux cinq points qui ont été discutés lors du dialogue, l’opposition affirme quant à elle que, le document final est en désaccord avec l’esprit des pourparlers, car il est lapidaire et trop succinct. Et le texte présenté par le pouvoir occulte beaucoup de points fondamentaux qui ont été discutés.
Comment sortir de l’impasse ?
Jamais depuis l’indépendance, le tissu social guinéen n’a été dans une situation aussi malaisée, aussi compliquée. Jamais les Guinéens n’ont été autant déroutés. Le jeu politicien a fini par désorienter la population. C’est ainsi que le peuple demande le dialogue franc entre le pouvoir et ses opposants. Il faut qu’ils restaurent la confiance entre eux. Le malaise actuel est augmenté par la crise de confiance du peuple face à ses mandants et gouvernants. Cependant les expressions négatives et réactions de rejet de la politique et des politiciens sont antinomiques à l’instauration d’une démocratie participative. Ceux-ci sont de vrais-faux problèmes guinéens. Les politiques devraient comprendre que les problèmes du pays sont si complexes, qu’un groupe tout seul ne peut pas cerner et résoudre ces problèmes.
Après le conclave autour des accords du 3 juillet, nous soutenons que la sincérité seule oblige les protagonistes de la discussion de réaliser un travail tangible capable de résoudre les problèmes guinéens avec la sortie de l’impasse politique. Nos politiques peuvent-ils être véridiques dans les pourparlers ? L’attention particulière et la contribution sincère de tous les acteurs et responsables politiques semblent être nécessaires pour nous débarrasser des adversités tactiques. La réussite des pourparlers en dépend. La collaboration devrait se faire dans un esprit constructif de vérité, d’honnêteté et de sincérité. Le respect méticuleux des pactes conclus est intellectuellement honnête, il est indispensable pour réinstaurer la crédibilité entre les interlocuteurs du dialogue. Le facteur de fiabilité des engagements entre les protagonistes est important pour l’intérêt général. Un dialogue juste nous évitera de fortes tensions politiques à la veille des élections.
Moussa Bella Barry
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