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Lettre ouverte à Alpha Condé, président de la République de Guinée

Nouhou Badiar Diallo  Mercredi, 11 Juin 2014 10:25

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DIALLO_Nouhou_Badiar_4_01EXCELLENCE MONSIEUR ALPHA CONDE
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DE GUINEE - CONAKRY


L/No1/AN15 du 9 Juin 2015


Excellence Monsieur le Président,

Il peut paraitre impertinent et irrespectueux d'interpeller un chef d'Etat, surtout celui qui préside aux destinées de la nation la plus fière d'Afrique. Je suis certain cependant que vous ne vous offusquerez pas de ma démarche surtout lorsque celle-ci consiste à plaider pour la légitime cause de mon peuple.

Excellence Monsieur le Président,

D'après des informations dignes de foi et vu le retard volontairement accusé, il semblerait que nous nous acheminons vers un report sine die de la présidentielle de 2015. Si cela s'avère exact, le peuple de Guinée aura été atteint dans sa nervure la plus sensible, et pourtant constituant son espoir et son droit le plus élémentaire. Quel que soit le niveau de votre expérience politique, j'ose espérer que vous n'allez pas accepter d'être comptable de tels faits.

Excellence Monsieur le Président,

A la tête de la Guinée depuis décembre 2010, vous avez mis le pays dans les serres d'un conglomérat, pis, d'une clique de malfamés d'affairistes. Nos recettes minières se volatilisent sans trace.

Oui Monsieur le Président ! C'est à cela que les Guinéens assistent aujourd'hui. Dilapider les fonds issus de nos ressources minières pour faire ombrage au progrès de la Guinée et mettre un frein à son épanouissement, afin que vos proches et vos complices, viennent à quémander leur pitance à la Guinée.

Excellence Monsieur le Président,

Dans la perspective des élections présidentielles, nerveux et peu maitre de vous, vous vous refusez de respecter vos engagements sanctionnés par les accords-cadres du 3 juillet. Puis, vous vous occupez plus du RPG que de vos fonctions de Président de la République. Plus grave encore, au mépris des principes de séparation de pouvoir, vous avez donné des instructions fermes au président de l'Assemblée nationale, comme quoi vous ne voulez plus l'implication de la Communauté européenne tout simplement parce que celle-ci exigerait sans doute, la transparence des urnes. L'obligation de tout chef d'Etat respectable, est de défendre la vérité des urnes, car c'est de la volonté du peuple, donc de sa liberté dont il est question; et ceci quel qu’en soit l'adversaire. La politique est une saine appréciation des choses. Alors transformez vos adversaires politiques en alliés et votre combat aura un but. Approchez-les et ils comprendront mieux.

En effet, maitrisant mal vos fonctions et vos nerfs, vous avez toujours donné une fin de non-recevoir aux leaders de l'opposition qui ont plusieurs fois manifesté leur souhait d'engager un dialogue direct avec vous. De même, vous vous arrogez le droit de démettre des élus du peuple non RPGistes qui sont là par le peuple et pour le peuple. Cela est un véritable savant mélange de magouille et d'arbitraire. Malgré votre haine viscérale contre les populations guinéennes, et même avec un bilan globalement négatif, vous cherchez, grâce au trésor public devenu votre porte-monnaie, à séduire et à acheter la conscience des guinéens.

Excellence Monsieur le Président,

Faisant allusion à vos célèbres diatribes. En 2013, dans une interview au quotidien français les "ECHOS", à la veille de votre départ pour Londres ou vous deviez prendre part au G8 en Irlande du Nord, vous avez fustigé la corruption et le manque de transparence dans le secteur minier guinéen. Sans pour autant convaincre l'opinion, déjà au fait de la façon dont les mines sont gérées en Guinée, avec une forte implication très remarquée de certains de vos proches, notamment votre fils. Jamais la gestion des mines guinéennes n'a connu une opacité aussi grave et aussi révoltante. Vous nous parlez de signature de grands contrats miniers mais aucune retombée favorable n'est venu soulager les populations martyres de Guinée. Le peuple de Guinée ne se retrouve plus et sa jeunesse demeure désemparée voire désœuvrée. Des dignes femmes résignées et mettent tout en œuvre honnêtement pour pouvoir joindre les deux bouts. C'est une véritable misère tous azimut à son paroxysme. Des milliards de nos francs ont été engloutis pour développer notre pays. Mais jamais rien n'a abouti car votre Gouvernement traite les questions de développement selon une logique de projets et non de programmes. C’est pour toutes ces raisons que votre politique du développement disproportionnée est toujours incapable de montrer qu’elle suffit à conduire la Guinée à la prospérité, à la stabilité et à la paix.

En effet, la destination réelle de ces fonds engloutis reste logée dans une opacité totale. Et pour tant à votre prise du pouvoir voici quatre ans bien sonnés, vous avez promis haut et fort de lutter contre la corruption. Pour vos quatre ans de gestion calamiteuse le peuple de Guinée n'a récolté que la misère et la désolation.

Excellence Monsieur le Président,

Il y a un peu plus d'un an la Guinée accédait à l’initiative pays pauvre très endetté (PPTE) avec à la clé l’annulation de la grande partie de sa dette extérieure auprès de ses créanciers du club de Paris, du Fond Monétaire International et de la Banque Mondiale. Cette accession avait suscité d’énormes espoirs dans l’opinion publique nationale car elle lui était vendue par votre Gouvernement comme la recette magique qui sortirait le pays de la misère: la quasi-totalité des recettes du pays ne servant qu’au remboursement du fardeau de la dette. Son annulation devait ainsi permettre au Gouvernement Guinéen de consacrer l’essentiel de ses ressources financières à l’amélioration des conditions de vie des Guinéens.

Cependant, la Guinée reste toujours un pays où la pauvreté est plus parlante. A la place du progrès, c’est la pauvreté qui a beaucoup plus droit de cité. La vie devient de plus en plus dure et les guinéens ne voient même pas la queue du diable pour la tirer. C’est ça le changement que vous avez solennellement promis au peuple de Guinée? Même si vous n'êtes pas un Président de malheurs mais vous êtes venu au pouvoir avec tous les malheurs du monde. Et pourtant des observateurs intelligents avaient bien prévenu. Comme quoi, quelqu'un qui n'a jamais rien géré ne pourra jamais rien gérer!

Excellence Monsieur le Président,

Parlons de notre jeunesse. Celle-ci reste désemparée et désœuvrée. Nous ne sommes pas loin d'une injonction. Celle que la jeune génération, impatiente de mettre le pied à l'étrier, formule et jette à la figure de la génération des aînés. Disons-le sans prendre des gants : l'emballage de la colère des jeunes est mauvais. Il laisse percer une violence excessive. Il s'accompagne d'une forte dose d'insolence et d'impertinence. Mais la colère des jeunes, somme toute, est juste et légitime. Au-delà des aînés qui s'accrochent avec l'énergie du désespoir et font de l'ombre aux jeunes, c'est un système qui est en cause. Toute mission qui commence doit anticiper sa fin. Ceci en termes d'exigences et d'obligations pour celui qui la conduit. La nature n'a-t-elle pas mis fin au règne des dinosaures ? Il doit être dit et gravé dans du marbre que assurer l'avenir, donc la pérennité de son œuvre, c'est préparer sa propre relève. Il suffit de le comprendre pour nous libérer d'une inutile querelle intergénérationnelle. Voici quelques-uns des principes qui doivent servir de credo aux jeunes s'ils veulent s'imposer, dans notre société, comme la force crédible d'une saine relève.

La sagesse africaine ne s'y est pas trompée : « Tant vaut la matrice, nous apprend un proverbe peul, tant vaudra le bijou qui y sera coulé ». Pour dire que quand la jeunesse de notre pays exprime son dégoût, éructe sa déception ou crache son ras-le-bol, elle ne pose pas un acte formel, gratuit. Elle instruit, en bonne et due forme, le procès de notre société. On comprend ainsi que le désarroi de notre jeunesse prenne la forme et les allures d'un acte d'accusation en règle. Cette jeunesse tient, en effet, l'échec des aînés pour la cause de ses malheurs. Cette jeunesse tire de cette situation la conclusion selon laquelle les aînés doivent dégager le plancher et faire place nette. Les feuilles mortes ont-elles un autre destin que de tomber, que d'être emportées par le vent ? Qu'on laisse donc les jeunes pousses apparaître, s'épanouir, grandir.

Incontestablement, la jeunesse est une force. Ce n'est pas, ce disant, l'évangile du jour. Il s'agit bien d'une vérité éternellement gravée au fronton de toutes les sociétés de la terre. La jeunesse, c'est la fine fleur de nos ressources humaines. On doit y tenir comme à la prunelle de ses yeux. Un pays qui ignore sa jeunesse ou une jeunesse qui s'ignore elle-même, va droit dans le mur. Et bonjour les dégâts ! Ils sont incalculables. Ils sont incommensurables.

Excellence Monsieur le Président,

Sur le volet insécurité, elle est symétriquement semblable aux pratiques inhumaines de la Gestapo allemande d'alors. Votre régime est marqué par une profonde instabilité et de fréquentes violences politiques, au cours desquelles s’illustrent notamment les fréquentes disparitions des jeunes opposants. L’appareil d’Etat guinéen a mis en œuvre une stratégie de lutte essentiellement dirigée contre les hauts cadres de l'Etat et des opposants de tout bord, exécutée par votre milice secrète comme en Bavière ou en Prusse. Tout est mis en place pour inventer des scénarios capables de placer le pouvoir au-dessus de tout soupçon, soit en accusant des bandits armés, soit en créant des accidents savamment montés et exécutés. Cette milice secrète, qui inspire une profonde terreur, a puissamment contribué au fait qu’on ne peut plus s’opposer de façon ouverte à votre idéologie raciste et se promener librement en Guinée sans être cueilli comme une mangue puis tué ou emprisonné.

Dans vos opérations d’élimination des cadres supérieurs de l'Etat et de jeunes opposants aux sentiments pourtant Républicains, vous disposez d’une aide précieuse, celle de votre milice secrète composée de quelques éléments des forces de l’ordre et de quelques civils acquis à votre cause. C’est ainsi qu’on constate de façon regrettable l’arrestation et la détention à durée indéterminée, quelquefois sans accusation formelle, sans preuves, sans audience, de quelques-uns des dignes fils de la Guinée. Plus grave encore, de par votre stratégie raciste vous avez fini par opposer les ethnies guinéennes l’une contre l’autre. Vous avez cultivé la haine si bien qu’ aujourd’hui les amis d’hier sont devenus les ennemis d’aujourd’hui. Les guinéens ne se parlent plus et ne conjuguent plus le même verbe lorsqu’ils ne sont pas de la même ethnie.

Excellence Monsieur le Président,

Je trouve scandaleux que les fils les plus vigoureux et quelquefois les plus valables de notre pays croupissent aujourd'hui en prison, victimes d'exclusion et de manipulations politico-judiciaires de la part de votre gouvernement. Sachez tout simplement que le peuple de Guinée est en train d'atteindre le niveau de patriotisme que l'on a observé ailleurs dans certains pays qui ont changé pour le meilleur, face à des situations périlleuses comme celle que vous avez créée en Guinée.

Excellence Monsieur le Président,

Une dernière remarque et non la moindre, est que vous aimez le jeu mais vous ne supportez pas la défaite. La sportivité et le fair-play ne sont pas de vos qualités. Mais ce n’est pas en se lançant dans votre dernier combat, que vous allez arriver à vivre heureux. Vous n’aurez la paix que quand vous déciderez de prendre de la hauteur, d’un homme d’état, en concédant en cas de défaite en 2015, à la justice de votre pays, le pouvoir que vous avez été incapable de mener à la hauteur des attentes du peuple de Guinée.

Excellence Monsieur le Président, dans l'espoir que vous lirez cette présente missive, même par le canal de votre service de presse, ou que vous daigniez juste l'ignorer, je vous assure de ma très haute considération.

 
Nouhou Badiar Diallo


AMPLIATIONS:

1- Assemblée nationale

2- Société civile

3- Gouvernement

4- Lecteurs


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