Le « Soft Power » ou la force non violente en Guinée

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Question : qu’y a-t-il de commun entre :

  1. un appui de T. Blair, de G. Soros, de B. Kouchner, de S. D. Koly, de Y. NDour ;
  2. une présence de la mission des observateurs de l’Union européenne lors d’élections ;
  3. une visite des présidents : B. Obama (USA), C. Ping (Chine), de la Banque mondiale, du FMI, du S. G. des Nations Unies ;
  4. l’annonce d’une présence des virus Ébola et/ou du sida ;
  5. une invasion de criquets ou de chenilles ;
  6. une apparition des sportifs comme L. Messi. C. Ronaldo, Drogba, S. Eto’o, S. Williams, R. Nadal ou R. Federer ;
  7. les armées américaine, russe ou française ;
  8. les émirs du Qatar, du Koweït ou le prince d’Arabie saoudite ;
  9. les super-ordinateurs de la NSA et de la NASA, de Google et de Yahoo américains ?

Réponse : ils symbolisent tous une force, un pouvoir, bien que de nature et de mode d’actions différents.


Quel est ce pouvoir ? Comment se manifeste-t-il ? Quel est son mode d’action ?

Nous avons en présence trois types de pouvoir :

Le premier type est la force des armes qui agit par la violence. Il est souvent dissuasif et répulsif. Les armées américaines, françaises, britanniques, russes, chinoises et autres en sont des exemples. Leur présence est dissuasive pour l’adversaire. Le rapport de force entre les forces en présence détermine la direction du pouvoir.

Le second type est celui doux, subtil, tranquille, non-violent, qui procède de l’influence sur l’autre. Les chefs d’États des grands du monde, les sportifs, les artistes, les hommes de Dieu (le Grand Imam de la Mecque ou le Pape), les personnes populaires comme certains politiciens, les personnes riches, les grands connaisseurs comme les prix Nobel et les maîtres de l’information comme la CIA, le FBI, le KGB, MI6, la DGSE, etc., sont des exemples de cet autre type.

Le troisième type, ce sont les armes biologiques et les maladies virales qui sont à mon avis, intermédiaires entre les deux précédents types. Ces armes agissent lentement et sont dévastatrices sans mettre du feu. Les maladies virales, la présence des criquets et/ou des chenilles, les actions secrètes des agences de renseignements sont des exemples types de cette catégorie de force.

Pour une meilleure compréhension du sujet, examinons le pouvoir chez les êtres vivants tout en sachant que l’homme ne fait que comprendre et imiter la nature donc, les autres êtres vivants végétaux et animaux. Et au mieux l’homme imite i-e copie la nature, mieux il réussit. Puis, successivement et dans l’ordre : tentons de le définir et voyons son usage comme moyen dans la conquête du pouvoir.


1- Le Pouvoir chez les êtres vivants

Le pouvoir, est la capacité de domination de l’autre. C’est la chose que veut posséder chaque être vivant que ce soit la plante, l’animal et/ou l’homme.


1.1 Chez les plantes

Certaines plantes se servent de leur capacité de reproduction et d’endurance pour occuper le terrain et dominer les autres espèces végétales. D’autres plantes utilisent leurs systèmes racinaires pour s’accaparer de toutes les réserves minérales du sol qui les entourent privant ainsi d’autres espèces d’en faire autant condamnant ainsi celles-ci à disparaitre ou à se développer ailleurs. D’autres encore, utilisent leur capacité de se développer en hauteur pour dominer les autres espèces dont elles privent la lumière indispensable à la fonction chlorophyllienne i-e la photosynthèse, ce qui les condamne de facto à mourir et de ne laisser sur place que les espèces dites dominantes. D’autres encore ont des résines ou des duvets poisons pour d’autres plantes qui voudraient les approcher. Plus généralement, d’autres encore ont une croissance rapide et une capacité d’étouffement des autres espèces qu’elles empêchent de se développer dans leur milieu naturel. D’autres plantes encore ont des épines qui se développent surtout avant la fructification protégeant ainsi la source de leur prolifération. Certaines plantes vont jusqu’à s’appuyer sur d’autres qu’elles colonisent après en les asséchant et prendre leurs places. Dans tous les cas, on retrouve bien les deux formes générales d’acquisition du pouvoir à savoir se défendre contre et ou attaquer l’adversaire.


1.2 Chez les animaux

On observe des caractères similaires à ceux décrits plus haut pour les plantes. La privation de nourriture et la prolifération de l’ennemi sont des armes sures de domination dans l’espèce animale.

Le développement de certaines espèces prive de nourriture et d’eau à d’autres qui sont ainsi forcées de disparaitre. C’est ainsi que les herbivores par exemple, sont des puissants destructeurs des végétaux et de ce fait colonisent les zones et dominent les plus faibles.

Certains animaux comme les carnivores sont des grands chasseurs qui tuent leurs proies et les empêchent ainsi de se développer normalement.

A nouveau, on retrouve le principe de la défense et de l’attaque comme armes de domination de l’autre.


1.3 Chez l’homme

Les trois sources subtiles efficaces de pouvoir : la Connaissance, l’Information et l’Argent que je désigne par leur sigle, la CIA1. Dans n’importe quel milieu si le savant i-e le connaisseur, le mieux informé et/ou le plus riche, rentrent en jeu, ils attirent l’attention et ont une influence subtile sur les autres. Leurs positions ont souvent force de décision. Ils ne le demandent même pas. Cela vient tout seul. C’est automatique. A ces trois éléments, ajoutons la femme. Elle fait et défait des chefs. C’est connu.


2- Tentative de définition du « soft power Â»

Le « soft power Â» ou le pouvoir doux c’est- à- dire non violent est cette capacité de domination de l’autre qui procède de l’influence, de l’attraction, de l’adhésion apparemment libre telle l’amour entre deux conjoints. C’est le liant entre les deux parties ou la force d’attraction de l’autre envers soi tel un aimant. Ce sont toutes ces forces qui font faire, adhérer ou agir sans la moindre peur, la moindre menace physique ou la moindre violence même verbale. Cette force de persuasion, d’adhésion volontaire est souvent née de la connaissance de l’histoire de l’autre, de son passé, de ses capacités, de son pouvoir reconnu, son influence sur le monde et sur notre milieu. Aujourd’hui, c’est la technique chinoise de conquête du pouvoir dans le monde. Elle ne le fait pas à coups de canons. Grâce à son marché de plus d’un milliard et demi de personnes, la Chine intéresse tout le monde et de ce fait, est devenu un pays industriel où les usines crachent certes du polluant mais aussi des produits finis prêts à être exportés à bas prix. Ceci génère des devises immenses pour le pays au point qu’il est devenu la seconde puissance économique du monde après les États Unis. Ce n’est pas moi qui le dis. Ces grandes réserves de devises servent au pays à investir fortement dans le monde. Que ce soit dans les infrastructures des pays en développement ou les achats de parts de marchés, de produits de luxe et de la technologie auprès des 7 pays les plus riches du monde, le G7.


3- « Soft power Â», « tip Â» et corruption

Le « soft power Â» est en d’autres termes, la force subtile, la force douce, la force d’influence ou la force tranquille. C’est-à-dire la force non- violente. Elle est l’opposé de la force des armes ou la force violente.

La corruption est aussi un « soft power Â». On donne de l’argent pour s’attendre à un service. Le « tip Â» par contre est ce geste financier que l’on offre pour le bon service rendu. Là, le service précède le payement. C’est une récompense pour un travail bien fait. Toutefois, il ne faut pas ignorer que le « tip Â» est attendu et à cause de cela, celui qui rend le service est obligé de bien faire. La différence entre la corruption et le « tip Â» est que le caractère légal du « tip Â» alors que le pot de vin est illégal. Aussi, le « tip Â» est un petit pourcentage du service rendu et il est connu et fixé par la loi. Cependant, à terme, l’effet est le même : il s’agit d’obtenir un service rémunéré.


4- Le « soft power Â» dans la conquête du pouvoir

Dans le combat politique, il y a souvent deux forces en présence : le gouvernement et l’opposition. Le gouvernement a en main presque tous les leviers du pouvoir :        à savoir les forces de défense et de sécurité avec des armes à feu, les banques, les finances donc l’argent, l’information et la communication ainsi que les moyens matériels de l’État. L’opposition n’ayant pas le droit de disposer des armes à feu ne peut donc pas utiliser la force violente. Cependant, est à sa portée l’autre force, la non-violence donc le « soft power Â». C’est l’arme de l’opposition et au mieux elle s’en sert, au mieux elle arrive à asseoir son respect et son autorité. La foule est un puissant moyen de manifestation du « soft power Â». Lorsque Cellou Dalein sort avec sa caravane, il y a du monde derrière et cela impose de l’autorité et du respect, C’est un « soft power Â» magique. En 2012, l’UFDG a généré une caravane de 40 km allant de Manéa au Palais du peuple à Kaloum. C’est impressionnant.

Les visites et appui de Tony Blair, de Bernard Kouchner, de l’artiste S. D. Koly sont des puissants appuis au pouvoir du PAC2. Ce sont des « soft power Â».

La participation de l’Union européenne aux élections confère à celles-ci de la crédibilité. C’est un Â« soft power Â» puissant.

La manifestation du virus Ébola en Guinée notamment à Conakry a suffi pour arrêter les multiples marches de protestations contre le délestage et le manque d’eau à Conakry ainsi que la fermeture des frontières et la mise en quarantaine internationale de la Guinée. C’est un autre puissant « soft power Â».

Une invasion des criquets et/ou des chenilles qui détruisent tous les végétaux conduit inéluctablement à une baisse des rendements des cultures donc, à l’insécurité alimentaire voire à de la dépendance extérieure et à terme, conduit à une vulnérabilité nationale. C’est un autre « soft power Â», une arme biologique. De même, la manifestation d’une zoonose conduit au rejet des viandes donc à des pertes économiques significatives pour déstabiliser une économie. Tels sont les cas de la vache folle en Grande Bretagne ou de virus de la fièvre porcine H4N1 ou de la manifestation du charbon récemment à Koubia.

De ce qui précède, il faut comprendre et retenir que l’usage du Â« soft power Â» est assez efficace dans tous les combats de conquête du pouvoir ou d’exercice du pouvoir. Souvent certains politiciens utilisent les deux forces à la fois pour arriver au pouvoir ou s’imposer : cas de la Côte d’Ivoire où Guillaume Soro et Alassane Ouattara s’en sont servies pour arriver au pouvoir et à l’exercer.

En Guinée, le parti au pouvoir et le gouvernement sont plus prédisposés au recours à la force violente puisqu’ils ont les outils – les forces de défense et de sécurité ‒ et veulent s’imposer. Par contre, l’opposition ne peut se servir de cette force que dans le cas d’une rébellion comme indiqué plus haut. Or, en Guinée, on n’y est pas heureusement. Le « soft power Â» est et demeure l’arme de l’opposition car même les attaques verbales et le combat par la plume sont de la catégorie du soft power. Au sein d’un même parti politique comme indiqué précédemment, il y a souvent une ligne dure i-e un groupe d’extrémistes qui se constitue et combat l’aile douce, la « soft Â». C’est sain. Mais la victoire de l’extrémisme n’est pas souhaitable car, elle conduit inéluctablement à la confrontation physique ou armée. Tant qu’il y a dialogue ; tant qu’il y a même des cris ; il y a moins de risque de violence. Lorsque les mots manquent, ce sont les coups de points qui prennent la place. C’est autant dire que le débat est nécessaire et doit être encouragé pour éloigner la confrontation physique et violente.


Conclusions

La volonté de domination est de la nature des êtres vivants : la plante, l’animal comme l’homme. Pour y parvenir certains ont la force d’attaque, d’autres celle de défense et d’autres enfin, les deux à la fois.

Il y a trois catégories de forces à savoir (1) la force des armes, violente et imposante puis, (2) celle douce qui procède de l’influence, c'est-à-dire le « soft power Â». Il y a enfin (3) une force intermédiaire qui peut commencer doucement mais qui aboutit souvent à la force brutale. C’est la force du renseignement et les armes biologiques.

Dans les formations politiques, donc dans la conquête du pouvoir démocratique, les politiciens au pouvoir ont les forces de défense et de sécurité et les armes ainsi que les moyens de l’État. L’opposition ne dispose légalement que du « soft power Â». Elle ne peut utiliser les deux que dans le cadre des rebellions qui ne sont pas souhaitables.

Les partis politiques d’opposition qui restent toujours à la défensive sont comme dans un match de football, plus vulnérables que ceux qui prennent le devant et l’initiative d’attaquer l’adversaire. Pour leur survie et leur réussite, les partis politiques d’opposition sont obligés non seulement de se défendre mais aussi d’être proactifs donc d’attaquer objectivement le pouvoir. c’est leur rôle d’ailleurs sans quoi, il n’y a pas de démocratie.

Au mieux nous copions la nature, au mieux nous réussissons dans notre vie même dans le combat quotidien de la conquête du pouvoir par les voies légales.

Finalement, si quelqu’un est encore sceptique sur la puissance du « soft power Â», qu’il essaie de comprendre comment la Chine, hier communiste, aujourd’hui est en voie de s’imposer petit à petit un peu partout dans le monde.

Le « soft power Â» est une arme subtile, redoutable et efficace de conquête du pouvoir qui devrait inspirer nos leaders politiques.


Labé le 07 juin 2014

Dr Mamadou Maladho Diallo

______________________________
A ne pas confondre avec la vraie CIA i-e la « Central Intelligence Agency Â»
Professeur Alpha Condé


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Commentaires  

 
+1 #2 Maladho Diallo 12-06-2014 12:47

Mr Bah,
Pardonnez mon ignorance de ces criquets pharaoniques. Je parle des insectes ravageurs des vegetaux privant les humains et les animaux herbivores de nourriture.
Merci
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0 #1 mamadou saliou bah 11-06-2014 00:11

Salut Kaou Maladho !
" L'invasion de criquets / chenilles ...est une autre " soft power ", une arme biologique " , dites-vous !
Question :
Les Criquets Bibliques d' Egypte ( Pharaonique ) sont - ils " SOFT POWER " ? Si OUI , de QUI ?
Bien a vous !
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