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Non la Guinée n’est pas une famille

Thierno Aliou Diallo   Mardi, 15 Avril 2014 17:03

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DIALLO_Thierno_Aliou_01La Guinée est une famille, cette phrase je l’ai entendue des milliers de fois depuis tout petit. Les temps passent, rien ne change, le pays s’engouffre dans une asthénie irréversible avec à la clé une désintégration totale des appareils de l’Etat doublée d’une crise du vivre ensemble. Et j’entends encore la même homélie prêcher sans cesse et toujours dans la bouche des mêmes gens qui hier nous disaient ironiquement que la Guinée est une famille quand cela les arrangent mais qui n’hésitent pas en d’autres occasions à dresser les Guinéens les uns contre les autres pour parvenir à leurs fins. Sommes-nous condamner à accepter ces mensonges éhontés pour nous complaire à un semblant d’unité nationale ou à une quelconque volonté de préserver notre pays d’une hypothétique guerre civile ? Devons-nous cautionner ces mensonges intemporels qui traversent les âges et qui aboutissent dans la plupart des cas aux mêmes résultats ? Devrions-nous pas dire les choses telles quelles et non comme certaines voudraient qu’elles soient ? Ces questions je me les pose depuis un certain temps et je voudrais les partager avec l’ensemble de la communauté des commentateurs. Au regard des réalités passées et présentes de notre pays, je doute fort que la Guinée soit une famille et cela du point de vue historique, anthropologique, politique. Pour étayer cette hypothèse que certaines personnes peu tolérantes et moins ouvertes aux contradictions d’idées qualifieront d’emblée de pernicieuse. Je présenterai très succinctement un bref rappel historique de la construction de la « nation guinéenne ».


BREF RAPPEL HISTORIQUE

Sans rentrer dans les détails, tous les Guinéens savent et peuvent s’accorder à reconnaître que la « nation guinéenne » telle qu’elle apparait aujourd’hui politico-physiquement est la conséquence de quelques faits historiques : éclatement et déclin des empires et royaumes ouest africains (empire du Mali, royaumes sosso, peul, etc.) ; conquête et colonisation par la France de ces anciens royaumes et empires ; puis indépendance et fusion des quatre régions naturelles en un pays rebaptisé Guinée ayant pour capitale Conakry. En m’appuyant ne serait-ce que seulement sur la base de ces quelques faits historiques, qu’il n’en déplaise à de nombreux révisionnistes politiciens, on peut avancer que le format actuel de la « nation guinéenne » est le résultat de la colonisation française et la volonté conjuguée des quelques anciennes figures historiques. Clairement n’eut été la colonisation peut-être nous ne serions pas ce que nous sommes, un Etat sur papier, moribond bâti en profondeur sur le régionalisme et l’ethno-stratégie érigée en doctrine d’Etat, très fort dans la division et les mensonges de tous genres et très faible dans la construction impartiale du devenir commun. Ne dit-on pas d’ailleurs très souvent en Guinée, la Moyenne Guinée région des Peuls, la Haute Guinée région des Malinkés, la Basse Guinée région des Soussous et la Haute-Guinée région des Forestiers et cela avec tous les clichés et représentations qui y font avec ? Comment une telle configuration politique et un tel ancrage identitaire instrumentalisé par les politiciens peuvent-ils encourager et instaurer une prise de conscience d’une appartenance nationale ? Sommes-nous condamnés comme Sisyphe à une éternelle punition qui consiste à nier l’évidence ? Combien de temps encore nous cacherons-nous derrière des chimères et des fausses évidences ? Car nous mentir c’est ce que nous savons faire en Guinée, du moins c’est ce que savent faire ceux qui nous dirigent. De l’ancien régime de Sékou Touré qui était foncièrement construit sur un modèle de monocentrisme absolu du chef unique, « omnidimensionnel » et ethnocentriste, en passant par le régime du laisser-faire, dès lors que je suis toujours le chef et que personne n’empiète à mon pouvoir de Lansana Conté, au gouvernement actuel du pseudo professeur Alpha Condé, nous continuons à nous mentir. C’est pour toutes ces raisons que je dis ici, et que je dirais sans aucun doute de la même manière et avec les mêmes arguments, que NON LA GUINEE N’EST PAS UNE FAMILLE. Proférer ce mensonge c’est participer à une sorte de trahison collective qui ne ferait que perdurer le calvaire que nous subissons depuis cinquante années.

Nous n’avons pas besoin d’être une famille pour vivre ensemble, s’épanouir sur notre pays et profiter sereinement de ses immenses richesses. Nous avons simplement besoin des bons dirigeants, honnêtes, capables et compétents. Lorsque nous aurons ces dirigeants que nous cherchons désespérément et qui nous manquent tant, la fierté d’être guinéen, et le sentiment d’appartenance nationale se feront naturellement et nous serons tous fiers d’avoir la nationalité guinéenne.

Loin de perdre l’espoir, je voulais à travers ce petit texte attirer l’attention des uns et des autres sur l’importance d’avoir des vrais débats pour faire avancer notre pays qui, à force de mensonges, de ruses et de raccourcis politiciens, se meurt à petit feu. La pluralité ethnique et culturelle ne devrait pas être des barrières dans la marche vers le progrès et la démocratisation du pays. La pluralité ethnique devrait au contraire etre une source d’épanouissement de notre jeune nation. Pour aboutir à cette nation rêvée, nous devons revenir sur notre histoire commune, discuter de manière constructive de notre passé, faire la part des choses en écoutant « les victimes et les bourreaux » dans le seul but de faire un trait sur le passé.

J’ai espoir qu’un jour des hommes guinéens, conscients du poids de leur passé historique auront le courage de se mettre au-dessus des pressions à caractère ethnique et régionaliste pour réconcilier les guinéens entre eux. Mon ambition pour la Guinée n’est pas qu’elle soit une famille, mon ambition est que la Guinée soit une vraie nation où tous les guinéens auront conscience d’appartenir à la même nation. Une nation où les gens ne seront pas promus en fonction de leurs ethnies, un pays où pendant les nominations à des postes ministériels ou autre, les gens ne s’attarderont pas à leurs noms de famille ou à leurs régions d’origine. Une vraie nation est la combinaison de toutes les forces vives qui la compose, dans une vraie nation tous les citoyens sont assujettis aux lois de la République.


Diallo Thierno Aliou

Connu sous le pseudonyme Jhon Doe


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