Moussa Bella Barry Dimanche, 13 Avril 2014 21:26
L’article 36 de la Constitution guinéenne stipule : « Après la cérémonie d’investiture et à la fin de son mandat, dans un délai de quarante (48) heures, le président de la République remet solennellement au président de la Cour constitutionnelle la déclaration écrite sur l’honneur de ses biens. Les ministres avant leur entrée en fonction et à la fin de celle-ci déposent à la Cour constitutionnelle la déclaration sur l’honneur de leurs biens.
La déclaration initiale et celle de la fin de mandat ou des fonctions sont publiées au Journal officiel. La copie de la déclaration du président de la République et des membres du gouvernement est communiquée à la Cour des comptes et aux services fiscaux. «
Mesdames et Messieurs honorables députés, il s’agit ici ni plus ni moins que du respect de la Constitution. Alors, un projet de loi relative à la déclaration de patrimoine doit être examiné par la commission des lois de l’Assemblée nationale. Il faudra élargir, la déclaration de patrimoine aux honorables députés et aux administrateurs de crédits, aux ordonnateurs de recettes et de dépenses. Tout refus de déclaration de patrimoine contraindra le désobéissant à une peine pénale et à une amende pécuniaire conséquente.
Comment la lutte implacable contre la corruption et l’impunité peut-elle être incontestable, lorsque la clarté ne débute pas par le gouvernement ? Personne n’est obligé d’être président de la République ou ministre, ou être à la tête d’une institution étatique. Mais s’ils décident de le devenir, il ne faut pas être choqué lorsque les regards du public se focalisent sur eux. En Guinée devenir ministre ou PDG d’une institution publique est synonyme d’espoir de devenir millionnaire. Alors qu’être président, ministre ou diriger une entreprise publique c’est être patriote, pour servir le pays et à consentir des sacrifices. Franchement, celui qui veut devenir millionnaire n’a qu’à aller dans le privé, nous sommes un pays pauvre ouvert à l’économie de marché. Point barre.
Aussi longtemps que le respect de la Constitution, par la publication de patrimoine, ne soit pas effectif, un soupçon de corruption généralisée est porté sur la gouvernance du régime Condé. Bon… la transparence du patrimoine ne relève pas la confiance de bonne gouvernance, parce qu’elle n’empêche pas les éclats ; mais la déclaration de patrimoine est une nécessaire obligation pour assainir la vie politique guinéenne. La rigueur de la loi dans la lutte contre la corruption et l’impunité ne doit souffrir d’aucun caractère sélectif, puisque la rigueur de l’application suivie de la loi à chacun répond aux aspirations et attentes du peuple.
Je trouve qu’on thématise peu les actes anticonstitutionnels posés par le régime Condé, mais abondamment sur la personne du Président. Le fait est qu’il est président de la République jusqu’en 2015. Je pense qu’il vaut mieux étaler les vérités crues sur les carences du régime Condé, car c’est de l’avenir de la Guinée qu’il s’agit, au lieu de discourir sur l’arbre généalogique du Président. Au vu de la gestion catastrophique d’Alpha Condé et aux ratés de son entourage, on est obligé de constater qu’ils ne se sont pas préparés à la gestion du pouvoir. Inacceptable en effet ! Si le pouvoir n’est pas responsable des défaillances du système, parce qu’il n’était pas à l’origine des problèmes, il a par contre la responsabilité sociale de contribuer à leurs solutions. Donc Alpha et son entourage auraient dû être préparés à relever ce défi avant de prendre le pouvoir.
Il est toujours vain de refaire l’histoire avec des si, mais je pense que non. On ne peut pas refaire l’histoire, mais on peut s’y référer et tirer des enseignements. Si l’Etat est une continuité et le pouvoir n’est pas un jeu d’amateurs, le trait de caractère de tout pouvoir est d’être à l’écoute de tout le monde et de prendre en compte des critiques et des observations.
Question essentielle : comment un président dans un régime présidentiel peut-il être stoppé dans ses dérives, si les gardiens de la Constitution n’ont ni la volonté de comprendre l’importance de la participation citoyenne aux débats de la cité, ni le courage de partager les souffrances du peuple ? C’est à chacun de nous de réfléchir sur ce paradigme guinéen.
Pour être sûr de bénéficier des faveurs du pouvoir, les juges de la Cour suprême n’hésitent pas à flatter le couplet favori de nos lamentables apprentis sorciers, ethnocentristes, complexés et aigris. Ces personnages n’hésitent pas à mettre l’opportunité au-dessus de la légalité. Par cela ils encouragent le pouvoir à l’embastillement injustifié et en dehors de toute légalité. Ceux-ci incitent au clientélisme et au népotisme en toute impunité. A présent le pouvoir est devenu allergique à toute contradiction, cependant qu’elle est essentielle pour toute démocratie. Et, il voit des pièges contre le soi-disant changement à tous les coins de rues. Ecœurant ! Pourtant tous veulent le bonheur de ce pays, mais la divergence est animée autour des voies et moyens pour atteindre les objectifs. C’est normal. Le changement n’est trahi que par les actes qui détruisent les efforts de justice et, les absurdes tensions d’exclusion communautariste et la tactique clientéliste.
La Guinée n’a pas besoin d’une dictature, mais elle a besoin d’hommes respectueux de notre constitution et qui se soumettent aux exigences de nos lois, le pays est assoiffé d’hommes qui sont capables de réconcilier les Guinéens avec eux-mêmes et avec le reste du monde. Ces personnes doivent être en mesure de rétablir la paix et la sécurité pour tous, de remettre tous au travail, selon des valeurs intrinsèques et sans discrimination. Il nous faut une justice forte pour nous sortir de l’engrenage endémique d’impunité, car quand l’injustice et l’impunité sont érigées en règle de gouvernance, cela risque un jour d’embraser tout le pays, et, sans mesures correctives le pire est à craindre en Guinée. Evitons de nous distraire pendant que les autres nations travaillent. Respectons l’Etat de droit, battons-nous avec intransigeance dans l’honnêteté du partage de responsabilités et luttons pour les valeurs démocratiques. Concevons la reconstruction et le développement du pays. Songeons au partage et à l’unité. La Guinée est à nous tous.
Moussa Bella Barry
Rappel : le président de la République a prêté serment de respecter scrupuleusement les dispositions de la Constitution, des lois et des décisions de justice, de défendre les institutions constitutionnelles …, et qu’en cas de parjure il subisse les rigueurs de la loi.