Maladho Diallo Jeudi, 08 Septembre 2011 22:38
Chers compatriotes,
Je me vois obligé de lancer ce débat qui semble peu passionnant malgré son importance à court, moyen et long terme sur la vie nationale. Il s’agit de la réintroduction des langues nationales dans le système éducatif national guinéen dès cette année.
Mr le Président, je suis contre la mesure sans débat national. Je le vois comme une poursuite sournoise de :
A court terme : la tribalisation de la Guinée et le frein à la réconciliation nationale en cours ;
A moyen terme : une aggravation du bas niveau et de l’échec scolaire ;
A long terme : un handicap au développement national.
Je n’invente pas la nouvelle car la décision est déjà prise et a été annoncée par plusieurs sites du web. Le gouvernement veut que nos enfants reviennent en arrière, c'est-à-dire augmenter de soucis à nos brillants élèves qui échouent à tous nos examens et concours par notre faute.
Ai-je besoin de rappeler que nous sommes au lendemain de la proclamation des résultats scolaires de l’année écoulée où nous avons fait moins de 30% comme score national sur l’ensemble des examens ?
Nous sommes également au lendemain des états généraux de l’éducation qui ont coûté ce que cela a coûté (c’est moins important) pour produire des documents qui sont classés dans les tiroirs pour reprendre un soi-disant salon de l’éducation en vue de s’occuper et de distribuer des perdiems et des sandwichs à des cadres qui en ont toujours besoin.
Nous sommes également au sortir d’une campagne électorale qui a produit l’effet de déchirer davantage le tissu social guinéen. Les évènements de Kouroussa, Siguiri, Beyla, Galapaye et d’ailleurs l’illustrent parfaitement.
Nous sommes également à la phase des ballets folkloriques comme aux mauvais vieux temps : des marches de soutien au « Président fondateur » comme le dirait Mamane de RFI. En effet, tous les soirs, le petit écran de la RT(H)G (il semble) n’a rien à montrer aux Guinéens qui ont du courant que des salamalecs de vieux courtisans venus rendre les honneurs à « président fondateur » pour l’appuyer dans sa tentative d’endormir l’opposition et les braves populations guinéennes à travers la réconciliation nationale. Je ne peux pas comprendre que l’on veuille une chose et son contraire en même temps. Dr Kourouma, vous allez droit au mur car contre le programme de réconciliation nationale et de reconstitution du tissu social guinéen qu’ambitionne le Professeur. Qui de vous a raison ? En tout cas pas tous les deux !
Je persiste et signe en tant qu’ancien doyen de faculté qui a eu le malaise de gérer et former les étudiants ratés par les programmes de formation dans nos langues nationales, qu’une reprise de ce programme devra d’abord être bien étudié et débattu au regard du passé et de la mondialisation pour tirer toutes les leçons. Les élèves d’aujourd’hui ne sont pas ceux des années Sékou Touré. Revoyez votre copie sans démagogie. Vous vous êtes plantés. En effet, vous produirez plutôt :
1- A court terme : l’ethnisation voire la tribalisation de la Guinée et le frein à la réconciliation nationale en cours
Les langues nationales étant liées aux tribus, aux ethnies et aux régions, vous serez forcément sur le chemin de la division des élèves suivant ces lignes. Ceci va diviser davantage les populations et constituer un frein à la réconciliation nationale (forcée) en cours.
2- A moyen terme : une aggravation du bas niveau et de l’échec scolaire
Les élèves ont des problèmes de maîtrise du français qui est selon la constitution, la langue officielle de la République de Guinée. En introduisant les langues nationales que les profs ne maîtrisent même pas, vous n’allez pas améliorer votre score national de 30%. Vous livrerez encore des cadres moins aptes à gagner la compétition nationale à plus forte raison régionale. Je vous rappelle que nous sommes à l’heure de la mondialisation et ce n’est pas la fantaisie d’un homme fût-il Ministre ou PRG, qui va changer cela. Dans la mondialisation, il y a des langues, des outils, des moyens, des méthodes et un savoir-faire qui sont incontournables. Ce n’est pas le repli sur soi qui va arranger cela.
A long terme, un handicap au développement national.
La réussite du développement exige le savoir-faire, la volonté et les moyens. Pas l’un sans les deux autres. C’est ma formule de réussite de n’importe quelle activité humaine, bonne ou mauvaise.
R=(SF)(V)(M) où R est la réussite, SF est le savoir-faire et M les moyens. Vérifiez la justesse de cette formule.
Dans cette logique, vous mettrez sur le marché des gens qui manquent de savoir faire et si SF =0, alors le produit (R) est donc nul. Cela veut dire que le développement des secteurs confiés à ces cadres ne sera pas réussi. Le développement national a besoin forcément de cadres qui ont de la volonté, un savoir-faire et des moyens. C’est la « master key » (ou la clef passepartout) de la réussite de n’importe quelle activité humaine.
Je me résume donc en disant que le Ministre de l’Education nationale est en déphasage avec la volonté dite de son Président.
Laissez tombez cette décision pour une autre fois et dans d’autres circonstances.
Je demande que les décisions gouvernementales ne soient pas unilatérales mais consensuelles, fruit d’un débat serein et dépassionné.
Je refuse de mettre mes enfants à l’école du "NKO 1". Je veux qu’ils apprennent l’anglais plutôt pour mieux faire face aux défis de la mondialisation.
Que les syndicats de l’éducation ne dorment pas sur ce sujet vital pour l’avenir de notre pays. Nous connaissons les difficultés et le fruit de l’enseignement des langues nationales à l’heure de la mondialisation. Que les grands linguistes de ce pays disent leurs mots dans cet important débat.
J’invite mes compatriotes à dire non à ce projet gouvernemental car c’est de la démagogie.
Je vous remercie.
Dr M. Maladho Diallo
Maître de Recherche en Ruminologie
Ex Doyen de la Faculté d’Agronomie de (Bordo) Kankan
Note 1 : Et vive la Francophonie qui nous a élus !